Frappes contre les infrastructures énergétiques : Macron teste une trêve
À New York, Paris tente de faire du système énergétique un espace de désescalade. Mais cette trêve toucherait un levier militaire devenu central pour Kyiv comme pour Moscou.
Emmanuel Macron a placé la protection des installations énergétiques au centre de ses entretiens à New York, en marge de l’Assemblée générale des Nations unies. Après avoir rencontré Donald Trump, le président français a évoqué la recherche d’un moratoire sur les attaques contre ces infrastructures. Il a ensuite abordé la perspective d’une trêve énergétique avec Volodymyr Zelenskyy.
La proposition ne porte pas sur un cessez-le-feu général, ni même sur une suspension des opérations militaires. Elle vise un segment précis de la guerre : les frappes contre les infrastructures énergétiques. C’est aussi l’un des rares domaines où une mesure de réciprocité peut être formulée de manière relativement vérifiable : raffineries, dépôts, centrales, réseaux de transport et postes électriques sont des actifs physiques, localisables et indispensables au fonctionnement des économies de guerre.
La séquence intervient alors que Washington accroît sa pression sur Kyiv. Donald Trump a demandé à Volodymyr Zelenskyy de cesser les attaques contre la production de carburants russe, en faisant valoir leurs conséquences sur les prix mondiaux du diesel. Cette position américaine place Paris dans un rôle de médiateur : convertir une injonction adressée à l’Ukraine en engagement symétrique, qui inclurait les frappes russes contre le réseau électrique ukrainien.
Les frappes contre les infrastructures énergétiques, un levier de guerre
Depuis le début de l’invasion à grande échelle, la Russie utilise les frappes contre les centrales, postes de transformation et lignes à haute tension ukrainiens pour réduire les capacités industrielles du pays, perturber sa logistique et imposer un coût durable aux populations civiles. Les coupures d’électricité ne sont pas seulement un effet humanitaire : elles compliquent l’activité des entreprises, la réparation des matériels, l’acheminement ferroviaire et le fonctionnement des services publics.
Kyiv a, de son côté, intensifié ses opérations de drones contre les raffineries et dépôts pétroliers russes. L’objectif est double : diminuer les ressources disponibles pour l’effort militaire russe et accroître le coût intérieur de la guerre pour Moscou. Les autorités ukrainiennes ont affirmé que les attaques conduites depuis juin avaient fortement affecté les capacités de raffinage russes. Cette évaluation ne peut toutefois être tenue pour un bilan indépendant : les installations endommagées sont réparées à des rythmes variables et la capacité nominale ne renseigne pas, à elle seule, sur les volumes effectivement produits.
Un incendie a ainsi été signalé dans une raffinerie de Samara après une attaque nocturne. Cet épisode illustre le problème auquel se heurte toute négociation : les frappes contre les infrastructures énergétiques constituent désormais, pour les deux camps, un instrument de pression direct. Les abandonner reviendrait à renoncer temporairement à un moyen d’action dont les effets se prolongent bien au-delà du champ de bataille.
Un moratoire plus étroit qu’un cessez-le-feu
Le format envisagé par la France présente un intérêt opérationnel. Une trêve limitée à l’énergie serait plus facile à définir qu’un accord portant sur l’ensemble des opérations aériennes, navales et terrestres. Elle pourrait reposer sur une liste d’actifs protégés, une période déterminée et un mécanisme de constatation des violations. Mais son périmètre soulève d’emblée des difficultés : une raffinerie civile qui fournit du carburant aux forces armées doit-elle être exclue ou incluse ? Un dépôt pétrolier à usage mixte relève-t-il de l’économie civile ou de la logistique militaire ?
La question du contrôle est tout aussi décisive. Sans observateurs acceptés par les deux parties, sans accès aux sites touchés et sans procédure de notification, chaque attaque pourrait être contestée ou attribuée à une cause technique. L’expérience des accords partiels négociés depuis 2022 montre que la rédaction du dispositif importe autant que l’annonce politique. Un moratoire sans conséquences en cas de violation deviendrait rapidement un outil de communication plutôt qu’une contrainte militaire.
Pour l’Ukraine, accepter une suspension des attaques sur le raffinage russe aurait un coût stratégique immédiat. Les drones de longue portée permettent à Kyiv d’atteindre des infrastructures éloignées du front, sans disposer d’une aviation comparable à celle de la Russie. En contrepartie, l’arrêt des bombardements sur le réseau ukrainien offrirait un gain tangible avant l’hiver : moins de dépenses d’urgence, une meilleure continuité pour les infrastructures civiles et une réduction de la dépendance aux réparations rapides.
Le calcul américain et l’intérêt européen
La demande formulée par Donald Trump s’inscrit aussi dans un raisonnement économique. Les tensions sur les produits raffinés, notamment le diesel, pèsent sur les coûts de transport, l’agriculture et l’industrie. Le lien entre chaque attaque et les cours mondiaux reste difficile à isoler : les prix dépendent également des capacités de raffinage disponibles, des stocks, des flux maritimes et des décisions des producteurs. Mais la multiplication des dommages sur des sites russes ajoute une prime de risque à un marché déjà exposé aux perturbations géopolitiques.
Pour les Européens, l’enjeu est moins de valider l’équivalence politique entre les deux belligérants que de limiter une extension de la guerre aux chaînes énergétiques. Des frappes contre les infrastructures énergétiques répétées en Ukraine accroissent les besoins de soutien budgétaire et matériel du pays. Celles qui visent le raffinage russe peuvent, elles, reconfigurer les exportations de produits pétroliers et les itinéraires commerciaux.
Volodymyr Zelenskyy a signalé son intérêt pour une désescalade réciproque sur l’énergie et les infrastructures critiques. L’étape suivante dépendra de Moscou, qui n’a pas, à ce stade, souscrit publiquement au dispositif. La proposition française a donc une portée politique réelle, mais une valeur opérationnelle encore incertaine. Elle met à l’épreuve une question simple : les frappes contre les infrastructures énergétiques sont-elles devenues un coût que les deux camps jugent supérieur à leur utilité militaire ?
