Édition · dimanche 27 septembre 2026 · N°454
Palma, la sécurité sous-traitée

Au Mozambique, le projet gazier de TotalEnergies face au test Palma

À Palma, la frontière entre concession sécurisée et ville abandonnée aux combats a structuré l'évacuation de 2021. Les débats judiciaires britanniques replacent cette séparation au cœur du risque industriel.

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Projet gazier Mozambique — au Mozambique, le projet gazier de TotalEnergies face au test Palma

Le jugement rendu à Winchester sur la mort de Philip Mawer ne tranche pas les contentieux français visant TotalEnergies. Il établit néanmoins un fait politique et industriel : lors de l’attaque de Palma, en mars 2021, la protection n’était pas distribuée de façon uniforme entre le périmètre fortifié du groupe et la masse de ses prestataires établis dans la ville.

Philip Mawer, responsable au Mozambique de l’entreprise de sous-traitance RA International, a été tué le 26 mars 2021 par une roquette alors qu’il quittait un hôtel dans un convoi. Il travaillait à proximité du projet gazier Mozambique, développé par Mozambique LNG, filiale locale de TotalEnergies. Le coroner Jason Pegg a conclu à un homicide illégal commis par un auteur non identifié.

La procédure britannique ne consistait pas à attribuer une responsabilité pénale à TotalEnergies, mais à déterminer les circonstances du décès. Elle a toutefois exposé, sous serment, les arbitrages qui ont entouré l’accès au site industriel et aux moyens aériens disponibles pendant l’offensive des insurgés islamistes.

Le projet gazier Mozambique et la rupture du périmètre de sécurité

Depuis 2017, la province de Cabo Delgado est le théâtre d’une insurrection armée. La découverte de vastes réserves gazières offshore y a attiré des investissements de plusieurs dizaines de milliards de dollars, dont le projet gazier Mozambique constitue l’un des principaux actifs. Cette concentration de capital a fait de la péninsule d’Afungi et de Palma un enjeu sécuritaire autant qu’énergétique.

Lors de l’assaut lancé le 24 mars 2021, TotalEnergies avait évacué ses propres personnels et accueilli des soldats mozambicains dans sa concession protégée, selon les éléments versés à l’audience. Des employés de contractants et de sous-traitants sont, eux, restés à Palma. Cette architecture contractuelle est déterminante : elle sépare les personnes directement couvertes par les dispositifs de l’opérateur de celles dont la sécurité relevait, en droit, de leur employeur ou des structures qui les hébergeaient.

Les avocats de la filiale mozambicaine de TotalEnergies ont fait valoir que Philip Mawer ne relevait pas de son devoir de protection et qu’aucun plan d’évacuation de l’entreprise ne le concernait. Le coroner a retenu cette analyse : la responsabilité immédiate de sa sécurité incombait à RA International et à l’hôtel où il avait trouvé refuge. Cette conclusion limite la portée juridique directe de l’audience pour le groupe, sans effacer la question opérationnelle posée par la proximité d’une concession lourdement sécurisée.

Des secours soumis à l’accès au site

Deux points ont particulièrement retenu l’attention pendant l’enquête. D’une part, le dirigeant de Dyck Advisory Group, société sud-africaine de sécurité privée engagée dans des évacuations, a affirmé que ses hélicoptères n’avaient pas obtenu le carburant demandé auprès de TotalEnergies. Selon son témoignage, cette contrainte a réduit les capacités de rotation et donc le nombre de personnes évacuables.

D’autre part, l’avocate de la famille Mawer a indiqué que deux membres du Special Air Service britannique, venus du Kenya, n’avaient pu utiliser l’emprise du groupe comme base pour une mission de sauvetage. Ils ont appris, le 27 mars, que Philip Mawer était déjà mort. Ces déclarations, rapportées au cours de l’audience, n’ont pas conduit le coroner à établir un lien de causalité entre les choix de TotalEnergies et l’issue du sauvetage.

Le point essentiel est moins l’existence d’un refus, que les conditions dans lesquelles un opérateur privé devient, en situation de crise, détenteur d’accès décisifs : piste d’atterrissage, carburant, communications, sécurité du périmètre et liaison avec les forces armées. Pour le projet gazier Mozambique, ces actifs étaient conçus pour protéger une installation stratégique. L’attaque a montré qu’ils pouvaient aussi déterminer la capacité de survie de travailleurs situés juste à l’extérieur du dispositif contractuel.

Les enquêtes de coroner au Royaume-Uni visent à établir l’identité du défunt, les causes et les circonstances du décès, sans se substituer à un procès civil ou pénal. Le cadre de cette compétence est rappelé par la Judiciary of England and Wales. Il explique la dissociation entre, d’un côté, un verdict d’homicide illégal et, de l’autre, l’absence de constat de faute à l’encontre de l’opérateur du projet.

Un contentieux français distinct, mais alimenté par les faits

En France, TotalEnergies fait déjà l’objet de deux plaintes pénales liées à ses activités au Mozambique. L’une porte sur des décès de travailleurs lors de l’attaque de Palma ; une information judiciaire a été ouverte. L’autre, déposée par des avocats de victimes et des organisations, allègue une complicité de crimes de guerre et des actes de torture imputés à des militaires mozambicains autour du site d’Afungi. Ces accusations sont contestées par l’entreprise, qui a déclaré ne pas disposer d’éléments corroborant les sévices allégués.

Le dossier britannique ne vaut pas preuve de ces faits ni des qualifications invoquées en France. Il fournit cependant des témoignages et une chronologie susceptibles d’intéresser les parties : qui commandait les accès, quels personnels se trouvaient dans ou hors de la concession, quels moyens d’évacuation étaient mobilisables et à quel moment.

Pour TotalEnergies, la reprise du projet gazier Mozambique, suspendu après l’offensive de Palma, ne dépend donc pas seulement de la stabilité militaire de Cabo Delgado. Elle dépend aussi de la crédibilité des garanties offertes à l’ensemble de la chaîne de sous-traitance. Une installation gazière ne fonctionne pas avec les seuls salariés de l’opérateur : ingénierie, logistique, gardiennage et construction forment un système de dépendances. Lorsque la sécurité est morcelée entre contrats, la responsabilité juridique peut demeurer segmentée ; le risque opérationnel, lui, remonte toujours vers le porteur du projet.

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