Édition · dimanche 27 septembre 2026 · N°452
Washington, dernier appui décisif

À l’ONU, Netanyahu mise sur Trump face à l’isolement d’Israël

La tribune onusienne n’a pas seulement servi à défendre la politique israélienne : elle a hiérarchisé les alliances. Au centre du discours de Benjamin Netanyahu, le lien avec Washington apparaît comme la ressource qui compense une contestation internationale croissante.

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Isolement diplomatique d’Israël — à l’ONU, Netanyahu mise sur Trump face à l’isolement d’Israël

À la tribune des Nations unies, Benjamin Netanyahu a choisi de placer la relation avec Donald Trump au-dessus de tous les autres messages. Le Premier ministre israélien a présenté le président américain comme le partenaire le plus important de son pays, dans une intervention qui a aussi visé les gouvernements européens, le Qatar, la Turquie, la Syrie et le maire de New York Zohran Mamdani.

La scène est moins diplomatique qu’elle n’en a l’apparence. Elle traduit le calcul central du gouvernement israélien : dans un environnement où se multiplient les condamnations, les tensions sur Gaza et les critiques liées à la Cisjordanie, l’accès direct à la Maison-Blanche reste un actif politique, militaire et diplomatique sans équivalent. L’isolement diplomatique d’Israël ne signifie pas une absence de soutiens ; il accroît au contraire le prix du soutien américain.

Le choix de cette tribune est à cet égard significatif. L’Assemblée générale des Nations unies réunit chaque année les chefs d’État et de gouvernement dans un espace où les rapports de force se mesurent autant aux déclarations qu’aux absences et aux départs de délégations. Plusieurs représentants ont quitté la salle au début de l’intervention israélienne. Benjamin Netanyahu a répondu en dénonçant leur attitude et en affirmant que certains dirigeants lui avaient, en privé, exprimé leur reconnaissance pour les frappes visant le programme nucléaire iranien.

L’isolement diplomatique d’Israël et le levier américain

Le message adressé à Donald Trump répond à une nécessité plus large que la seule séquence onusienne. Les États-Unis sont le partenaire de sécurité déterminant d’Israël, son interlocuteur diplomatique indispensable dans les crises régionales et l’État le plus capable de peser sur le coût international de ses opérations. Pour Jérusalem, la proximité présidentielle compte donc au-delà de toute déclaration de soutien : elle peut influer sur le rythme des négociations, l’expression des alliés occidentaux et la marge de manœuvre des institutions multilatérales.

Cette dépendance politique n’efface pas les divergences. Les relations entre les deux exécutifs ont été traversées par des désaccords sur la guerre contre l’Iran, la conduite du conflit à Gaza et les violences attribuées à des colons israéliens en Cisjordanie. JD Vance a lui-même insisté, la semaine précédente, sur la nécessité pour Washington de ne pas subordonner sa politique extérieure aux intérêts d’un autre État. Donald Trump n’a pas, de son côté, apporté de soutien explicite à Benjamin Netanyahu dans la perspective des élections israéliennes annoncées le mois suivant.

Cette configuration explique le ton du Premier ministre. Il ne s’agit pas de décrire une relation sans friction, mais de rappeler publiquement que le canal présidentiel américain demeure ouvert et qu’il reste plus décisif que les protestations de partenaires européens. Dans un contexte d’isolement diplomatique d’Israël, la démonstration vise autant les capitales étrangères que l’électorat israélien : le gouvernement entend montrer qu’il conserve un accès au centre de gravité de la puissance occidentale.

La Cisjordanie, point de rupture avec les Européens

Benjamin Netanyahu s’est particulièrement attaqué au Royaume-Uni et à la France, qu’il a accusés d’hypocrisie après leur participation à une initiative de sanctions commerciales visant des produits issus des colonies israéliennes en Cisjordanie. Le différend porte sur un sujet qui dépasse les échanges commerciaux concernés : la distinction entre le territoire israélien reconnu internationalement et les implantations établies dans les territoires occupés structure depuis des décennies les positions européennes.

Le Premier ministre a également minimisé la portée des violences de colons contre des Palestiniens et leurs biens, tout en déclarant qu’il ne tolérerait pas le vigilantisme. Cette double ligne répond à une contrainte interne. Les formations et mouvements favorables à l’expansion des implantations constituent une part importante de la base de sa coalition ; leur désaveu frontal aurait un coût politique. Mais le sujet est devenu un facteur autonome de dégradation avec les partenaires occidentaux, y compris ceux qui évitent de rompre avec Israël.

La France et le Royaume-Uni ne disposent pas de l’effet de levier américain sur les choix de sécurité israéliens. Ils peuvent toutefois agir sur les conditions d’accès au marché, sur les positions communes dans les organisations internationales et sur la légitimité politique du gouvernement israélien. C’est pourquoi l’isolement diplomatique d’Israël se construit moins par une mesure unique que par l’accumulation de contraintes : contestation juridique, pressions commerciales, ruptures symboliques et perte de relais dans les opinions publiques occidentales.

Qatar, Turquie et Syrie : contester les médiateurs

Le Premier ministre israélien a aussi visé le Qatar et la Turquie, accusés de diffuser des propos antisémites. Les deux pays occupent une place distincte dans l’équation régionale. Doha s’est imposé comme un médiateur recherché entre Washington, Téhéran et les acteurs palestiniens ; Ankara conserve une capacité d’influence politique dans le monde sunnite, malgré la dégradation prolongée de ses relations avec Israël. Les attaquer à la tribune revient à délégitimer des interlocuteurs susceptibles de peser sur les négociations régionales.

La réplique adressée au président syrien Ahmad al-Charaa sur le plateau du Golan relève de la même logique. La question territoriale y reste indissociable de la recomposition de la Syrie, de la sécurité du nord d’Israël et des équilibres avec l’Iran. En ramenant le débat à une référence historique et religieuse, Benjamin Netanyahu évite le terrain du droit et affirme une position de souveraineté non négociable.

L’attaque contre Zohran Mamdani, enfin, élargit le discours au débat politique américain. En faisant d’un élu local favorable à l’État palestinien un adversaire, Benjamin Netanyahu s’adresse à la fois à son propre électorat et aux fractures de l’opinion américaine. L’isolement diplomatique d’Israël ne se joue plus seulement dans les chancelleries : il se mesure aussi à la capacité de conserver des alliances dans les partis, les villes et les réseaux politiques des États-Unis. C’est sur ce terrain intérieur américain que le lien avec Donald Trump conserve, pour le gouvernement israélien, sa valeur la plus immédiate.

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