Édition · dimanche 27 septembre 2026 · N°454
Raffineries sous pression en Russie

Production pétrolière russe : la guerre pèse sur l’appareil énergétique

La baisse annoncée ne se réduit pas à une prévision sectorielle. Elle révèle la vulnérabilité croissante d’un appareil de raffinage devenu une cible directe, alors que les recettes énergétiques restent centrales pour l’État russe.

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Production pétrolière russe : la guerre pèse sur l’appareil énergétique

La production pétrolière russe devrait tomber à 494 millions de tonnes en 2026, selon les projections présentées le 24 septembre par le ministre du Développement économique, Maxim Reshetnikov. Ce volume serait le plus faible enregistré depuis 2009 et représenterait un recul de 3,4 % par rapport à l’année précédente.

Le chiffre appelle moins une lecture conjoncturelle qu’un examen de la contrainte industrielle qui se referme sur Moscou. La Russie conserve une capacité d’extraction considérable et des débouchés asiatiques essentiels. Mais la guerre déplace le point de vulnérabilité : ce n’est plus seulement le pétrole extrait qui compte, c’est la faculté de le transformer, de l’acheminer et d’approvisionner sans rupture le marché domestique.

Le ministère russe du Développement économique anticipe un redressement progressif : 500 millions de tonnes en 2027, puis 505 millions de tonnes en 2028 et 2029. Même dans ce scénario, la production pétrolière russe demeurerait sous les niveaux antérieurs à la baisse actuelle. La prévision dessine donc une récupération partielle, non un retour immédiat au potentiel récent du secteur.

La production pétrolière russe confrontée au goulot du raffinage

Le vice-Premier ministre Alexandre Novak attribue les difficultés à des opérations de maintenance imprévues dans les raffineries. Cette explication officielle ne peut toutefois être séparée de la campagne ukrainienne contre les infrastructures énergétiques. Les drones ukrainiens visent régulièrement des unités de raffinage, des dépôts, des terminaux et des installations logistiques situés loin du front.

Deux sites ont notamment dû interrompre leur activité au cours de la semaine : la raffinerie de Kuïbychev, contrôlée par Rosneft, et celle de Novoshakhtinsk, dans la région de Rostov. La raffinerie de Moscou, associée à Gazprom, figure également parmi les installations affectées depuis le début du mois. L’enjeu n’est pas seulement la destruction d’équipements : des arrêts temporaires peuvent désorganiser les flux de brut, mobiliser des capacités de réparation rares et réduire la marge de manœuvre régionale sur les carburants.

Une raffinerie est un nœud industriel plus difficile à remplacer qu’un puits. Elle concentre des unités de distillation, de conversion et de traitement dont les pièces, les logiciels ou les équipements spécialisés peuvent être soumis à des restrictions commerciales. Les sanctions occidentales n’empêchent pas mécaniquement la maintenance russe, mais elles allongent les circuits d’approvisionnement et renchérissent les solutions de contournement.

Le diesel, variable d’ajustement du marché intérieur

Face au risque de tension intérieure, Moscou a interdit les exportations de diesel. La mesure devait expirer le 30 septembre, mais une prolongation est envisagée afin de réserver davantage de volumes au marché domestique. Ce choix met en lumière un arbitrage classique pour un État exportateur : préserver les recettes tirées des ventes extérieures ou contenir le prix et la disponibilité du carburant pour les agriculteurs, transporteurs et consommateurs russes.

Pour le Kremlin, l’enjeu est également budgétaire. Les hydrocarbures restent une source déterminante de recettes publiques, malgré l’érosion de leur poids relatif dans l’économie depuis 2022. Réduire les exportations de produits raffinés protège l’approvisionnement intérieur, mais diminue les volumes immédiatement monétisables sur les marchés extérieurs. À l’inverse, maintenir les exportations au prix d’une pénurie locale exposerait le pouvoir à une inflation des carburants difficilement compatible avec une économie déjà mobilisée par l’effort de guerre.

La production pétrolière russe doit ainsi être distinguée de la seule extraction de brut. Une baisse du raffinage peut provoquer des effets en cascade : accumulation locale de pétrole, réduction des exportations de carburants, hausse des coûts logistiques et pression accrue sur les recettes fiscales. C’est précisément à cette interface entre industrie civile, financement public et capacité militaire que les frappes ukrainiennes cherchent à imposer un coût durable.

Une pression qui se mesure dans la durée

La prévision de 494 millions de tonnes ne signifie pas que la Russie perdrait son statut de grande puissance pétrolière. Ses infrastructures, ses ressources et ses relations commerciales lui permettent encore d’absorber une partie du choc. Mais elle indique que la résilience du secteur est désormais conditionnée par la sécurité d’installations dispersées sur un territoire immense.

Dans cette configuration, chaque arrêt de raffinerie compte moins par son effet isolé que par son insertion dans une série. La production pétrolière russe est devenue un indicateur de la capacité de Moscou à réparer, protéger et arbitrer ses infrastructures énergétiques sous contrainte. Pour les pays qui appliquent des sanctions, le test n’est donc plus seulement celui des volumes exportés : il porte sur la faculté russe à maintenir, dans le temps, l’intégrité de sa chaîne industrielle énergétique.

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