Édition · vendredi 25 septembre 2026 · N°423
Bercy face aux vulnérabilités diffuses

Sécurité économique française : Bercy élargit le front de protection

La protection des entreprises ne se limite plus au filtrage des rachats étrangers. À Bercy, l’exécutif cherche à faire de la sécurité économique un réflexe partagé, alors que les menaces visent aussi les petites structures et les savoir-faire dispersés.

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Sécurité économique française : Bercy élargit le front de protection

Les Assises de la sécurité économique, organisées le 24 septembre à Bercy, marquent un déplacement du regard de l’État. La protection des intérêts nationaux ne se résume plus aux seules prises de contrôle étrangères dans les grands groupes. Elle concerne désormais les données, les brevets, les chaînes de sous-traitance, les capacités de production et les savoir-faire détenus par des entreprises de taille modeste.

La sécurité économique française est ainsi présentée comme une politique de prévention, et non comme un instrument réservé aux opérations exceptionnelles. Autour du ministre Roland Lescure, la rencontre a réuni des responsables publics et privés français et internationaux afin d’établir une lecture partagée des risques et des réponses susceptibles d’être activées rapidement.

Le point de départ est politique. Au printemps 2026, le Premier ministre Sébastien Lecornu avait demandé une mission parlementaire sur les outils de protection économique utilisés par les partenaires de la France. Les travaux remis en juillet insistent sur la diversification des vulnérabilités : captation d’informations sensibles, pression sur les fournisseurs, dépendances technologiques, fragilité du financement ou acquisition d’actifs stratégiques.

La sécurité économique française au-delà du contrôle des investissements

Le contrôle des investissements étrangers demeure l’un des instruments les plus visibles. Il permet à l’État d’examiner certaines opérations lorsqu’elles touchent à la défense, à l’énergie, aux infrastructures, aux technologies critiques ou à la sécurité des données. Mais ce contrôle intervient tardivement : il suppose qu’une transaction soit identifiée et entre dans le champ réglementaire. Une entreprise peut, bien avant une cession, perdre un avantage compétitif par le départ de salariés clés, une intrusion numérique, une dépendance à un client dominant ou la divulgation de procédés industriels.

C’est ce décalage que la sécurité économique française cherche à réduire. Le Service de l’information stratégique et de la sécurité économiques, rattaché à la direction générale des entreprises, a précisément pour mission de sensibiliser les acteurs économiques et d’appuyer l’administration dans la protection des intérêts stratégiques. Ses missions et son organisation sont détaillées par le Service de l’information stratégique et de la sécurité économiques.

Le défi est celui de l’échelle. Les grands groupes disposent généralement de directions juridiques, de services de sûreté et de procédures de cybersécurité. Les TPE et PME, qui constituent une part importante du tissu productif, n’ont ni les mêmes moyens ni toujours la capacité d’identifier ce qui, dans leur activité, peut présenter un intérêt stratégique. Or leurs compétences peuvent être situées sur un maillon étroit mais décisif : un composant, un logiciel, un matériau, une expertise de maintenance ou un portefeuille de clients industriels.

Faire circuler l’alerte vers les entreprises

La priorité affichée à Bercy est donc moins de créer un dispositif entièrement nouveau que d’améliorer la circulation de l’information entre administrations, fédérations professionnelles et entreprises. Cette orientation modifie la nature de la sécurité économique française : elle devient un sujet de gouvernance économique quotidienne, au croisement de la propriété intellectuelle, de la cybersécurité, du financement et de la commande publique.

Les travaux parlementaires fournissent un cadre à cette réflexion. Le compte rendu de la commission de la défense nationale de l’Assemblée nationale consacré à cette mission retrace l’ambition d’examiner les pratiques étrangères afin d’en tirer des mesures adaptées au contexte français. La comparaison internationale importe : plusieurs États ont renforcé leurs mécanismes de filtrage, de protection des technologies sensibles et de coordination entre services de sécurité et autorités économiques.

La France doit cependant éviter deux écueils. Le premier serait de traiter toute relation capitalistique étrangère comme une menace. L’économie française dépend des échanges, des partenariats industriels et des investissements internationaux. Le second serait de limiter la politique de protection à une liste de secteurs sanctuarisés. Les dépendances se forment souvent dans les relations commerciales ordinaires et les chaînes d’approvisionnement, loin des opérations les plus médiatisées.

Attractivité et protection, un même arbitrage

Cette séquence intervient dans un contexte où l’exécutif continue de défendre l’attractivité du territoire, notamment à travers le sommet Choose France. Il n’y a pas de contradiction mécanique entre accueil des capitaux et protection des actifs : l’arbitrage porte sur les conditions d’accès au marché, la conservation des capacités de décision et la résilience des filières.

Pour être crédible, la sécurité économique française devra donc produire des résultats mesurables : entreprises sensibilisées, alertes qualifiées, dispositifs de financement mieux orientés et capacité administrative à intervenir avant qu’une fragilité ne devienne irréversible. Les Assises de Bercy ne tranchent pas à elles seules ces arbitrages. Elles signalent néanmoins que l’État entend traiter la vulnérabilité économique comme une question de puissance publique, y compris hors des secteurs traditionnellement régaliens.

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