Édition · mercredi 23 septembre 2026 · N°364
Paris teste l’unité des Vingt-Sept

Sanctions européennes contre la Russie : le cas Usmanov divise l’UE

Derrière le sort d’un industriel russo-ouzbek se joue la crédibilité d’un dispositif européen fondé sur l’unanimité. Paris invoque un enjeu de sécurité nationale sans en préciser publiquement la nature.

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Sanctions européennes contre la Russie : le cas Usmanov divise l’UE

Le renouvellement des mesures restrictives de l’Union européenne contre la Russie se heurte à un cas devenu politique : celui d’Alisher Usmanov. La France, soutenue par la Slovaquie, souhaite que l’industriel russo-ouzbek soit retiré de la liste des personnes visées. Plusieurs capitales y sont opposées et redoutent qu’une exception négociée ne fragilise l’architecture entière du dispositif.

L’enjeu dépasse la situation patrimoniale d’un seul homme. Les sanctions européennes contre la Russie reposent sur une reconduction périodique à l’unanimité. Chaque échéance donne donc à un État membre la possibilité de bloquer l’ensemble du paquet ou de demander des ajustements ciblés. Dans un régime qui comprend environ 3 000 inscriptions individuelles et sectorielles, cette règle transforme toute demande de radiation en test de cohésion politique.

Les ambassadeurs des Vingt-Sept ont abordé le dossier à Bruxelles sans parvenir, à ce stade, à rapprocher les positions. Des diplomates européens indiquent qu’au moins onze États membres ont soutenu une objection à la levée des mesures visant Alisher Usmanov. Une prolongation plus longue des mesures, pouvant aller jusqu’à 36 mois, est évoquée comme élément d’un compromis avec les pays qui demandent des retraits de la liste.

Les sanctions européennes contre la Russie face au précédent Usmanov

Alisher Usmanov a été inscrit sur la liste européenne en 2022. L’Union lui reproche d’avoir apporté un soutien matériel ou financier à des actions compromettant l’intégrité territoriale, la souveraineté et l’indépendance de l’Ukraine. Son inscription emporte le gel des avoirs détenus dans l’Union et des restrictions de déplacement. La fiche officielle publiée dans le registre européen des sanctions détaille les motifs retenus lors de sa désignation.

L’intéressé conteste ces griefs, rejette la qualification d’oligarque et mène depuis plusieurs années une procédure de contestation de son inscription. Sa position économique explique la portée concrète d’une éventuelle radiation : son groupe d’intérêts couvre notamment les mines, les télécommunications et les médias. Un retrait de la liste lui permettrait à nouveau, sous réserve d’autres contraintes juridiques éventuelles, de réaliser des opérations avec des entreprises européennes, de déplacer des fonds et de circuler dans l’espace européen.

Pour les États qui refusent cette évolution, le risque est moins celui d’un cas isolé que celui d’une jurisprudence politique. Si la sortie d’une personnalité particulièrement fortunée et influente résulte d’une négociation entre capitales, les autres personnes inscrites disposeraient d’un argument supplémentaire pour réclamer un traitement analogue. Les sanctions européennes contre la Russie ne sont pourtant pas conçues comme un instrument discrétionnaire : chaque inscription doit reposer sur des motifs individualisés, réexaminés régulièrement, et peut être contestée devant la justice de l’Union.

Une demande française sans justification publique

Paris n’a pas exposé publiquement les raisons de sa démarche. Selon les éléments discutés entre diplomates, la France évoque un enjeu spécifique de sécurité nationale et la nécessité de répondre favorablement à des interlocuteurs internationaux ayant sollicité une intervention au sujet d’Alisher Usmanov. L’absence de précisions publiques alimente la méfiance de plusieurs partenaires, qui cherchent à distinguer un impératif de sécurité documenté d’une transaction diplomatique ponctuelle.

Cette opacité pèse d’autant plus que le régime de sanctions est devenu l’un des principaux leviers non militaires de l’Union depuis l’invasion à grande échelle de l’Ukraine. Il vise à réduire les capacités de financement, d’approvisionnement et de projection de la Russie, tout en signalant le coût politique du soutien au Kremlin. Sa force dépend moins du volume des textes adoptés que de la constance de leur application par les États membres, les banques, les autorités douanières et les entreprises.

Le cas Usmanov n’est pas le seul dossier individuel en discussion. Le Luxembourg défend également le retrait de Mikhaïl Fridman, homme d’affaires né en Ukraine, de nationalités russe et israélienne, qui engage une procédure contre le Grand-Duché afin d’obtenir la libération d’actifs gelés. Ces contestations montrent que les listes européennes sont à la fois des outils diplomatiques et des objets juridiques : leur maintien exige des motifs suffisamment étayés, tandis que leur modification doit conserver une cohérence politique.

Le coût institutionnel de l’unanimité

Les sanctions européennes contre la Russie exposent une contradiction structurelle de la politique extérieure européenne. L’unanimité protège la souveraineté des États membres, mais elle rend aussi le dispositif sensible aux intérêts bilatéraux qui peuvent surgir au moment du renouvellement. Un État ne doit pas nécessairement contester la stratégie générale pour exercer une pression : il lui suffit de conditionner son accord à un dossier particulier.

Les garde-fous envisagés par Paris cherchent précisément à empêcher qu’une radiation soit interprétée comme une brèche générale. Mais ils ne règlent pas la question de fond : quel niveau de preuve et quel intérêt collectif doivent justifier une dérogation lorsque les restrictions européennes visent un acteur économique lié au pouvoir russe ? Sans réponse partagée, chaque reconduction des sanctions européennes contre la Russie risque de redevenir une négociation où les intérêts nationaux s’invitent dans un instrument présenté comme commun.

Le prochain arbitrage ne déterminera donc pas seulement le statut d’Alisher Usmanov. Il indiquera si l’Union est capable de conserver une ligne commune lorsque ses mesures de pression extérieure rencontrent les exigences de ses propres diplomaties, de ses juridictions et de ses intérêts de sécurité.

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