Édition · jeudi 24 septembre 2026 · N°408
Oulan-Bator entre deux puissances

La Mongolie met l’environnement au service de sa marge diplomatique

Derrière la conférence climatique, Oulan-Bator poursuit une stratégie de désenclavement politique. L’enjeu n’est pas de choisir entre Pékin et Moscou, mais de rendre cette dépendance moins exclusive.

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Diplomatie du troisième voisin — la Mongolie met l’environnement au service de sa marge diplomatique

La succession des séquences d’août et de septembre 2026 résume la contrainte mongole. À Oulan-Bator, le président Ukhnaagiin Khürelsükh a clôturé la COP17 de la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification. Quelques jours plus tard, à Bichkek, il rencontrait Xi Jinping et Vladimir Poutine en marge d’un sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai. D’un côté, la restauration des terres, l’élevage pastoral et la sécheresse ; de l’autre, les carburants, les débouchés chinois et les projets de connexion énergétique.

Ces deux registres ne relèvent pas de politiques séparées. Ils forment l’architecture d’un même objectif : donner à un pays enclavé entre la Chine et la Russie davantage d’interlocuteurs, de scènes internationales et de capacités de négociation. La Diplomatie du troisième voisin ne permet pas à la Mongolie d’échapper à sa géographie. Elle vise à réduire le coût politique et économique de cette géographie.

La Diplomatie du troisième voisin comme assurance géopolitique

Depuis la fin de la guerre froide, la Mongolie désigne sous l’expression de « troisième voisin » l’ensemble des partenaires capables d’équilibrer, sans les remplacer, ses deux seuls voisins terrestres. Les États-Unis, le Japon, la Corée du Sud, la France, l’Union européenne ou encore certains partenaires multilatéraux y occupent une place distincte : ils apportent des débouchés, des coopérations techniques, des investissements et une visibilité diplomatique que Pékin et Moscou ne contrôlent pas directement.

Le calcul reste asymétrique. La Chine absorbe l’essentiel des exportations mongoles, notamment minières, tandis que la Russie conserve une fonction déterminante dans l’approvisionnement énergétique. Les infrastructures de transport et les passages frontaliers font de cette dépendance un fait matériel avant d’être un choix diplomatique. Oulan-Bator ne peut donc pas pratiquer une politique d’alignement hostile à l’un ou l’autre de ses voisins. Sa marge réside dans la diversification progressive des relations extérieures et dans l’augmentation de son utilité pour des partenaires lointains.

Dans ce cadre, la Diplomatie du troisième voisin prend la forme d’une assurance : elle crée des options sans promettre une autonomie immédiate. Les États tiers y trouvent aussi leur intérêt. Pour Tokyo, Séoul ou les capitales européennes, la Mongolie est à la fois un partenaire démocratique en Asie du Nord-Est, un territoire minier et une voie de dialogue avec une région dominée par deux grandes puissances continentales.

Faire de la désertification un actif politique

L’accueil de la COP17 a fourni à cette stratégie une scène particulièrement adaptée. La dégradation des terres, les sécheresses et les épisodes de dzud — des hivers extrêmes susceptibles de décimer les troupeaux — affectent directement le modèle pastoral mongol. Cette fragilité alimente l’exode rural vers Oulan-Bator et place la question des parcours au croisement de la sécurité alimentaire, de l’emploi et de la stabilité territoriale.

En la portant sur la scène internationale, le gouvernement transforme un problème national en sujet de coopération. La conférence a notamment mis en avant les engagements liés à la restauration des terres et à la résilience des communautés pastorales. Selon l’UNCCD, la Rangelands Flagship Initiative rassemble 45 projets représentant 1,2 milliard de dollars ; une part seulement de ces montants correspond toutefois à des financements nouveaux déjà confirmés. Cette distinction importe : un portefeuille annoncé n’est pas une enveloppe intégralement décaissée, et son effet réel dépendra des projets, des bailleurs et des mécanismes de suivi.

Pour Oulan-Bator, l’intérêt n’est donc pas seulement financier. La COP17 offre une capacité de convocation : elle attire administrations, agences de développement, chercheurs, entreprises et organisations internationales vers un pays rarement au centre des grands rendez-vous mondiaux. Cette fonction de plateforme améliore la densité de relations que la Diplomatie du troisième voisin cherche précisément à construire.

Une visibilité sans rupture avec Pékin ni Moscou

Le sommet a également révélé les limites de l’exercice. Les négociations n’ont pas abouti à l’adoption d’un instrument international contraignant consacré à la sécheresse, sujet renvoyé à la prochaine conférence des parties. La Mongolie n’avait pas la capacité de résoudre un blocage entre grands groupes de négociation. En revanche, elle a pu tirer parti du rassemblement pour se positionner comme pays hôte et comme porteur d’une expertise pastorale.

Cette dissociation entre le succès diplomatique d’accueil et l’absence d’accord normatif est essentielle. Les conférences internationales ne produisent pas automatiquement de règles ; elles redistribuent aussi de la visibilité, des réseaux et des occasions de négocier. Pour un État de 3,5 millions d’habitants, cet effet peut être substantiel, à condition d’être prolongé par des projets concrets.

La même logique s’applique aux infrastructures. Les discussions sur un éventuel transit gazier entre la Sibérie et la Chine, comme sur les voies ferroviaires et les corridors d’exportation, rappellent que le territoire mongol peut devenir une ressource stratégique. Mais un corridor n’accroît la souveraineté que s’il procure des recettes, des choix logistiques et une capacité de négociation ; sans cela, il peut renforcer la dépendance à l’égard des flux qu’il laisse passer.

La Diplomatie du troisième voisin ne renverse pas ce rapport de force. Elle cherche plutôt à convertir l’enclavement en position d’articulation : une Mongolie assez connectée à ses voisins pour demeurer indispensable, et assez présente dans les enceintes multilatérales pour ne pas être réduite à leur arrière-cour.

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