Édition · vendredi 18 septembre 2026 · N°196
Mer Rouge, le verrou se resserre

Le détroit de Bab el-Mandeb, nouvel enjeu de pression houthie

Les positions revendiquées par les Houthis au débouché méridional de la mer Rouge déplacent le conflit yéménite sur le terrain des flux maritimes. Derrière les annonces militaires, c’est la sécurité d’un corridor entre l’Asie, l’Europe et la Méditerranée qui est en jeu.

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Le détroit de Bab el-Mandeb, nouvel enjeu de pression houthie

La réunion du Conseil de sécurité des Nations unies consacrée à la situation au Moyen-Orient intervient au moment où les Houthis cherchent à transformer leurs capacités de frappe en contrôle territorial du littoral yéménite. L’enjeu dépasse le front intérieur du Yémen : le détroit de Bab el-Mandeb, passage entre la mer Rouge et le golfe d’Aden, est l’une des articulations physiques du commerce entre l’Asie et l’Europe.

Les autorités houthies et des responsables yéménites affirment que le mouvement a pris le port de Mokha ainsi que l’île de Mayyun, également appelée Perim. Des revendications portent aussi sur les îles Hanish, au large de la côte occidentale yéménite ; elles ne sont pas, à ce stade, corroborées de manière indépendante. Cette distinction est essentielle : tenir une île, un port ou une côte ne confère pas mécaniquement la maîtrise navale d’un passage. Mais ces positions peuvent fournir des points d’observation, de détection et, le cas échéant, de lancement pour des missiles ou des drones.

Le détroit de Bab el-Mandeb, une contrainte pour les flux mondiaux

Large d’environ 30 kilomètres dans sa partie la plus étroite, le détroit de Bab el-Mandeb relie la mer Rouge à l’océan Indien. Il commande l’accès au canal de Suez depuis l’Asie, et donc une route décisive pour les conteneurs, les hydrocarbures et les marchandises destinées à l’Europe. Selon le rapport 2024 de la Cnuced sur le transport maritime, ce corridor représente environ 8,7 % du commerce maritime mondial.

Ce chiffre ne signifie pas qu’un acteur armé puisse interrompre à lui seul un tel volume. Il indique en revanche l’ampleur du coût potentiel de l’incertitude. Un risque de tir, même sélectif, contraint les armateurs à modifier leurs itinéraires, à augmenter les primes d’assurance, à accepter des retards ou à mobiliser des protections navales. Le détour par le cap de Bonne-Espérance ajoute des jours de mer entre l’Asie et l’Europe et immobilise davantage de navires et de capital circulant.

Pour les États européens, le détroit de Bab el-Mandeb est ainsi moins un théâtre lointain qu’un point de vulnérabilité de leurs approvisionnements. La mer Rouge forme une chaîne continue avec Suez et la Méditerranée orientale : une dégradation au large du Yémen se traduit, en aval, par une hausse des délais logistiques et une moindre prévisibilité des importations industrielles.

Des positions côtières qui modifient le rapport de force

Les Houthis affirment maintenir la sûreté de la navigation et limiter leur interdiction aux navires saoudiens. Cette déclaration doit être lue dans le contexte d’une reprise des échanges de tirs avec l’Arabie saoudite. Le mouvement a revendiqué des frappes par missiles et drones contre une base aérienne à Khamis Mushait ; les autorités saoudiennes ont émis des alertes dans plusieurs villes du sud, tandis que la coalition conduite par Riyad a fait état de treize civils blessés et de ripostes aériennes.

La sélection revendiquée des cibles constitue en elle-même un instrument politique. Elle permet aux Houthis de présenter leur action comme une pression dirigée contre Riyad, plutôt que comme une fermeture indiscriminée de la voie maritime. Dans les faits, la capacité à distinguer les navires, à les surveiller et à les menacer reste au cœur du rapport de force. Une organisation qui se rapproche des îles et ports du passage acquiert surtout une faculté de nuisance crédible, sans devoir établir un blocus formel.

La demande saoudienne d’une intervention américaine directe, formulée par le prince héritier Mohammed ben Salmane auprès du président Donald Trump, montre que Riyad considère cette évolution comme un enjeu régional et non comme un simple incident frontalier. Washington n’a pas annoncé d’intervention contre les positions houthies. Donald Trump a, de son côté, laissé entendre que la plupart des navires continuaient de circuler et qu’une confrontation avec les États-Unis n’était pas recherchée par le mouvement.

Le Conseil de sécurité face à un levier territorial

L’ordre du jour officiel de la séance du Conseil de sécurité ne cite pas explicitement le Yémen ni la mer Rouge. La question y trouve pourtant sa place par ses effets directs sur la stabilité régionale. Les documents du Conseil de sécurité des Nations unies rappellent que le cadre de discussion reste celui du Moyen-Orient, où s’imbriquent les affrontements yéménites, la rivalité entre Riyad et les Houthis et les tensions avec l’Iran, soutien politique et militaire présumé du mouvement selon ses adversaires.

La difficulté diplomatique est double. D’une part, toute riposte extérieure contre des infrastructures côtières ou insulaires risque d’élargir le conflit et de renforcer le récit d’encerclement défendu par les Houthis. D’autre part, l’absence de réponse laisse s’installer une situation où le détroit de Bab el-Mandeb devient une monnaie de négociation militaire. Ce n’est pas nécessairement la fermeture du passage qui procure du pouvoir, mais la possibilité reconnue d’en perturber l’usage.

La séquence confirme enfin une donnée structurelle : la sécurité des chaînes d’approvisionnement dépend de quelques seuils géographiques où des forces relativement limitées peuvent peser sur des flux considérables. À Bab el-Mandeb, la compétition ne porte donc pas seulement sur des îles ou un port yéménite. Elle porte sur le droit pratique de faire circuler les marchandises, sous quelle protection et à quel coût.

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