Édition · mardi 22 septembre 2026 · N°316
Kyiv sous pression, Washington arbitre

Les sanctions contre la Russie mises à l’épreuve par les frappes sur l’Ukraine

La simultanéité d’une nouvelle salve russe et du vote américain replace la question centrale au bon niveau : la capacité des États-Unis à transformer un outil législatif en contrainte effective sur les recettes de guerre de Moscou.

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Les sanctions contre la Russie mises à l’épreuve par les frappes sur l’Ukraine

La Russie a lancé dans la nuit une attaque de grande ampleur contre Kyiv, Odesa et Zaporijjia, combinant drones et missiles balistiques ou de croisière. Les dégâts recensés dans la capitale touchent des immeubles d’habitation, des entrepôts, des bureaux et des véhicules. Les autorités locales ont fait état d’au moins 18 blessés à Kyiv, dont deux enfants.

Cette offensive intervient au moment où les sanctions contre la Russie redeviennent un objet de décision à Washington. La Chambre des représentants américaine a adopté un texte porté par le sénateur Lindsey Graham, qui doit désormais être soumis au président Donald Trump. La mesure vise les recettes tirées des exportations d’énergie russes et prévoit d’élargir les capacités de l’exécutif américain à imposer des droits de douane aux grands acheteurs de pétrole et de gaz russes.

La coïncidence ne suffit pas à établir un lien opérationnel entre le calendrier militaire russe et le vote américain. Elle met néanmoins en lumière la séquence qui structure désormais le conflit : Moscou cherche à maintenir sa capacité de frappe sur les villes et les infrastructures ukrainiennes ; Kyiv entend faire de cette pression une démonstration du coût de l’inaction occidentale ; Washington doit déterminer jusqu’où il accepte de pénaliser non seulement la Russie, mais aussi les États tiers qui absorbent ses hydrocarbures.

Les sanctions contre la Russie face au verrou énergétique

Selon l’armée de l’air ukrainienne, la Russie a tiré 157 drones, auxquels se sont ajoutés plusieurs missiles. Les défenses ukrainiennes auraient neutralisé 131 cibles, mais 36 sites ont néanmoins été atteints et des débris sont tombés dans cinq autres zones. Ces chiffres illustrent une réalité militaire durable : une défense aérienne peut réduire fortement les dommages sans parvenir à supprimer l’effet économique et psychologique d’attaques répétées sur les centres urbains, les logements et les capacités logistiques.

Pour Volodymyr Zelenskyy, le levier pertinent reste celui des revenus russes. Le président ukrainien a présenté le vote américain comme le signe qu’un durcissement des mesures économiques peut peser sur les calculs du Kremlin. L’argument est moins moral que matériel : la guerre est financée par des recettes d’exportation, par la réorientation des flux commerciaux et par la capacité de Moscou à importer des composants, des machines et des biens à double usage.

Les sanctions contre la Russie déjà en place ont modifié ces flux, sans les interrompre. Le plafonnement du prix du pétrole russe, les restrictions financières et les mesures ciblant des entreprises ou des intermédiaires ont accru les coûts de transaction. Mais la Russie a développé des itinéraires alternatifs, une flotte de pétroliers difficile à tracer et des réseaux de sociétés opérant hors des juridictions occidentales. L’efficacité du dispositif dépend donc moins de l’annonce de nouvelles listes que de sa mise en œuvre sur les assureurs, les armateurs, les négociants et les acheteurs finaux.

Le projet soumis à Donald Trump ajoute une dimension plus directement coercitive : l’usage de l’arme tarifaire contre les pays qui achètent massivement des hydrocarbures russes. Ce mécanisme déplace le centre de gravité des sanctions contre la Russie. Il ne s’agit plus seulement de restreindre l’accès de Moscou aux marchés américain et européen, mais d’inciter des partenaires commerciaux des États-Unis à réduire leurs achats sous peine de voir leurs propres exportations exposées à des droits de douane.

Un instrument américain aux effets extraterritoriaux

Cette logique pose une question d’exécution. Les États-Unis disposent déjà d’une infrastructure administrative et financière puissante pour appliquer des mesures ciblées, notamment à travers l’Office of Foreign Assets Control du Trésor américain. Mais une politique tarifaire dirigée contre de grands clients de l’énergie russe implique des arbitrages diplomatiques plus lourds. Elle peut affecter les prix de l’énergie, les chaînes de raffinage et les relations commerciales avec des États que Washington cherche simultanément à conserver dans son orbite stratégique.

La portée réelle du texte dépendra aussi de la marge discrétionnaire laissée à la Maison-Blanche : exemptions, délais d’application, seuils d’achat ou définition des produits visés. C’est à cet étage que se décide l’efficacité d’une sanction. Un régime trop étroit offre des voies de contournement ; un dispositif trop large peut renchérir les importations américaines et provoquer des mesures de rétorsion, tout en poussant les pays concernés à développer des circuits de paiement et de transport moins dépendants du dollar.

Dans l’immédiat, l’Ukraine veut faire valoir que les frappes sur Kyiv, Odesa et Zaporijjia ne sont pas seulement un épisode militaire. Elles rappellent que le temps du débat législatif américain est aussi celui de la production, du transport et de la vente des hydrocarbures qui alimentent le budget russe. Les sanctions contre la Russie ne pèseront sur cette équation que si la décision politique américaine est suivie d’un contrôle soutenu des flux énergétiques et de leurs intermédiaires.

Pour les Européens, l’enjeu est double. Ils restent directement exposés à l’évolution du front ukrainien et à ses effets sur la sécurité continentale, tout en devant mesurer les conséquences commerciales d’une stratégie américaine visant les acheteurs tiers de pétrole russe. La prochaine étape ne sera donc pas seulement la promulgation éventuelle du texte : elle sera l’identification des États, entreprises et routes maritimes que Washington choisira, ou non, de placer sous pression.

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