Édition · mardi 22 septembre 2026 · N°343
New York, le dossier Huawei s’ouvre

Au procès de Huawei, Washington teste ses sanctions contre l’Iran

Le procès new-yorkais de Huawei ne porte pas seulement sur les pratiques d’un groupe : il met à l’épreuve l’extraterritorialité américaine face à une entreprise centrale dans la puissance technologique chinoise.

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Sanctions américaines contre l’Iran — au procès de Huawei, Washington teste ses sanctions contre l’Iran

Le procès engagé à New York contre Huawei place au premier plan un instrument décisif de la puissance américaine : l’usage pénal et financier des sanctions américaines contre l’Iran. L’entreprise chinoise, devenue un fournisseur mondial d’équipements de télécommunications et de terminaux, répond d’accusations de fraude bancaire, de violation des restrictions visant Téhéran et de captation de technologies appartenant à des partenaires ou concurrents américains.

Pour l’accusation fédérale, il ne s’agit pas d’une succession d’incidents commerciaux. Les procureurs décrivent un ensemble de pratiques organisées sur une longue période, destiné à soutenir l’expansion internationale du groupe. La défense conteste cette lecture et présente les faits reprochés comme des dossiers distincts, relevant de la concurrence commerciale plutôt que d’une entreprise criminelle structurée.

Le débat judiciaire dépasse donc l’établissement d’éventuelles responsabilités pénales. Il oppose deux conceptions de l’économie mondiale : d’un côté, la possibilité pour Washington de conditionner l’accès au dollar, aux banques et aux technologies américaines au respect de son droit ; de l’autre, la capacité d’un champion chinois à maintenir ses activités internationales malgré cette contrainte.

Les sanctions américaines contre l’Iran au cœur du dossier

L’acte d’accusation fédéral vise notamment les relations entretenues avec l’Iran au moyen d’une entité présentée comme distincte de Huawei. Selon les autorités américaines, le groupe aurait fourni à ses partenaires bancaires occidentaux des informations trompeuses sur la nature de ces activités, les exposant ainsi au risque de traiter indirectement des opérations prohibées.

Dans ce type de dossier, le point de bascule n’est pas seulement la vente d’un bien ou d’un service dans un pays sous embargo. La juridiction américaine se construit aussi par le système financier : une opération libellée en dollars, le recours à une banque ayant une présence aux États-Unis ou des déclarations adressées à un établissement soumis aux règles américaines peuvent suffire à ouvrir un contentieux. Le cadre applicable est administré par l’Office of Foreign Assets Control, qui pilote le régime des mesures américaines visant l’Iran.

Les sanctions américaines contre l’Iran deviennent ainsi une norme de fait pour les groupes non américains dès lors qu’ils dépendent de circuits financiers, de composants ou de partenaires exposés aux États-Unis. Le dossier Huawei illustre le risque que cette architecture fait peser sur les banques : elles ne sont pas les auteurs directs des opérations commerciales contestées, mais peuvent être poursuivies ou sanctionnées si les informations fournies dans leurs procédures de conformité sont inexactes.

Le précédent Meng Wanzhou et la question bancaire

L’affaire avait pris une dimension diplomatique majeure avec l’arrestation de Meng Wanzhou, directrice financière de Huawei et fille du fondateur Ren Zhengfei, à Vancouver en décembre 2018, à la demande des autorités américaines. Après près de trois années de procédure au Canada, elle a conclu en 2021 un accord de poursuite différée avec le département de la Justice.

Dans cet accord, Meng Wanzhou a reconnu avoir fait des déclarations inexactes à HSBC et à d’autres établissements sur les liens entre Huawei et une société opérant en Iran. Cet élément pourrait occuper une place centrale au procès de l’entreprise : il donne à l’accusation un précédent documenté sur les informations transmises aux banques, tout en laissant à la défense le soin de discuter l’imputation de ces faits à l’ensemble du groupe et leur portée pénale.

Le département de la Justice avait rendu publiques, en 2019, les poursuites visant Huawei, ses filiales et Meng Wanzhou dans un acte d’accusation fédéral. Les chefs retenus à l’époque incluaient la fraude bancaire et financière, le contournement des règles de contrôle des exportations ainsi que des accusations liées à des secrets d’affaires. Le procès doit désormais transformer ces qualifications en démonstration probatoire devant un jury.

Une bataille sur l’accès aux marchés mondiaux

Huawei n’est pas une entreprise étrangère ordinaire dans la lecture américaine du dossier. Son poids dans les réseaux télécoms, les équipements 5G et les infrastructures numériques en a fait un enjeu de sécurité nationale pour Washington. Les poursuites pénales s’inscrivent dans un mouvement plus large de restrictions américaines sur les transferts de technologies et l’accès du groupe à certains composants stratégiques.

Pour Pékin, cette séquence nourrit à l’inverse l’argument selon lequel les instruments juridiques et financiers américains servent aussi une politique de compétition technologique. Cette interprétation ne tranche pas les accusations soumises au tribunal, qui devront être examinées contradictoirement. Elle éclaire toutefois l’intensité politique du procès : une condamnation confirmerait qu’une entreprise chinoise présente dans les chaînes mondiales demeure vulnérable dès qu’elle passe par des infrastructures financières ou technologiques contrôlées par les États-Unis.

Les sanctions américaines contre l’Iran fonctionnent ici comme un levier de sélection des partenaires économiques. Elles imposent aux banques, assureurs, fournisseurs et sous-traitants une évaluation permanente de leurs risques de conformité. Le coût n’est pas limité aux éventuelles amendes : il peut inclure la perte d’accès au marché américain, à la technologie ou aux financements en dollars.

L’issue judiciaire reste incertaine et Huawei conteste l’ensemble de la caractérisation avancée par les procureurs. Mais le simple déroulement du procès rappelle que les sanctions américaines contre l’Iran ne relèvent pas d’une politique régionale isolée. Elles structurent un rapport de force global, où le droit pénal, les flux bancaires et le contrôle des technologies se rejoignent.

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