Édition · jeudi 24 septembre 2026 · N°367
Le diesel russe sous pression

Les raffineries russes, nouveau levier dans la guerre en Ukraine

La bataille des infrastructures énergétiques ne se limite plus au front. Elle déplace le coût de la guerre vers les capacités russes de raffinage, tout en ouvrant une négociation incertaine sur leur protection réciproque.

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Frappes ukrainiennes contre les raffineries — les raffineries russes, nouveau levier dans la guerre en Ukraine

La guerre en Ukraine a fait des infrastructures pétrolières un champ de confrontation à part entière. Dans une publication sur Truth Social, Donald Trump a estimé que la Russie avait perdu le contrôle de son industrie du diesel en raison du conflit, évoquant les installations mises hors service par les attaques ukrainiennes. La formule est politique, mais elle vise un point matériel : la capacité d’un État en guerre à transformer son pétrole brut en carburants indispensables à son économie, à ses armées et à ses exportations.

Les frappes ukrainiennes contre les raffineries ne visent pas seulement un secteur industriel. Elles cherchent à augmenter le coût économique de l’invasion pour Moscou, en créant des contraintes sur la production de carburants et sur leur acheminement vers les forces russes. Le raffinage constitue ici un maillon plus vulnérable que l’extraction : un site endommagé demande des équipements spécialisés, des réparations longues et une protection aérienne qui concurrence celle d’autres objectifs stratégiques.

Le président américain a appelé à la fin d’une guerre qu’il juge interminable. Volodymyr Zelensky a répondu que l’Ukraine pourrait suspendre ses attaques si la Russie cessait de prendre pour cible le système énergétique ukrainien, les infrastructures critiques et les exportations agricoles. La proposition pose donc moins la question d’une trêve générale que celle d’un échange limité sur les capacités qui permettent aux deux pays de soutenir leur effort de guerre.

Les frappes ukrainiennes contre les raffineries, une pression sur la durée

La Russie demeure l’un des grands producteurs mondiaux de pétrole et dispose d’un appareil de raffinage vaste, réparti sur un territoire considérable. Cette profondeur industrielle rend illusoire l’idée qu’une série de frappes puisse, à elle seule, neutraliser la filière. En revanche, des dommages répétés peuvent désorganiser les opérations de maintenance, réduire temporairement certains volumes disponibles et obliger les autorités à arbitrer entre consommation intérieure, besoins militaires et exportations.

Le diesel est particulièrement sensible. Il alimente le transport routier, une partie de l’agriculture, les engins de chantier et les chaînes logistiques militaires. Toute tension durable sur ce produit renchérit les flux domestiques et peut forcer Moscou à limiter ses exportations de carburants, alors même que les recettes extérieures de l’énergie demeurent une ressource essentielle pour le budget fédéral russe.

Les frappes ukrainiennes contre les raffineries ont aussi une fonction militaire indirecte. Elles obligent la Russie à disperser ses moyens de défense aérienne entre le front, les grandes villes, les installations militaires et les sites industriels. Dans une guerre d’usure, faire peser cette contrainte sur l’adversaire peut compter autant que les destructions elles-mêmes. Les infrastructures énergétiques sont fixes, identifiables et difficiles à déplacer ; leur protection exige des radars, des systèmes antimissiles et des unités disponibles en permanence.

Cette stratégie ne supprime pas les capacités russes, mais elle transforme le raffinage en variable de sécurité nationale. Le Kremlin doit préserver la circulation des carburants sur un vaste territoire tout en maintenant les approvisionnements des forces engagées en Ukraine. Les réparations peuvent en outre être compliquées lorsque les équipements, logiciels ou composants industriels relèvent de chaînes internationales soumises à des restrictions commerciales.

Une trêve énergétique aux intérêts contradictoires

Kyiv ne présente pas ses opérations comme un objectif autonome. Pour les autorités ukrainiennes, elles répondent à la campagne russe contre le réseau électrique et les installations énergétiques du pays. Une suspension mutuelle des attaques sur les infrastructures pourrait réduire le risque de coupures et donner une marge de manœuvre à l’économie ukrainienne. Elle protégerait également les sorties agricoles vers les marchés mondiaux, un enjeu qui dépasse les seuls belligérants.

Mais un accord limité serait difficile à contrôler. Il faudrait définir ce qui relève d’une infrastructure énergétique, établir les responsabilités lors d’un incident et disposer d’un mécanisme de vérification accepté par les deux parties. Les raffineries, les dépôts pétroliers, les centrales électriques et les réseaux de transport sont souvent liés aux besoins civils comme militaires. Cette dualité nourrit l’ambiguïté juridique et opérationnelle de toute interdiction ciblée.

La présidence ukrainienne a indiqué, dans son annonce d’une rencontre entre Volodymyr Zelensky et Donald Trump à New York, que les discussions devaient notamment porter sur la sécurité énergétique et alimentaire. Pour Washington, le sujet comporte une dimension internationale : une perturbation durable du diesel russe peut affecter les marchés de produits raffinés, les routes commerciales et les pays importateurs, y compris hors d’Europe.

Donald Trump avait déjà demandé à l’Ukraine de ne plus viser l’infrastructure énergétique russe, au motif que les tensions sur l’offre de carburants pénaliseraient l’ensemble de l’économie mondiale. Cette position révèle une contradiction de la diplomatie américaine : accroître la pression sur Moscou sans provoquer un choc sur les approvisionnements en énergie. Les frappes ukrainiennes contre les raffineries placent précisément Washington devant cet arbitrage.

Le pétrole, ressource financière et cible de guerre

Depuis le début de l’invasion, les partenaires occidentaux de Kyiv ont cherché à restreindre les revenus pétroliers russes par des sanctions, des plafonds de prix et des contrôles sur les services maritimes. Le ciblage de la transformation du brut ajoute un registre différent : il agit sur l’outil productif, à l’intérieur même du territoire russe. Les sanctions cherchent à réduire les marges et l’accès aux technologies ; les attaques cherchent à imposer des coûts physiques, immédiats et localisés.

Les deux mécanismes ne produisent pas les mêmes effets. Les mesures économiques dépendent de leur application par les États, les banques, les assureurs et les transporteurs. Les opérations contre les sites industriels dépendent de la qualité du renseignement, de la portée des drones et de la capacité russe à réparer et protéger. Leur combinaison augmente toutefois la pression sur une même chaîne de valeur.

Les frappes ukrainiennes contre les raffineries resteront ainsi un sujet de négociation autant qu’un instrument de guerre. Une désescalade énergétique pourrait alléger les risques pour les populations civiles et les marchés. Elle ne réglerait pas, à elle seule, les garanties de sécurité, le contrôle des territoires ni les conditions d’un cessez-le-feu. Mais elle montre déjà que la capacité à produire du carburant est devenue l’un des terrains sur lesquels se mesure la durée possible du conflit.

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