Édition · jeudi 24 septembre 2026 · N°398
Le recyclé, nouvelle matière première

Plastique recyclé : pourquoi les industriels commencent à réserver leurs futurs volumes

À mesure que les obligations d'incorporation de matière recyclée se renforcent, les industriels commencent à sécuriser plus en amont leurs futurs approvisionnements. Le mouvement est particulièrement visible dans les boissons, où les besoins en PET recyclé vont continuer d'augmenter dans les prochaines années.

Partager
Bacs de bouteilles en PET et tapis convoyeur dans un centre de tri, vus d'en haut

À mesure que les obligations d’incorporation de matière recyclée se renforcent, les industriels commencent à sécuriser plus en amont leurs futurs approvisionnements. Le mouvement est particulièrement visible dans les boissons, où les besoins en PET recyclé vont continuer d’augmenter dans les prochaines années.

L’annonce faite jeudi 24 septembre par Carbios en donne une illustration concrète. L’entreprise est en passe de conclure un nouvel accord commercial avec un grand acteur du secteur des boissons pour sa future usine de Longlaville, en Meurthe-et-Moselle. S’il est finalisé, il porterait à environ 60 % la part de la capacité nominale du site déjà prévendue.

Pour Carbios, ce niveau de préventes renforce la visibilité commerciale de Longlaville. Mais il montre aussi que, pour certains industriels, l’accès futur à une matière recyclée répondant à leurs exigences devient un sujet qu’il faut anticiper plusieurs années à l’avance.

Les producteurs de boissons en première ligne

Les producteurs de boissons sont parmi les premiers concernés. Depuis 2025, les bouteilles en PET commercialisées dans l’Union européenne doivent contenir en moyenne au moins 25 % de plastique recyclé. À partir de 2030, le seuil doit atteindre 30 % pour l’ensemble des bouteilles en plastique à usage unique.

Cette montée en puissance modifie progressivement les besoins des industriels. Il ne s’agit plus seulement de se fixer des objectifs volontaires d’utilisation de matière recyclée, mais de disposer effectivement des volumes nécessaires pour les atteindre.

Or, dans l’alimentaire, toutes les matières recyclées ne peuvent pas être utilisées indifféremment. Les exigences de qualité, de traçabilité ou encore d’aptitude au contact alimentaire réduisent le nombre de sources disponibles. Pour un embouteilleur, sécuriser du PET recyclé signifie donc aussi s’assurer que la matière proposée pourra répondre durablement à son cahier des charges.

Cette évolution explique en partie l’intérêt de groupes industriels pour de nouvelles capacités de production avant même leur mise en service.

Tous les plastiques recyclés ne répondent pas aux mêmes besoins

Le sujet dépasse d’ailleurs la seule disponibilité des volumes. La filière européenne du recyclage produit déjà d’importantes quantités de matière, mais les besoins diffèrent fortement selon les usages.

Une matière destinée à fabriquer de nouveaux emballages alimentaires ne répond pas aux mêmes contraintes qu’un plastique recyclé utilisé dans le bâtiment ou dans certains produits de consommation courante. La couleur, la composition des déchets, leur niveau de contamination ou encore le nombre de cycles déjà effectués peuvent limiter les usages possibles.

C’est sur cette question que Carbios cherche notamment à se différencier. Son procédé de recyclage enzymatique du PET consiste à décomposer le plastique pour récupérer ses composants de base, puis à les réutiliser pour produire du PET recyclé.

La technologie vise en particulier des déchets plus difficiles à traiter, comme certains emballages colorés ou complexes et les textiles en polyester. Elle ne se substitue pas au recyclage mécanique, mais cherche à compléter les solutions existantes en élargissant la gamme de déchets pouvant retrouver un usage de qualité. Longlaville doit être la première démonstration commerciale de cette technologie à grande échelle.

Sécuriser aujourd’hui les volumes de demain

L’accord annoncé par Carbios traduit aussi une évolution dans la relation entre producteurs de matière recyclée et grands groupes industriels. Pendant longtemps, le plastique recyclé a surtout été abordé sous l’angle du traitement des déchets. Il devient progressivement une matière première dont certains industriels veulent garantir la disponibilité plusieurs années à l’avance.

La logique est assez simple. Si les besoins en matière recyclée augmentent alors que les capacités permettant de produire certains niveaux de qualité restent limitées, attendre le dernier moment pour acheter expose à davantage d’incertitudes. Les entreprises cherchent donc à nouer des accords plus tôt avec leurs futurs fournisseurs.

Dans le cas de Longlaville, près des deux tiers de la capacité nominale pourraient ainsi être prévendus alors même que le site n’est pas encore en production. Cette anticipation joue dans les deux sens. Pour les industriels, elle permet de réserver des volumes et de préparer leur intégration dans les produits. Pour les recycleurs, elle apporte une meilleure visibilité sur les débouchés de nouvelles capacités industrielles, au moment où celles-ci nécessitent souvent des investissements importants.

Un marché du recyclé qui se structure

Cette tendance intervient alors que la filière européenne reste sous pression. Les obligations d’utilisation de matière recyclée augmentent, mais les recycleurs doivent composer avec la concurrence du plastique vierge et des matières importées à bas coût.

Dans ce contexte, la différence se joue de plus en plus sur la qualité de la matière produite. Les industriels ne cherchent pas seulement des volumes, ils cherchent des matières capables de répondre précisément à leurs usages.

Les préventes annoncées par Carbios donnent un aperçu de cette évolution. Une part importante de la future production de Longlaville est déjà appelée à trouver preneur, signe que certains industriels préfèrent sécuriser dès maintenant les volumes dont ils auront besoin demain.

Sources

  1. Carbios présente ses résultats semestriels 2026, 24 septembre 2026 Carbios
  2. Usine de Longlaville (France) Carbios
  3. Biorecyclage du PET Carbios
  4. CARBIOS signe deux nouveaux engagements commerciaux pluriannuels de PET biorecyclé avec des acteurs majeurs de la boisson, 24 novembre 2025 Carbios
  5. Directive (UE) 2019/904 du 5 juin 2019 relative à la réduction de l'incidence de certains produits en plastique sur l'environnement (art. 6, § 5) EUR-Lex
  6. Nouveau train de mesures visant à stimuler l'économie circulaire et à renforcer le recyclage des plastiques en Europe, 23 décembre 2025 Commission européenne