Édition · jeudi 24 septembre 2026 · N°408
Mer Noire, le levier des terminaux

Les exportations de céréales russes passent derrière celles de l’Ukraine

La guerre des ports gagne un terrain économique mesurable : les flux céréaliers russes ont brutalement reculé en septembre. Kiev y voit un possible point d’appui pour remettre une trêve maritime sur la table.

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Les exportations de céréales russes passent derrière celles de l’Ukraine

La mer Noire est devenue un front où les volumes embarqués comptent autant que les positions tenues au sol. En septembre, les exportations de céréales russes ont suffisamment ralenti pour que l’Ukraine repasse devant la Russie sur les ventes de blé, d’orge et de maïs. Le basculement est d’abord logistique : il traduit l’effet des frappes ukrainiennes sur les terminaux russes, tandis que les ports ukrainiens restent eux-mêmes soumis à une forte pression militaire.

Selon l’Union céréalière russe, les expéditions de blé entre le 11 et le 20 septembre se sont limitées à 347 000 tonnes, contre 1,3 million de tonnes un an auparavant. Les envois d’orge ont atteint 21 900 tonnes et ceux de maïs 11 800 tonnes. Les baisses annoncées, respectivement de 73 %, 90 % et 70 %, signalent un décrochage qui ne se réduit pas à une variation saisonnière.

Le recul ne porte pas seulement sur les tonnages. Huit pays seulement auraient reçu du blé russe pendant cette période, contre 29 un an plus tôt ; le nombre d’exportateurs serait passé de 51 à 10. Lorsque les terminaux, les assurances, les navires et les capacités de chargement sont perturbés simultanément, le commerce agricole perd sa principale qualité : la régularité des livraisons.

Les exportations de céréales russes sous contrainte portuaire

Sur les vingt premiers jours de septembre, le cumul des données de l’organisation professionnelle russe conduit à 766 000 tonnes de céréales expédiées. Sur une période presque comparable, du 1er au 21 septembre, les autorités ukrainiennes recensent 925 000 tonnes de blé, d’orge et de maïs exportées. Les exportations de céréales russes se situeraient donc 17 % sous les flux ukrainiens.

Ce renversement est notable parce qu’il inverse la hiérarchie observée un an auparavant, lorsque la Russie exportait plus de deux fois plus de céréales que l’Ukraine. Il reste toutefois précaire : les statistiques portent sur quelques semaines et les capacités des deux pays dépendent directement de l’intensité des opérations autour de la mer Noire.

Les chiffres ukrainiens sont publiés par le ministère ukrainien de la Politique agraire et de l’Alimentation, à partir des données douanières. Ils éclairent l’enjeu central : l’exportation agricole finance l’économie de guerre ukrainienne et conditionne les revenus d’un secteur qui représentait plus de 10 % du produit intérieur brut du pays l’an dernier.

Une trêve céréalière, mais pour quels ports ?

Kiev cherche à convertir ce coût économique pour Moscou en levier de négociation. Le vice-Premier ministre ukrainien chargé de l’intégration européenne et euro-atlantique, Vsevolod Chentsov, a évoqué le 22 septembre la possibilité de reprendre des discussions afin de trouver une solution. Une éventuelle trêve céréalière devrait, pour être opérante, couvrir non seulement les navires mais aussi les silos, les quais, les grues, les accès ferroviaires et les dispositifs d’assurance.

La question est symétrique. Depuis l’invasion de février 2022, la Russie a frappé les infrastructures portuaires ukrainiennes et des navires commerciaux. Depuis juillet, une campagne soutenue a presque interrompu la navigation dans les ports de la Grande Odessa. Une partie de la récolte ukrainienne pourrait ainsi rester immobilisée : les capacités de stockage ne permettraient de tenir que deux à quatre mois selon les informations disponibles.

Dans ce contexte, la hausse relative des sorties ukrainiennes ne signifie pas que Kiev aurait sécurisé son corridor maritime. Elle montre plutôt que les exportations de céréales russes peuvent être affectées à leur tour par une guerre des infrastructures. Les deux économies agricoles reposent sur une même géographie maritime, mais ne disposent ni des mêmes itinéraires terrestres, ni des mêmes capacités de stockage, ni de la même exposition aux frappes.

Un rapport de force qui dépasse les récoltes

Les céréales constituent un actif de puissance pour les deux États. La Russie les mobilise comme source de devises, comme instrument d’influence auprès de ses acheteurs et comme élément de sa présence sur les marchés du Moyen-Orient et d’Afrique. Pour l’Ukraine, maintenir les expéditions préserve à la fois les recettes des exploitations, les entrées de devises et la crédibilité du pays comme fournisseur malgré la guerre.

La contraction des exportations de céréales russes rappelle donc qu’un terminal portuaire n’est pas une infrastructure secondaire. C’est un nœud où convergent la production agricole, le fret, le crédit, l’assurance et la diplomatie commerciale. Une trêve limitée aux seuls navires ne suffirait pas à rétablir ces chaînes. La négociation éventuelle se jouera sur la protection effective des installations et sur la capacité de chaque camp à faire respecter cet engagement sur le littoral de la mer Noire.

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