La guerre américaine contre l’Iran inscrite dans le récit du 11-Septembre
En associant l’Iran au traumatisme du 11-Septembre, l’exécutif américain déplace le terrain de la guerre : de l’objectif nucléaire affiché vers une confrontation présentée comme une nécessité de sécurité nationale durable.
Au Pentagone, le vingt-cinquième anniversaire des attentats du 11-Septembre a aussi servi de tribune à l’administration américaine pour inscrire son affrontement avec Téhéran dans la continuité de la « guerre contre le terrorisme ». Donald Trump et son secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, ont associé le souvenir des près de 3 000 victimes des attaques de 2001 à la campagne militaire en cours contre la République islamique.
Le rapprochement n’est pas seulement rhétorique. Il fournit à l’exécutif une grille de légitimation intérieure pour une opération dont les objectifs, les coûts et la durée restent par nature incertains. En présentant l’Iran comme une menace directement liée à la sécurité des citoyens américains, Washington substitue au débat sur les buts de guerre une logique de prévention : empêcher un ennemi désigné de nuire avant qu’il ne le puisse.
Dans son intervention, Pete Hegseth a soutenu que les forces américaines avaient, au cours des six mois de combats, frappé des responsables iraniens et dégradé les capacités aériennes et défensives du pays. Ces affirmations émanent du secrétaire à la Défense et ne préjugent pas, à elles seules, de l’état réel des capacités iraniennes ni de leur possibilité de reconstitution. Elles dessinent toutefois le cadre stratégique revendiqué par Washington : combiner pression militaire, pression économique et maîtrise des voies maritimes régionales.
La guerre américaine contre l’Iran et l’objectif nucléaire
La guerre américaine contre l’Iran est ainsi présentée par l’administration Trump comme un moyen d’empêcher définitivement Téhéran d’acquérir l’arme nucléaire. Donald Trump a salué les militaires engagés à l’étranger en reprenant cet objectif. Pete Hegseth l’a formulé plus directement : les États-Unis entendent faire en sorte que l’Iran ne dispose jamais d’une arme nucléaire.
Cette ligne transforme un objectif de non-prolifération en mandat politique pour une confrontation ouverte. Or, détruire des infrastructures ou ralentir un programme ne suffit pas nécessairement à effacer les compétences scientifiques, les chaînes d’approvisionnement et les savoir-faire accumulés. La question centrale devient alors celle du point d’arrêt : Washington vise-t-il une limitation vérifiable des capacités nucléaires iraniennes, ou une dégradation durable de l’appareil militaire et du pouvoir de Téhéran ?
La guerre américaine contre l’Iran se joue donc autant dans la définition de son but final que dans l’intensité des opérations. L’administration lie explicitement la coercition militaire au renforcement des sanctions et de la pression financière. Cette articulation est familière de la politique américaine envers l’Iran : l’outil économique cherche à réduire les ressources disponibles, tandis que l’outil militaire vise à rendre crédible la menace d’une escalade.
Le détroit d’Ormuz, levier matériel du conflit
Le point le plus structurant des déclarations de Pete Hegseth concerne le détroit d’Ormuz. Le secrétaire à la Défense a affirmé que les États-Unis en contrôlaient le passage. Situé entre l’Iran et la péninsule Arabique, ce couloir maritime est l’un des principaux goulets d’étranglement de l’économie énergétique mondiale. La U.S. Energy Information Administration rappelle qu’Ormuz constitue la voie maritime la plus importante pour les flux pétroliers mondiaux.
Le contrôle militaire du détroit, s’il est effectivement assuré, ne signifie pas la disparition du risque. Il expose au contraire les navires, les installations portuaires, les assurances maritimes et les marchés de l’énergie à une conflictualité prolongée. Mines, drones, missiles côtiers, attaques contre la navigation ou actions indirectes de groupes alliés à Téhéran peuvent suffire à renchérir le transport et à perturber les livraisons, sans qu’une fermeture totale du passage soit nécessaire.
Pour les Européens, l’enjeu dépasse donc la relation bilatérale entre Washington et Téhéran. Une déstabilisation durable d’Ormuz agit sur les prix de l’énergie, la disponibilité des cargaisons et le coût du fret. Elle pèse aussi sur les États importateurs dépendants des hydrocarbures du Golfe, ainsi que sur les économies asiatiques qui concentrent une large part de la demande.
Un récit de sécurité pour une guerre longue
La cérémonie du 11-Septembre offre à la Maison-Blanche un dispositif symbolique particulièrement puissant. Les attentats de 2001 ont durablement ancré dans la politique américaine l’idée que les menaces extérieures doivent être neutralisées avant leur matérialisation sur le territoire national. En reliant ce précédent à l’Iran, Donald Trump et Pete Hegseth placent la guerre américaine contre l’Iran dans une histoire américaine de mobilisation sécuritaire plutôt que dans le seul dossier, plus technique et plus contestable, de la prolifération nucléaire.
Cette construction politique réduit la place des distinctions entre organisations terroristes, État iranien, programme nucléaire et rivalités régionales. Elle permet en revanche d’agréger des objectifs différents sous un même vocabulaire : protection du territoire américain, sécurité des alliés, liberté de navigation et prévention nucléaire.
Pour Téhéran, cette présentation confirme qu’un éventuel compromis ne se limitera pas à des inspections ou à un plafond d’enrichissement. La guerre américaine contre l’Iran met en jeu la liberté d’action régionale de la République islamique et sa capacité à peser sur les routes énergétiques. C’est précisément cette imbrication entre nucléaire, sécurité maritime et rapport de force régional qui rend le conflit difficile à circonscrire.
