Édition · jeudi 24 septembre 2026 · N°403
Manille, l'accès aux contrats en jeu

L’accord commercial UE-Philippines bute encore sur les marchés publics

L’accord en préparation avec Manille répond à la recherche européenne de débouchés et de fournisseurs hors de Chine. Mais le principe de réciprocité sur la commande publique entre en tension avec le retour des préférences industrielles dans l’Union.

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L’accord commercial UE-Philippines bute encore sur les marchés publics

L’Union européenne et les Philippines ont franchi une étape politique vers un traité de libre-échange. Après un échange téléphonique entre Ursula von der Leyen et le président Ferdinand Marcos Jr., les deux parties ont fait état d’une convergence substantielle. Le vocabulaire employé appelle toutefois à la prudence : le accord commercial UE-Philippines n’est pas encore juridiquement achevé et devra être traduit dans un texte complet avant les procédures de validation.

Cette séquence intervient trois ans après la relance des discussions par la Commission européenne lors d’un déplacement de sa présidente à Manille. Elle s’inscrit dans une politique plus large de diversification des relations commerciales européennes, menée dans un environnement où les droits de douane américains et les dépendances industrielles vis-à-vis de la Chine redessinent les conditions d’accès aux marchés.

Dans son compte rendu officiel de l’entretien entre Ursula von der Leyen et Ferdinand Marcos Jr., la Commission européenne indique que les négociateurs sont proches de conclure. De leur côté, le commissaire au commerce Maroš Šefčovič et la ministre philippine du commerce et de l’industrie, Maria Cristina Aldeguer-Roque, évoquent une entente substantielle ouvrant la voie à une conclusion formelle dans les prochains mois. Cette distinction importe : une annonce politique ne remplace ni la stabilisation de tous les chapitres ni la ratification d’un accord.

Accord commercial UE-Philippines : la commande publique comme point de friction

La plupart des chapitres de négociation avaient été traités avant cette annonce. La question des marchés publics est cependant restée ouverte jusqu’à la phase finale. Elle ne porte pas seulement sur la possibilité, pour les entreprises européennes, de répondre à des appels d’offres aux Philippines ou, réciproquement, pour des entreprises philippines d’accéder à certains contrats européens. Elle fixe les exceptions, les secteurs protégés, les seuils financiers et les voies de recours qui déterminent l’accès effectif à la commande publique.

Or le accord commercial UE-Philippines est négocié au moment même où l’Union cherche à durcir ses instruments de préférence industrielle. Le projet d’Industrial Accelerator Act prévoit notamment de pouvoir conditionner l’accès à certains marchés à des exigences de contenu « Made in EU ». L’objectif est de soutenir les capacités de production situées dans l’Union dans les filières considérées comme stratégiques. Mais cette orientation réduit mécaniquement la marge de manœuvre européenne pour promettre une ouverture symétrique de ses contrats publics dans des négociations commerciales.

Le sujet relève donc moins d’un différend technique que d’un arbitrage de politique économique. L’Union veut obtenir de nouveaux débouchés pour ses entreprises, notamment dans les services, les équipements, les infrastructures et les technologies. Elle cherche simultanément à conserver le levier de la commande publique pour consolider des chaînes de valeur européennes. À Manille, l’ouverture des marchés publics est également un domaine sensible, car elle engage des dépenses publiques et des secteurs où les acteurs locaux entendent préserver leur position.

Une diversification commerciale sous contrainte géopolitique

Pour Bruxelles, le accord commercial UE-Philippines doit élargir son ancrage en Asie du Sud-Est. Les Philippines, archipel de plus de 110 millions d’habitants, occupent une position maritime centrale entre mer de Chine méridionale et Pacifique occidental. Le pays constitue à la fois un marché de consommation, une base de production et un partenaire potentiel dans la recomposition des chaînes d’approvisionnement régionales.

La logique européenne ne consiste pas à substituer rapidement les Philippines à la Chine. Les volumes, les infrastructures et la densité des chaînes industrielles chinoises ne peuvent être répliqués par un seul partenaire. Elle vise plutôt à multiplier les options commerciales et productives afin de réduire le coût d’une dépendance concentrée. Cette stratégie produit néanmoins une tension durable : l’UE demande davantage d’ouverture à ses partenaires tout en développant, sur son propre territoire, des conditions d’accès plus sélectives pour les secteurs jugés essentiels.

Le déplacement à Manille initialement envisagé par Maroš Šefčovič a finalement été remplacé par un échange en visioconférence avec Maria Cristina Aldeguer-Roque. Ce changement de format n’a pas empêché l’annonce d’une avancée, mais il rappelle que les derniers compromis ne sont pas réglés par la seule communication politique. Dans un accord commercial UE-Philippines, les annexes sur les marchés couverts, les règles d’origine, les services ou les mécanismes de règlement des différends détermineront davantage les effets économiques que la déclaration de principe.

La prochaine étape sera donc la clôture technique des négociations, suivie de la publication du texte et de son examen institutionnel. Le Parlement européen et le Conseil de l’Union européenne devront se prononcer selon la nature juridique exacte de l’accord. Pour les entreprises françaises, l’enjeu ne sera pas seulement l’abaissement de barrières tarifaires : il résidera dans les règles concrètes d’accès à un marché philippin en croissance, et dans la capacité de l’Union à concilier ouverture extérieure et protection de ses instruments industriels.

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