Édition · dimanche 20 septembre 2026 · N°280
Moscou cherche ses propres tribunes

Les sanctions sportives contre Moscou ouvrent un front d’influence

Privée des grandes scènes sportives, la Russie ne cherche pas seulement à préserver ses athlètes. Elle teste la capacité du sport à devenir une infrastructure d’influence distincte des institutions internationales historiques.

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Les sanctions sportives contre Moscou ouvrent un front d'influence

Depuis l’invasion de l’Ukraine, les sanctions sportives contre Moscou ont retiré à la Russie une part importante de sa présence dans les compétitions les plus visibles. Ses sélections restent écartées des tournois organisés par la FIFA et l’UEFA ; ses athlètes sont soumis à des conditions de participation strictes dans plusieurs disciplines. L’effet recherché est politique : signifier qu’une guerre d’agression ne peut rester sans conséquence dans les espaces de représentation internationale.

Cette mise à l’écart produit toutefois un second mouvement. Le Kremlin ne peut reconstituer à brève échéance le prestige des Jeux olympiques, d’une Coupe du monde de football ou des compétitions européennes. Il peut en revanche financer des épreuves, inviter des délégations et transformer les matchs amicaux en instruments de relation bilatérale. L’enjeu n’est donc pas de bâtir un équivalent immédiat du système existant, mais de réduire la dépendance de Moscou à son égard.

Le sport n’est jamais un domaine séparé des rapports de force. Il organise des droits de participation, des revenus audiovisuels, des flux de supporters et une reconnaissance diplomatique. L’exclusion russe met ainsi à l’épreuve la prétention universaliste des fédérations internationales : elles demeurent centrales, mais leur capacité à fixer seules les conditions de la visibilité mondiale est désormais contestée.

Les sanctions sportives contre Moscou changent la valeur de l’accès

Le Comité international olympique avait recommandé, dès le 28 février 2022, que les fédérations internationales n’invitent pas les athlètes et responsables russes et biélorusses. La FIFA et l’UEFA ont ensuite suspendu les équipes russes de leurs compétitions. La finale de la Ligue des champions, prévue à Saint-Pétersbourg en 2022, a également été déplacée.

Les Jeux olympiques de Paris 2024 ont illustré le changement de statut imposé aux délégations concernées. Trente-deux athlètes russes et biélorusses ont concouru sous bannière neutre, sans représentation nationale. Les critères du CIO visaient notamment à exclure les personnes soutenant activement la guerre ou liées aux forces armées et aux services de sécurité. Au-delà du volume des participants, la restriction portait sur ce qui fait la valeur diplomatique d’un grand rendez-vous : drapeau, hymne, classement national et capacité de l’État à se mettre en scène.

Les sanctions sportives contre Moscou ne relèvent donc pas seulement d’une sanction symbolique. Elles déplacent les ressources de réputation vers les institutions qui gardent l’accès aux compétitions les plus suivies. Elles limitent aussi les opportunités commerciales, la circulation des sportifs et les contacts réguliers entre fédérations. Pour la Russie, cette perte est particulièrement sensible dans le football, discipline où l’intégration au calendrier européen avait constitué un levier durable de visibilité.

Des compétitions alternatives, mais pas un système de remplacement

La réponse russe s’est structurée autour des Jeux des BRICS, organisés à Kazan en juin 2024, et d’autres formats promus par les autorités et les fédérations russes. Ces événements réunissent des sportifs issus d’un nombre élevé de pays, mais avec des délégations d’ampleur inégale selon les disciplines. Ils ne disposent ni de l’audience, ni de la valeur marchande, ni de la densité sportive des Jeux olympiques. Leur fonction première est ailleurs : démontrer que Moscou conserve une capacité d’invitation internationale.

Cette distinction est essentielle. Un ordre sportif ne se crée pas par la seule addition d’épreuves. Il suppose des calendriers reconnus, des règles communes, des diffuseurs, des sponsors et la participation durable des meilleurs athlètes. Les initiatives russes restent dépendantes du financement public et de la volonté politique de pays partenaires. Elles ne constituent pas encore une gouvernance concurrente du CIO ou de la FIFA.

Mais les sanctions sportives contre Moscou donnent à ces formats une portée qu’ils n’auraient probablement pas eue auparavant. Le Kremlin peut les présenter comme la preuve que les institutions historiques ne sont pas neutres, et comme un test de coopération entre États qui refusent de faire du sport un prolongement des alliances euro-atlantiques. Cette narration importe autant que les résultats : elle fournit une grammaire commune à des partenaires qui ne partagent pas nécessairement les mêmes intérêts sportifs.

L’Afrique et l’Asie, terrains de la diplomatie par le match

La multiplication des rencontres amicales de la sélection russe avec des équipes d’Afrique, du Moyen-Orient ou d’Asie s’inscrit dans cette stratégie. Ces matchs ne compensent pas l’absence de qualification aux grands tournois. Ils entretiennent cependant des relations fédérales, offrent une exposition aux pays invités et permettent à Moscou de maintenir un agenda international hors du cadre européen.

Pour les partenaires africains ou asiatiques, l’intérêt peut être pragmatique : un déplacement financé, une rencontre supplémentaire, l’accès à des infrastructures ou une relation politique valorisable. Une telle coopération ne vaut pas adhésion à la politique russe. Elle montre plutôt que l’isolement décidé dans les enceintes occidentales n’emporte pas automatiquement l’alignement de tous les États dans les relations bilatérales.

La Chine observe cette séquence avec une prudence particulière. Pékin reste profondément investi dans le sport mondial et n’a aucun intérêt à rompre avec les grandes fédérations. L’expérience russe rappelle néanmoins qu’en cas de crise géopolitique aiguë, l’accès à des institutions présentées comme universelles peut devenir conditionnel. C’est une incitation à conserver, dans tous les domaines de la puissance, des capacités de coopération alternatives.

Les sanctions sportives contre Moscou n’ont donc pas créé à elles seules une bifurcation du sport mondial. Elles ont plutôt accéléré une tendance déjà présente : les grands événements restent des centres de gravité irremplaçables, tandis que des puissances mises à l’écart cherchent des scènes où leur influence dépend moins des institutions qu’elles ne contrôlent pas. Le résultat le plus durable pourrait être moins la naissance d’un bloc sportif séparé que la politisation croissante de l’accès aux compétitions dites universelles.

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