Édition · jeudi 17 septembre 2026 · N°160
L’union des instances, le duel au sommet

À l’AMF, le scrutin présidentiel face à des instances déjà unifiées

Le renouvellement de l’Association des maires de France met en scène un duel connu pour la présidence, tandis que le Bureau et le comité directeur ont déjà verrouillé leur logique d’union transpartisane.

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Élection à l’AMF — à l’AMF, le scrutin présidentiel face à des instances déjà unifiées

Le prochain congrès de l’Association des maires de France (AMF) séparera deux débats que l’organisation s’efforce habituellement de tenir ensemble : la désignation de son président et la représentation pluraliste des communes. David Lisnard, maire de Cannes et président sortant, sera opposé à Philippe Laurent, maire de Sceaux. Pour le Bureau comme pour le comité directeur, une seule liste d’union sera soumise au vote.

Cette élection à l’AMF ne relève pas d’une simple compétition associative. L’AMF est l’une des principales organisations de représentation des élus locaux face à l’État. Elle intervient sur les dotations, les normes applicables aux collectivités, la décentralisation et les libertés locales. La présidence donne donc à son titulaire une tribune nationale et une capacité de négociation avec le gouvernement, sans pour autant lui conférer de pouvoir réglementaire.

Le scrutin doit se tenir par voie électronique entre le 23 novembre à 17 heures et le 25 novembre à 13 heures. Les adhérents pourront voter sans être présents au congrès. Les règles actuellement applicables prévoient un seul tour : deux candidats sont en lice pour la présidence, et les deux instances collégiales ne comptent chacune qu’une candidature.

Élection à l’AMF : un rapport de force inégal

Le duel reproduit celui de 2021. David Lisnard avait alors obtenu 62,3 % des quelque 11 600 suffrages exprimés. Cette année, le président sortant a réuni 106 parrainages, contre 13 pour Philippe Laurent. Pour être enregistrée, une candidature devait recueillir au moins onze soutiens provenant du Bureau, du comité directeur ou des présidences d’associations départementales.

L’écart ne préjuge pas mécaniquement du résultat, puisque le vote est ouvert à l’ensemble des adhérents. Il indique néanmoins que David Lisnard dispose d’un appui beaucoup plus large parmi les responsables déjà installés dans l’appareil de l’association. Son adversaire, ancien secrétaire général de l’AMF, a choisi de ne figurer sur aucune liste pour les autres instances. Il présente ainsi sa candidature comme exclusivement consacrée à l’association, dans un contexte où les ambitions nationales de David Lisnard sont régulièrement évoquées dans le débat public.

La élection à l’AMF devient ainsi le seul espace de concurrence visible. Les postes collectifs sont, eux, organisés autour d’un compromis préalablement négocié. Cette méthode évite que l’association ne se transforme en prolongement des clivages partisans nationaux, mais elle concentre aussi l’alternative politique sur le choix du président.

Des listes d’union pour conserver une capacité de négociation

Le Bureau, qui compte 36 membres, sera renouvelé à hauteur de huit entrants : 28 sortants se représentent. Parmi les nouveaux candidats figurent notamment Jean-François Debat, maire socialiste de Bourg-en-Bresse, appelé à devenir premier vice-président délégué, ainsi qu’Isabelle Assih, Sandrine Janiaud-Larcher, Françoise Mesnard, Sophie Pascal-Lericq, Laurent Peyrondet, Céline Rein et Emmanuel Sallaberry. Le renouvellement atteint donc environ 22 %.

Le comité directeur, composé de 100 membres, connaît une recomposition plus prononcée : 57 membres sortants sollicitent un nouveau mandat et 42 candidats y entrent. La liste est portée par David Lisnard et Jean-François Debat sous l’intitulé d’une union rassemblée. Elle revendique une répartition équilibrée entre élus de gauche, de droite et sans étiquette, ainsi qu’entre communes rurales, périurbaines, urbaines et ultramarines.

Ce montage prolonge le « pacte de gouvernance » défendu depuis plusieurs années au sein de l’AMF. André Laignel, ancien maire d’Issoudun et premier vice-président délégué sortant, laisse sa place à Jean-François Debat. L’enjeu est moins la disparition des divergences entre maires que leur mise en retrait dans les organes de direction. Face à l’exécutif, l’AMF cherche à conserver une parole capable de porter à la fois les préoccupations financières des petites communes, les contraintes normatives des villes et les revendications institutionnelles des élus locaux.

La élection à l’AMF intervient, de ce point de vue, après le renouvellement municipal de mars. Les réseaux de maires, les équilibres départementaux et la distribution des responsabilités locales ont été recomposés. Le poids donné aux nouveaux élus dans le comité directeur vise à adapter l’organisation à ce cycle, sans remettre en cause l’architecture transpartisane qui fonde sa légitimité de représentation.

Des statuts réformés, mais encore inappliqués

La séquence électorale se déroule aussi dans un cadre juridique provisoire. En janvier, les adhérents ont adopté une réforme statutaire prévoyant que le président soit élu pour l’intégralité d’un mandat municipal, soit six ans, au lieu de trois ans. Mais l’AMF, reconnue d’utilité publique, ne peut rendre cette modification pleinement applicable sans l’examen requis par le ministère de l’Intérieur et le Conseil d’État.

Faute de validation définitive avant le congrès, le mandat issu de cette élection à l’AMF restera donc de trois ans. La situation illustre la dépendance procédurale des grandes associations d’élus : elles sont indépendantes de l’État dans leur expression politique, mais leurs règles fondamentales relèvent d’un contrôle administratif et juridique spécifique. La commission électorale de l’AMF a publié les modalités du scrutin et les candidatures enregistrées.

Au-delà du résultat présidentiel, le choix de listes uniques dessine une stratégie institutionnelle. L’AMF entend préserver un centre de gravité collectif, alors que les collectivités font face à des contraintes budgétaires, à la multiplication des normes et à des négociations permanentes avec l’État. La présidence sera disputée ; la capacité de l’association à parler au nom d’un ensemble politique hétérogène, elle, dépendra du maintien de ce compromis.

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