Édition · jeudi 17 septembre 2026 · N°160
L’école, relais de la prévention

Formation des personnels scolaires : l’État organise le déploiement EVARS

La généralisation de l’éducation à la vie affective et relationnelle repose désormais sur une chaîne administrative plus structurée. L’enjeu n’est plus seulement de prévoir des séances, mais de rendre l’institution capable de les organiser et d’alerter.

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Formation des personnels scolaires : l’État organise le déploiement EVARS

L’État change d’échelle dans la mise en œuvre de l’éducation à la vie affective, relationnelle et à la sexualité. La circulaire de l’Éducation nationale publiée à la fin d’août fixe moins un nouveau programme qu’une méthode de déploiement : trois séances annuelles pour chaque élève, un suivi inscrit dans les instances scolaires et, surtout, une formation des personnels scolaires étalée jusqu’en 2029.

Le dispositif couvre l’EVAR dans le premier degré et l’EVARS dans le second. Il répond à une fonction qui dépasse l’enseignement stricto sensu : l’école est appelée à participer à la prévention, au repérage et à la transmission d’alertes lorsque des mineurs sont exposés à des violences ou à des défaillances parentales. Selon les données citées par l’Éducation nationale, 88 000 informations préoccupantes ou signalements ont été émis en 2025 dans ce champ.

La décision place ainsi les établissements au centre d’une chaîne associant enseignants, directions, services académiques, santé publique et, le cas échéant, protection de l’enfance. La capacité effective de ce réseau dépendra moins de l’existence de ressources pédagogiques que du temps disponible, de la qualification des adultes et de la remontée des informations vers les autorités compétentes.

La formation des personnels scolaires comme levier d’exécution

La circulaire de l’Éducation nationale prévoit un programme exceptionnel de montée en compétence à partir de la rentrée 2026. Sa pièce centrale est une formation à distance de trois heures, obligatoire. Les inspecteurs de l’Éducation nationale, conseillers pédagogiques de circonscription et directeurs d’école doivent être les premiers concernés, avant la fin de 2026. L’extension à l’ensemble des agents doit débuter en janvier 2027 et s’achever avant la fin de 2029.

Ce calendrier révèle une logique classique de l’administration scolaire : former d’abord les échelons qui organisent, accompagnent et contrôlent le travail des établissements, avant de généraliser. Un module national vise les responsables académiques ; un autre est destiné aux formateurs chargés de concevoir les sessions locales. Une formation de proximité, à l’échelle d’une circonscription ou d’un établissement, demeure facultative.

Pour les professeurs des écoles, la formation des personnels scolaires ne s’accompagne pas, à ce stade, d’un volume horaire additionnel identifié. Elle doit être intégrée aux 24 heures annuelles de formation continue consacrées à des matières autres que le français et les mathématiques. Ce choix limite la création d’une contrainte nouvelle dans l’emploi du temps, mais installe une concurrence entre priorités de formation. Dans le premier degré, l’exécution dépendra donc de l’arbitrage local entre les thématiques déjà prévues.

Des séances annuelles sous contrôle des instances locales

La règle des trois séances par an n’est pas nouvelle ; l’objectif affiché est désormais d’atteindre tous les élèves. Dans les écoles, la programmation doit être présentée au conseil d’école, où siègent notamment les représentants des parents et des élus municipaux. Dans les collèges et lycées, elle relève du comité d’éducation à la santé, à la citoyenneté et à l’environnement, le CESCE.

Cette architecture donne aux collectivités une place d’information et de suivi, sans leur transférer la responsabilité pédagogique, qui demeure celle de l’État. Le projet d’école doit intégrer la mise en œuvre du dispositif et un temps de travail annuel doit y être consacré. Une enquête nationale de fin d’année doit compléter les remontées locales. Ce circuit est déterminant : il permet au ministère de mesurer non seulement l’adoption formelle des programmes, mais l’écart entre une obligation réglementaire et sa réalisation dans chaque territoire.

Les ressources sont déjà déclinées par âge et par niveau sur Eduscol. Mais leur diffusion ne résout pas à elle seule les difficultés d’intervention : les personnels doivent distinguer la séquence pédagogique, l’écoute d’un élève, le repérage d’un danger et les procédures de signalement. C’est précisément la fonction recherchée par la formation des personnels scolaires, conçue comme un dispositif de sécurisation institutionnelle autant que comme un appui pédagogique.

Les ARS mobilisées vers les territoires prioritaires

Le ministère chargé de la Santé ajoute un second niveau au dispositif. Une instruction demande aux agences régionales de santé de faciliter l’intervention des associations agréées par l’Éducation nationale et, lorsque cela est pertinent, la mobilisation du service sanitaire des étudiants en santé. Les ARS sont aussi invitées à concentrer leur soutien sur les établissements relevant de l’éducation prioritaire, des quartiers prioritaires de la politique de la ville, des zones rurales et des outre-mer.

Cette orientation reconnaît que l’universalité de la règle scolaire ne produit pas mécaniquement une égalité d’accès. Dans les territoires où l’offre associative, médicale ou médico-sociale est plus rare, l’école peut être le seul point de contact régulier avec les enfants et les adolescents. La mobilisation des ARS peut y renforcer les ressources extérieures, mais elle ne se substitue ni aux équipes éducatives ni aux services départementaux de protection de l’enfance.

À l’horizon 2029, l’exécutif devra donc démontrer que la formation des personnels scolaires a produit davantage qu’une conformité administrative. Le test sera concret : la tenue effective des séances, l’accès des établissements les plus éloignés des ressources, et la capacité des adultes à orienter sans délai les situations qui relèvent de la protection des mineurs.

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