Édition · dimanche 20 septembre 2026 · N°274
L’Europe cherche son format de crise

Un Conseil européen de sécurité pour organiser l’autonomie stratégique

La Commission européenne ne propose pas seulement une nouvelle enceinte : elle cherche un instrument capable de rapprocher les décisions européennes des urgences militaires et diplomatiques du continent.

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Un Conseil européen de sécurité pour organiser l’autonomie stratégique

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a annoncé son intention de présenter des propositions pour créer un Conseil européen de sécurité. L’initiative vise à réunir les dirigeants de l’Union européenne et des partenaires jugés indispensables à la sécurité du continent, parmi lesquels l’Ukraine, le Royaume-Uni, la Norvège et le Canada.

L’enjeu n’est pas de multiplier les sommets. Il est de donner aux Européens un cadre politique resserré pour arbitrer plus vite des crises qui ne respectent ni les frontières de l’Union ni ses procédures ordinaires : guerre en Ukraine, intrusions dans l’espace aérien, cyberattaques, sabotages et vulnérabilité des infrastructures critiques.

Dans son discours annuel sur l’état de l’Union, Ursula von der Leyen a fait valoir que la dégradation de l’environnement stratégique rendait ce format plus urgent. La Commission européenne inscrit ainsi la proposition dans un mouvement plus large : celui d’une Europe appelée à assumer davantage sa propre sécurité, alors que la relation transatlantique est devenue moins prévisible.

Un Conseil européen de sécurité hors du cadre des Vingt-Sept

Le Conseil européen de sécurité envisagé ne se confondrait pas avec le Conseil européen, qui rassemble les chefs d’État et de gouvernement des États membres, ni avec les formations ministérielles de l’Union. Son intérêt résiderait précisément dans une composition plus souple, ouverte à des États européens non membres de l’UE et à des alliés nord-américains.

Cette ouverture répond à une réalité géographique et militaire. Le Royaume-Uni, sorti de l’Union, demeure une puissance nucléaire, un acteur majeur du renseignement et l’un des principaux soutiens de Kiev. La Norvège est un fournisseur énergétique essentiel pour le marché européen et un pays riverain de l’espace arctique et de l’Atlantique Nord. L’Ukraine, enfin, ne peut être traitée comme un simple voisin : sa guerre avec la Russie est devenue le principal test de la capacité européenne à soutenir un État agressé sur son propre continent.

Un tel format chercherait donc à combler l’écart entre les frontières institutionnelles de l’UE et le périmètre effectif de sa sécurité. Mais cette souplesse porte aussi une limite : sans compétences propres, budget dédié ou mécanisme d’exécution, l’enceinte risquerait de n’être qu’un lieu de coordination politique supplémentaire.

La réponse institutionnelle à un rapport de force dégradé

La relance d’un Conseil européen de sécurité intervient dans un contexte où les gouvernements européens font face simultanément à la guerre russe contre l’Ukraine et à l’incertitude américaine. Les débats sur l’adaptation du dispositif militaire des États-Unis en Europe, comme les tensions autour du Groenland, ont rappelé que la garantie américaine ne dispense plus les Européens de définir leurs propres priorités.

L’OTAN reste le cadre central de la défense collective en Europe. Elle dispose d’une planification militaire intégrée, de capacités de commandement et de la garantie nucléaire américaine, britannique et française. Un nouveau forum européen ne peut pas la remplacer. Il pourrait en revanche traiter ce que l’Alliance ne règle pas seule : la protection industrielle, la résilience énergétique, les instruments économiques, la sécurité des câbles et des ports, ou encore la coordination des aides à l’Ukraine.

Le point décisif sera donc la frontière entre discussion et décision. Un Conseil européen de sécurité utile devrait être capable d’aligner les choix diplomatiques, industriels et financiers des participants, sans contourner les compétences nationales en matière de défense. Dans l’Union, où la politique étrangère et de sécurité commune demeure largement intergouvernementale, cet équilibre est politiquement sensible.

Une idée ancienne confrontée au veto des capitales

L’idée n’est pas neuve. Des projets comparables ont circulé depuis les années 1980, puis ont resurgi après les divisions européennes sur la guerre d’Irak en 2003. Jean-Claude Juncker et Emmanuel Macron l’avaient également remise sur la table à partir de 2017. Aucun de ces scénarios n’a abouti.

La difficulté n’est pas conceptuelle, mais institutionnelle. Les grands États membres redoutent qu’un petit directoire réduise leur liberté d’action ou marginalise les pays moins puissants. Les États non membres de l’UE, de leur côté, n’accepteront pas un mécanisme où ils seraient consultés sans peser sur les décisions. Le Royaume-Uni avait notamment exprimé ses réserves face à tout dispositif susceptible de recréer, hors de l’OTAN, un centre de gravité sécuritaire dominé par l’Union.

La proposition de la Commission devra donc répondre à trois questions concrètes : qui siège, sur quels sujets et avec quels effets opérationnels ? Sans réponse à ces points, le format risque d’ajouter une couche diplomatique à une architecture déjà dense. Avec des mandats limités et une capacité à préparer des décisions communes, il pourrait au contraire fournir ce qui manque aujourd’hui aux Européens : un lieu régulier où la sécurité du continent est pensée avec les partenaires qui contribuent effectivement à sa défense.

Le débat porte finalement moins sur le nom de l’enceinte que sur la redistribution du pouvoir stratégique en Europe. À mesure que la guerre se prolonge à l’Est et que Washington réévalue ses priorités, l’Union cherche un moyen d’associer ses voisins indispensables sans renoncer à sa capacité d’initiative.

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