Édition · jeudi 17 septembre 2026 · N°160
Le barrage électoral se fissure

Présidentielle 2027 : le second tour devient le terrain décisif du RN

La présidentielle ne se jouera pas seulement sur la qualification au premier tour. La capacité des candidats à agréger des électorats qui se rejettent mutuellement devient le principal verrou — ou la principale chance — du Rassemblement national.

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Électorat de second tour — présidentielle 2027 : le second tour devient le terrain décisif du RN

À huit mois de l’élection présidentielle, les intentions de vote ne décrivent pas encore un résultat. Elles mettent néanmoins en lumière un déplacement plus profond : l’élection ne se structure plus seulement autour d’un candidat à battre au second tour, mais autour de plusieurs électorats devenus difficiles à coaliser.

Dans une enquête réalisée en ligne du 22 au 24 juillet 2026 auprès de 1 506 personnes, selon la méthode des quotas et avec redressement sociodémographique et politique, Cluster 17 mesure un phénomène central : Marine Le Pen ne serait plus la candidate suscitant le rejet le plus élevé parmi les principaux prétendants testés. Cette donnée ne vaut pas pronostic. Elle éclaire toutefois le mécanisme qui avait jusqu’ici empêché le Rassemblement national d’accéder à l’Élysée.

Le système à deux tours transforme en effet la présidentielle en épreuve de rassemblement négatif autant que d’adhésion. Un candidat peut arriver en tête au premier tour et échouer s’il concentre contre lui une majorité de refus. Inversement, un candidat dont le socle demeure minoritaire peut gagner s’il est considéré comme moins inacceptable que son adversaire par les abstentionnistes potentiels, les électeurs sans candidat et les perdants du premier tour.

L’électorat de second tour, nouvelle ligne de partage

L’électorat de second tour est devenu le point de fragilité des formations qui espèrent faire barrage au RN. Lors des précédentes présidentielles, l’appel au vote contre l’extrême droite pouvait réunir, au moins temporairement, une partie de la gauche, du centre et de la droite classique. Cette mécanique ne disparaît pas juridiquement : elle perd de sa force électorale à mesure que ces blocs se fragmentent et que leurs électeurs acceptent moins volontiers un vote de discipline.

Les données de l’enquête montrent notamment que les candidats issus du bloc présidentiel souffrent d’un rejet dans les électorats de droite nationaliste, mais aussi auprès d’une partie de la droite traditionnelle et de la gauche. Édouard Philippe comme Gabriel Attal devraient donc, dans cette configuration, reconstituer une coalition large entre les deux tours. La difficulté ne relève pas d’un simple déficit de notoriété : elle tient à des reports de voix moins automatiques.

À gauche, l’équation est symétrique. Jean-Luc Mélenchon demeure très clivant dans une fraction de l’électorat centriste et de droite ; Raphaël Glucksmann, lui, ne recueillerait pas nécessairement le soutien actif de tous les électeurs insoumis. L’abstention, le bulletin blanc ou nul constituent alors une variable politique : ils abaissent le seuil de voix nécessaire au candidat qui conserve le mieux son propre camp.

Autrement dit, l’électorat de second tour ne se limite pas aux électeurs prêts à changer de camp. Il comprend aussi ceux qui refusent de choisir. Dans une élection majoritaire, ce refus redistribue mécaniquement le rapport de forces entre les deux finalistes.

Le recul du veto contre le Rassemblement national

Le Rassemblement national a longtemps été contenu par un veto majoritaire, plus solide que son propre plafond électoral. Le parti pouvait progresser au premier tour sans parvenir à convertir cette avance en majorité présidentielle. L’évolution observée aujourd’hui est moins celle d’une adhésion universelle que celle d’un recul relatif de ce veto.

Marine Le Pen conserverait un niveau de rejet important : environ un électeur sur deux déclarerait impossible de voter pour elle, d’après l’enquête. Mais ce niveau serait désormais comparable, voire inférieur, à celui de plusieurs concurrents. La nuance est décisive. Une candidature ne doit pas être majoritairement aimée pour l’emporter ; elle doit, au second tour, susciter moins de refus que l’autre offre politique disponible.

Ce déplacement résulte également de la recomposition de la droite. Depuis plusieurs années, une partie de son électorat s’est rapprochée du RN sur l’immigration, l’autorité, l’identité nationale et la sécurité. L’offre incarnée par Les Républicains ou par le centre droit ne bénéficie plus automatiquement d’une position d’intermédiaire entre le macronisme et la droite nationaliste. Le RN capte ainsi à la fois une demande de rupture et une part de l’héritage électoral de la droite gouvernementale.

L’électorat de second tour est donc moins homogène qu’en 2002 ou en 2017. Les consignes de vote des partis et les prises de position des dirigeants ne suffisent plus à entraîner des électeurs qui jugent d’abord les finalistes à l’aune de leur propre rejet du pouvoir sortant, de la gauche radicale ou de la droite nationaliste.

Une enquête ne préjuge pas de la campagne

La prudence demeure indispensable. Un échantillon de 1 506 répondants donne une photographie, non une prédiction. Huit mois de campagne, un événement international, une crise économique, une mise en cause judiciaire ou le choix des candidatures peuvent modifier les hiérarchies. La participation réelle est également plus difficile à anticiper que les intentions déclarées.

Le cadre institutionnel compte enfin : le président est élu au suffrage universel direct pour cinq ans, selon les règles rappelées par le Conseil constitutionnel, qui contrôle la régularité de l’élection et proclame les résultats. Ce cadre ne produit pas de majorité politique par lui-même ; il récompense la capacité à survivre à une confrontation binaire.

La question décisive ne sera donc pas seulement de savoir qui arrivera en tête au premier tour. Elle portera sur la composition de l’électorat de second tour : quels électeurs accepteront un vote de barrage, lesquels voteront par défaut, et lesquels renonceront à départager les deux finalistes. C’est dans cet espace, davantage que dans les déclarations de principe, que se jouera la possibilité d’une alternance en 2027.

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