Édition · jeudi 17 septembre 2026 · N°160
109 feuilles de route sous contrainte

Territoires d’électrification : l’État sélectionne sans sécuriser les crédits

La sélection des lauréats donne une traduction territoriale au plan d’électrification. Elle laisse toutefois entière la question décisive : quels financements permettront aux collectivités de rénover avant de convertir leurs usages énergétiques ?

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Territoires d’électrification : l’État sélectionne sans sécuriser les crédits

La désignation de 109 territoires d’électrification donne enfin un périmètre opérationnel au plan annoncé par le gouvernement au printemps. Les collectivités et établissements retenus devront établir des feuilles de route pluriannuelles pour faire basculer une part de leurs usages, des transports au chauffage, vers l’électricité.

La sélection ne vaut pourtant pas programmation financière. Elle ouvre une phase de préparation locale, coordonnée par l’Agence de la transition écologique (ADEME) sous l’autorité des préfets, sans préciser à ce stade la nature ni le montant des concours publics mobilisables. Or la conversion des usages suppose des investissements lourds, et souvent séquencés : rénovation du bâti, adaptation des réseaux, renouvellement des équipements et déploiement des infrastructures de recharge.

Dans son dossier de présentation du programme, le gouvernement prévoit un accompagnement adapté à chaque situation. La formule laisse une marge de manœuvre bienvenue pour des territoires très différents, mais elle ne résout pas l’incertitude budgétaire qui pèse sur les plans d’investissement des communes et intercommunalités.

Les territoires d’électrification face au mur du bâti public

La majorité des territoires d’électrification sont des établissements publics de coopération intercommunale. La liste comprend également les métropoles de Lyon, Bordeaux, Metz, Nancy, Strasbourg et Grenoble, des syndicats mixtes, quelques communes ainsi que la Corse, la Martinique et La Réunion. Selon le gouvernement, 87 % des lauréats relèvent d’espaces ruraux.

Leurs projets pourront couvrir l’électrification des flottes de véhicules, l’installation de bornes, le remplacement des chaudières au fioul ou au gaz, l’accompagnement d’artisans et d’industriels, voire le retrait progressif de certaines branches de réseaux gaziers. Pour les métropoles retenues, ce dernier point marque un choix d’infrastructure : décommissionner un réseau ne consiste pas seulement à remplacer une énergie par une autre, mais à organiser dans la durée la sortie d’actifs existants.

Le point aveugle concerne les quelque 200 000 bâtiments publics des collectivités. La Fédération nationale des collectivités concédantes et régies (FNCCR), qui porte le programme Actee, rappelle qu’une électrification du chauffage sans travaux thermiques préalables peut accroître les coûts d’exploitation plutôt que les réduire. Dans les écoles, mairies, gymnases ou équipements sociaux, l’isolation, la ventilation et le pilotage des consommations déterminent donc la viabilité économique de l’opération.

Le précédent programme Actee2 avait accompagné près de 14 000 bâtiments publics dans environ 6 300 communes. Ce bilan illustre l’échelle du besoin, mais aussi la dépendance des petites collectivités à une ingénierie financée et mutualisée. Les territoires d’électrification ne pourront pas reproduire ce levier si l’aide à la rénovation s’interrompt au moment où les feuilles de route doivent se transformer en marchés, diagnostics et chantiers.

Actee4, le financement encore absent

Le programme Actee+ doit initialement s’achever à la fin de 2026. Une quatrième période, couvrant 2027 à 2030 et annoncée avec une enveloppe de 315 millions d’euros, devait prendre le relais. Elle n’a pas été confirmée. Le Conseil supérieur de l’énergie a en revanche validé une prolongation d’un an d’Actee+, jusqu’au 31 décembre 2027, limitée à l’adaptation des écoles aux fortes chaleurs.

Cette prolongation restreinte réduit fortement l’ambition annoncée : 2 500 écoles pourraient être accompagnées, contre 12 000 envisagées auparavant. Le décalage est moins technique que budgétaire. Sans engagement pluriannuel, les communes ne savent ni quel cofinancement inscrire, ni à quel rythme programmer les études et travaux. David Lisnard, président de l’Association des maires de France, avait demandé à l’été une clarification sur la suite du dispositif.

Pour l’État, l’enjeu est de rendre cohérentes deux politiques qui sont souvent administrées séparément : la décarbonation des usages et la rénovation énergétique du patrimoine public. Lancer les territoires d’électrification sans garantir le financement de cette seconde étape expose les lauréats à privilégier les opérations les plus visibles et les plus rapides, notamment les bornes ou les flottes, au détriment des travaux structurels.

La question dépasse ainsi le seul affichage de 109 lauréats. Elle porte sur la capacité de la puissance publique à faire correspondre une sélection territoriale, une ingénierie locale et des crédits pluriannuels. Pour les collectivités, c’est cette continuité financière, davantage que l’étiquette de territoires d’électrification, qui déterminera la réalité des projets engagés.

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