Édition · jeudi 17 septembre 2026 · N°160
La défense pensée pour l’intérieur

Réarmement allemand : l’AfD l’arrime à son projet de remigration

En associant la production militaire à des opérations d’expulsion, l’AfD expose une conception du réarmement tournée autant vers le contrôle intérieur que vers la défense du territoire.

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Réarmement allemand et remigration — réarmement allemand : l’AfD l’arrime à son projet de remigration

Le réarmement n’est pas seulement une affaire de budgets, de chars et de chaînes industrielles. Il pose aussi la question de l’usage politique des capacités de force qu’un État reconstitue. En Saxe-Anhalt, Ulrich Siegmund, figure de l’AfD au Landtag de Magdebourg, vient de donner à cette question une formulation explicite : l’industrie d’armement allemande devrait, selon lui, pouvoir fournir les moyens nécessaires à de futures campagnes d’expulsion et de « remigration ».

Son intervention relie deux registres que le débat public allemand tend habituellement à séparer. D’un côté, l’augmentation des capacités nationales de défense, justifiée par la dégradation de l’environnement sécuritaire européen. De l’autre, un projet de coercition administrative appliqué à la population présente sur le territoire. Ce rapprochement fait du réarmement allemand et remigration un même horizon politique : la puissance militaire est conçue comme une ressource disponible pour une politique intérieure de contrôle et d’éloignement.

Siegmund ne rejette donc pas par principe la production d’armements. Il conteste leur transfert vers des conflits extérieurs, au nom du risque d’implication de l’Allemagne et du coût pour le contribuable, tout en défendant leur utilité pour la sécurité intérieure, la stabilité du pays et les expulsions. La distinction est structurante : l’effort industriel est admis dès lors qu’il sert prioritairement une souveraineté définie contre des adversaires ou des populations désignés à l’intérieur des frontières.

Réarmement allemand et remigration : un changement d’usage de la force

Dans la doctrine classique de défense, les matériels militaires répondent à des menaces externes et relèvent d’une chaîne de commandement strictement encadrée. Les missions de police, de maintien de l’ordre et d’exécution des décisions administratives sont, elles, soumises à d’autres règles, d’autres autorités et d’autres contrôles. La référence au réarmement allemand et remigration brouille cette frontière institutionnelle.

Le point ne réside pas dans la faisabilité immédiate d’un emploi de la Bundeswehr lors d’expulsions. Le cadre constitutionnel allemand et la jurisprudence ont précisément été construits pour limiter l’intervention des forces armées sur le territoire national. Le Tribunal constitutionnel fédéral rappelle par ailleurs que l’interdiction éventuelle d’un parti relève d’une procédure exigeante, réservée aux organisations cherchant à porter atteinte à l’ordre démocratique libre.

L’enjeu est plutôt de rendre politiquement acceptable l’idée que la hausse des capacités militaires, les commandes à l’industrie et l’implantation de sites de défense puissent être justifiées par leur disponibilité pour une politique d’éloignement à grande échelle. Dans cette logique, les dépenses de défense ne protègent plus seulement contre une menace stratégique ; elles deviennent l’un des instruments matériels d’un projet de transformation démographique et administrative.

La déclaration a suscité des réactions immédiates au sein du Landtag. Katja Pähle, qui préside le groupe social-démocrate, y a vu une normalisation du recours à la violence comme instrument politique. Fabio De Masi, coprésident du BSW, a quant à lui accusé Siegmund de rechercher la provocation plutôt que l’exercice du pouvoir. Ces réponses signalent un désaccord sur le seuil à partir duquel un programme de contrôle migratoire cesse d’être une politique publique restrictive pour devenir un projet de coercition politique.

Une ligne installée dans l’écosystème de l’AfD

La séquence ne peut être réduite à une formule isolée. Le programme adopté par l’AfD à Magdebourg au printemps prévoyait notamment une structure de crise consacrée à l’immigration, le recours à des formes de surveillance de voisinage et la valorisation des agents chargés des éloignements. Ces propositions dessinent une extension des dispositifs de sécurité au-delà des administrations spécialisées, en mobilisant des auxiliaires civils et une rhétorique de mobilisation nationale.

Cette continuité est également visible dans les prises de position de Björn Höcke, dirigeant de l’aile la plus radicale de l’AfD en Thuringe et mentor politique de Siegmund. Depuis plusieurs années, il défend l’idée d’une remigration de grande ampleur, en assumant que celle-ci comporterait des coûts humains et des scènes de contrainte. Le vocabulaire change selon les responsables ; le mécanisme reste le même : faire de l’éloignement non pas une mesure individualisée, mais un objectif politique massif.

Le réarmement allemand et remigration s’inscrit ainsi dans une architecture plus large. L’AfD combine un discours de réindustrialisation de la défense, une critique des engagements extérieurs de Berlin et un programme de durcissement de la politique migratoire. Cette combinaison permet de présenter une même dépense industrielle comme une réponse à l’insécurité géopolitique, au sentiment de déclassement territorial et à une promesse d’ordre intérieur.

Pour les industriels concernés, cette politisation crée une zone de risque. Les investissements liés au réarmement sont généralement défendus par la nécessité de reconstruire des stocks, d’assurer la disponibilité des équipements et de garantir la pérennité des compétences. Les associer à des opérations intérieures d’expulsion les place dans un débat de légitimité différent, où se mêlent droit constitutionnel, droits fondamentaux et acceptabilité sociale des commandes publiques.

Le débat sur l’interdiction, derrière la polémique

La déclaration intervient alors que la qualification de l’AfD par les autorités de protection de la Constitution nourrit à nouveau le débat sur une procédure d’interdiction. La branche de Saxe-Anhalt est classée depuis 2023 comme extrémiste de droite par le Bundesamt für Verfassungsschutz. Une saisine de Karlsruhe supposerait toutefois de démontrer non une radicalité de langage, mais une action dirigée contre l’ordre constitutionnel, selon un standard de preuve élevé.

Friedrich Merz a exprimé sa prudence face à cette voie, tandis que d’autres forces politiques souhaitent l’ouvrir. La difficulté est institutionnelle autant que politique : une procédure infructueuse renforcerait l’AfD ; une procédure engagée avec des éléments solides déplacerait durablement le centre de gravité du débat allemand vers les limites constitutionnelles du pluralisme.

La formule de Siegmund ne préjuge ni d’une décision judiciaire ni d’une capacité opérationnelle. Elle éclaire en revanche le projet que recouvre le réarmement allemand et remigration dans une partie de l’AfD : produire davantage de puissance publique, mais en redéfinir la finalité au profit d’une politique intérieure de contrainte. C’est cette redéfinition, plus que la polémique du jour, qui pèse sur le débat allemand et européen sur la défense.

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