Édition · jeudi 17 septembre 2026 · N°160
Le décrochage des seniors pèse

Le taux d’emploi en France reste distancé malgré sa progression

Le marché du travail français a gagné en activité, sans combler son retard comparatif. Derrière le niveau record affiché se joue la capacité du pays à maintenir durablement les seniors dans l’emploi.

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Le taux d’emploi en France reste distancé malgré sa progression

Le niveau atteint par le taux d’emploi en France ne doit pas masquer son rang européen. En 2025, 69,3 % des personnes âgées de 15 à 64 ans y occupent un emploi, d’après les données mobilisées par l’Insee et la Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques (Dares). La moyenne de l’Union européenne s’établit à 71,1 %. La France occupe ainsi le 21e rang parmi les 27 États membres.

L’écart est limité en apparence — 1,8 point — mais il renseigne sur une difficulté structurelle. Le taux d’emploi mesure la part de la population d’un âge donné qui travaille effectivement. Il ne se réduit donc pas au chômage : il intègre aussi l’inactivité, les sorties précoces du marché du travail, les études ou encore les situations de retrait durable de l’emploi. C’est ce qui en fait un indicateur plus large de mobilisation de la main-d’œuvre disponible.

La progression française des dernières années est réelle. Mais elle intervient dans une Europe où plusieurs économies ont elles aussi relevé leur participation au marché du travail. L’amélioration nationale ne suffit donc pas, à elle seule, à réduire le différentiel relatif.

Le taux d’emploi en France révèle l’enjeu des fins de carrière

Les comparaisons placent les Pays-Bas très loin devant, avec 82,3 % des 15-64 ans en emploi. Malte atteint 80 %, l’Allemagne 77,4 %, le Danemark 76,9 %, tandis que Chypre et la Suède dépassent également 76 %. La France se situe aussi derrière le Portugal, la Pologne, la Slovénie, la Slovaquie et la Bulgarie.

Ces écarts ne décrivent pas des marchés du travail identiques. Le poids du temps partiel, l’organisation de la garde d’enfants, la part des emplois peu qualifiés ou encore les règles d’indemnisation et de retraite diffèrent fortement d’un pays à l’autre. Aux Pays-Bas, par exemple, une forte proportion des actifs travaille à temps partiel ; l’indicateur compte néanmoins ces personnes comme étant en emploi. Il faut donc distinguer le taux d’emploi du volume total d’heures travaillées.

Pour la France, le facteur le plus déterminant est la présence plus faible des plus de 60 ans dans l’emploi. Le recul de l’âge légal de départ à la retraite vise précisément à prolonger les carrières, mais une réforme des règles de retraite n’assure pas, à elle seule, le maintien en poste. Elle déplace aussi la question vers les entreprises, les branches professionnelles et le service public de l’emploi : conditions de travail, prévention de l’usure professionnelle, accès à la formation et discriminations liées à l’âge deviennent des variables décisives.

Les statistiques européennes permettent de replacer ce résultat dans un cadre homogène. Les données d’Eurostat sur l’emploi reposent sur l’enquête européenne sur les forces de travail et rendent comparables les situations nationales, malgré des structures productives et démographiques distinctes. Elles montrent qu’un marché du travail peut afficher un chômage relativement contenu tout en laissant une part significative de la population hors de l’emploi.

Une comparaison qui dépasse le seul chômage

Le taux d’emploi en France constitue ainsi un indicateur central pour les finances publiques. Lorsque davantage de personnes travaillent, les administrations perçoivent plus de cotisations et d’impôts sur le revenu, tandis que les dépenses d’indemnisation et certains minima sociaux sont moins sollicités. À l’inverse, l’éviction durable des salariés expérimentés réduit l’assiette de financement de la protection sociale au moment où le vieillissement accroît les besoins de santé et de retraite.

Ce mécanisme explique l’attention accordée aux 55-64 ans dans les politiques publiques. La difficulté française ne tient pas uniquement à l’accès au premier emploi, même si l’insertion des jeunes demeure un enjeu. Elle tient aussi à la continuité des trajectoires professionnelles : un salarié qui perd son emploi à l’approche de la retraite connaît statistiquement davantage de difficultés à retrouver un poste stable.

Le taux d’emploi en France dépend donc d’arbitrages qui excèdent la politique de l’emploi au sens strict. La formation professionnelle, l’assurance chômage, les règles de cumul emploi-retraite, la médecine du travail et les politiques salariales des entreprises participent au même résultat agrégé. La réforme des retraites a rendu l’enjeu plus visible ; elle ne résout pas la capacité concrète des organisations à employer des travailleurs plus âgés.

La comparaison européenne fixe enfin une limite au récit du « niveau historique ». Qu’un indicateur français atteigne un sommet national ne signifie pas que le pays a rattrapé ses partenaires. Le taux d’emploi en France progresse, mais le classement de 2025 montre que le rattrapage suppose moins une mesure isolée qu’une transformation durable des fins de carrière et de l’accès à l’emploi pour les publics les plus éloignés du marché du travail.

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