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Veille Viticulture, le prix des traitements

Cuivre dans les sols : le coût différé de la protection des vignobles

Réduire les traitements au cuivre protège les sols, mais complique la lutte contre les maladies de la vigne. Dans les vignobles, la contrainte réglementaire se heurte à un héritage que les plafonds actuels ne peuvent effacer.

Cuivre dans les sols : le coût différé de la protection des vignobles (image générée par IA)
Illustration générée par IA

Dans un vignoble, limiter un traitement ne suffit pas à supprimer ce qu’ont laissé les traitements précédents. Le cuivre employé contre le mildiou reste en grande partie dans les couches superficielles du sol. Pour les exploitants, la question n’est donc pas seulement de respecter une dose autorisée : elle est aussi de maintenir la production sur des parcelles dont l’histoire conditionne les marges de manœuvre.

Cette tension concerne particulièrement la viticulture biologique. Les fongicides de synthèse n’y sont pas autorisés, alors que les maladies de la vigne imposent une protection des cultures. Le cuivre n’est pas réservé au bio : l’agriculture conventionnelle l’utilise également. Mais lorsque ses conditions d’emploi se resserrent, les producteurs ne disposent pas tous des mêmes solutions pour adapter leurs pratiques.

En 2025, l’Anses a réévalué les produits contenant du cuivre et renforcé leurs conditions d’emploi. Une décision de ce type agit sur les apports futurs. Elle ne retire pas le métal déjà présent dans les parcelles, parfois depuis des décennies. C’est ce décalage entre le calendrier de la réglementation et celui des sols qui place les vignobles sous contrainte.

Le cuivre dans les sols, un héritage inégal

Le cuivre existe naturellement dans les sols. À faible concentration, il est nécessaire aux organismes vivants. Les apports liés aux activités humaines s’ajoutent toutefois à ce niveau initial, avec des effets très différents selon les terrains. Dans l’agriculture, les déjections animales constituent une source diffuse ; les traitements phytosanitaires se concentrent davantage sur certaines cultures, notamment la vigne.

Le cuivre dans les sols ne se répartit pas comme un intrant qui disparaîtrait après usage. Peu mobile, il tend à demeurer près de la surface, où se déroule une part essentielle de l’activité biologique. L’ancienneté des traitements compte donc autant que la dose appliquée une année donnée. Des apports autrefois bien plus élevés peuvent encore peser sur une parcelle dont l’exploitant a depuis réduit ses pratiques.

Les travaux accessibles dans l’archive scientifique d’INRAE situent la concentration moyenne autour de 13 milligrammes par kilogramme dans les sols agricoles français, contre près de 70 milligrammes par kilogramme dans les sols viticoles. Ces moyennes ne décrivent pas chaque exploitation : les teneurs varient fortement avec la nature du sol et l’historique des parcelles. Elles montrent néanmoins pourquoi un plafond d’utilisation identique ne correspond pas partout à une situation de départ identique.

Une limite d’usage ne mesure pas, à elle seule, l’état d’une parcelle

Le plafond actuel d’emploi, présenté comme équivalant à 4 kilogrammes de cuivre par hectare et par an, encadre les nouveaux traitements. Il représente une réduction considérable par rapport à certaines pratiques du début du XXe siècle, lorsque les apports pouvaient atteindre plusieurs dizaines de kilogrammes par hectare en une année. Mais comparer une dose annuelle à une teneur mesurée dans le sol reviendrait à confondre un flux et un stock : la première limite ce qui entre, la seconde renseigne sur ce qui s’est accumulé.

Les effets biologiques ne se déduisent pas non plus d’un chiffre unique. Une synthèse de travaux consacrés aux vers de terre relève des atteintes à la reproduction autour de 94,6 milligrammes de cuivre par kilogramme de sol en moyenne, avec une forte dispersion des résultats. Ces valeurs ne constituent pas un seuil réglementaire applicable indistinctement à toutes les parcelles. La réponse des organismes dépend notamment du sol et des formes de cuivre auxquelles ils sont exposés.

Pour un producteur, l’arbitrage est concret. Diminuer le traitement peut accroître le risque de pertes liées aux maladies ; le maintenir ajoute du cuivre à un sol qui en contient parfois déjà beaucoup. Le contrôle des doses répond à la première partie du problème environnemental, celle des apports nouveaux. Le suivi des teneurs et de la vie du sol répond à la seconde, celle de l’accumulation. Les deux démarches ne sont pas interchangeables.

Cuivre dans les sols : protéger la récolte sans transférer le coût au sol

La bouillie bordelaise illustre une difficulté propre aux filières agricoles : un produit autorisé et utile à court terme peut créer une contrainte durable sur l’outil de production lui-même. Qualifier le cuivre de fongicide d’origine naturelle ne change rien à sa persistance. À l’inverse, constater des teneurs élevées dans certains vignobles ne permet pas de conclure que tous les sols traités présentent le même état biologique.

La réévaluation des produits déplace ainsi le rapport de force entre protection sanitaire des cultures et préservation des parcelles. Pour être appréciée à l’échelle d’une exploitation, une règle sur les quantités appliquées doit être rapprochée de l’état initial du terrain et des possibilités réelles de réduire les traitements. Le cuivre dans les sols rappelle qu’une décision prise aujourd’hui encadre surtout les pratiques de demain, tandis que les producteurs continuent de travailler avec les effets de celles d’hier.

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