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Veille Réforme militaire, coûts à préciser

Le Pentagone promet moins de bureaucratie, mais prépare de nouvelles structures

Au Pentagone, la réduction annoncée de la hiérarchie militaire s’accompagne de nouveaux échelons de décision. Leur financement et le rôle accordé aux industriels restent à définir.

Commandement des drones — le Pentagone promet moins de bureaucratie, mais prépare de nouvelles structures (image générée par IA)
Illustration générée par IA

Le Pentagone veut alléger sa hiérarchie tout en se dotant de nouvelles structures. Lors d’un discours prononcé le 30 septembre à la base de Quantico, en Virginie, le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth, a défendu une réduction de 20 % du nombre d’officiers les plus gradés. Il a aussi annoncé un commandement consacré aux drones, une commission sur l’avenir de la guerre et un projet de nouvelle base militaire.

La contradiction apparente mérite d’être examinée au-delà du nombre de postes supprimés ou créés. Un commandement doté d’un général quatre étoiles suppose une chaîne de décision, des effectifs et des moyens. Une commission réunissant des dirigeants d’entreprises travaillant pour l’armée peut, elle, peser sur la définition des capacités recherchées. Dans les deux cas, la question est de savoir qui orientera les futurs choix militaires et avec quelles ressources.

À ce stade, aucun coût global n’a été précisé pour les initiatives annoncées. Il n’est donc pas possible de comparer les économies promises par la réduction des postes de direction aux dépenses qu’entraîneraient les nouvelles structures.

Le commandement des drones à l’épreuve du budget

La création d’AutoWarCom, présenté comme un commandement des drones, est la mesure la plus directement liée à une capacité militaire. Une note diffusée après le discours indique que le Pentagone entend travailler avec le Congrès pour le mettre sur pied d’ici au 1er octobre 2027. Cette échéance place le projet dans la préparation du prochain budget de la défense, sans préjuger des crédits qui lui seront accordés.

Un commandement spécialisé pourrait donner davantage de poids aux besoins liés aux drones dans les arbitrages militaires. Son effet dépendra toutefois de compétences encore à définir : coordonner les forces existantes, fixer des priorités d’équipement ou disposer de moyens propres ne revient pas au même. Sans indication sur ses effectifs, ses crédits et son périmètre, il serait prématuré d’y voir une capacité opérationnelle supplémentaire.

Le commandement des drones fait ainsi apparaître la limite d’une réforme mesurée au seul nombre de hauts gradés. Supprimer des postes au sommet de l’organisation et ouvrir un nouvel échelon de commandement peuvent se produire simultanément. Le bilan administratif et financier dépendra des fonctions effectivement transférées, supprimées ou ajoutées.

Des fournisseurs invités à définir les priorités

L’autre initiative structurante est Project Meridian, une commission chargée d’examiner pendant 120 jours les capacités nécessaires aux guerres futures. Pete Hegseth a cité Elon Musk, fondateur de SpaceX, Palmer Luckey, fondateur d’Anduril, et l’ancien président républicain de la Chambre des représentants Newt Gingrich parmi les personnes appelées à la diriger.

SpaceX, également propriétaire de Starlink, et Anduril fournissent des technologies au secteur de la défense. Cette position donne à leurs dirigeants une connaissance directe des contraintes industrielles. Elle crée aussi un enjeu de gouvernance : des entreprises susceptibles de vendre des capacités militaires participeraient à une réflexion sur les capacités à privilégier. Cela ne permet pas de conclure que les recommandations de la commission favoriseront leurs produits. Cela justifie, en revanche, de demander comment seront encadrés ses travaux et rendus publics ses résultats.

Le rôle annoncé pour Project Meridian porte moins sur la rédaction d’une stratégie générale que sur l’identification de domaines et de capacités à maîtriser. Cette distinction importe pour les futurs marchés : le choix d’une priorité technologique intervient avant l’appel d’offres et peut orienter durablement les investissements. La commission ne dispose pas, sur la base des éléments annoncés, d’un pouvoir d’achat public établi. Son influence éventuelle se jouera en amont de cette décision.

Le projet de nouvelle base militaire ouvre un autre volet budgétaire. Pete Hegseth a indiqué que des gouverneurs pourraient chercher à accueillir l’installation dans leur État. Aucun site, calendrier de construction ou montant n’a été communiqué. Une implantation militaire engage pourtant des dépenses d’infrastructure et de fonctionnement qui dépassent le coût initial des bâtiments. Sans dossier chiffré, la concurrence entre territoires reste une annonce, non un projet dont on peut mesurer les effets.

Une réforme dont le solde reste inconnu

Le secrétaire à la Défense a également annoncé un nouveau corps de cadets, susceptible de recruter notamment dans des établissements chrétiens, ainsi qu’un bureau des affaires religieuses auquel les principaux aumôniers des forces rendraient compte directement. Ces mesures touchent à la sélection et aux circuits de responsabilité au sein de l’armée. Elles montrent que la réorganisation présentée ne se limite ni aux économies administratives ni aux technologies de combat.

Le département américain de la Défense rassemble déjà des forces et des organismes aux missions distinctes. Toute nouvelle structure doit donc être appréciée selon ce qu’elle remplace ou ajoute réellement. Pour le commandement des drones comme pour les autres annonces, les informations décisives manquent encore : organigrammes, effectifs, crédits demandés et modalités de contrôle.

Le commandement des drones devra notamment franchir l’étape budgétaire avec le Congrès. Project Meridian, de son côté, permettra de voir si les recommandations de dirigeants industriels se traduisent par des priorités identifiables. C’est dans ces décisions, plutôt que dans la seule promesse de réduire la bureaucratie, que se lira le sens de la réforme.

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