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Veille L'innovation sous licence étrangère

Les biotechs chinoises gagnent du poids dans les portefeuilles pharmaceutiques

Les grands laboratoires gardent la maîtrise des marchés, mais cherchent davantage leurs futurs traitements en Chine. Cette répartition des rôles déplace le centre de gravité de l'innovation pharmaceutique.

Licences de médicaments chinois — les biotechs chinoises gagnent du poids dans les portefeuilles pharmaceutiques (image générée par IA)
Illustration générée par IA

Le contrôle de la commercialisation ne garantit plus celui de l’innovation. Pour renouveler leurs portefeuilles à mesure que des brevets arrivent à expiration, les grands laboratoires occidentaux acquièrent davantage de licences de médicaments chinois. Ils obtiennent des droits sur des traitements encore en développement, tandis que les entreprises qui les ont conçus accèdent à des financements et aux marchés internationaux.

Ce mouvement donne aux biotechs chinoises une position nouvelle dans la chaîne de valeur pharmaceutique. Elles ne fournissent plus seulement des capacités de production ou des prestations de recherche. Elles vendent aussi l’accès à des actifs susceptibles de devenir les prochains produits des grands groupes.

Selon PharmCube, la valeur annoncée des accords conclus par des entreprises chinoises avec des partenaires étrangers a atteint environ 136 milliards de dollars en 2025, soit plus du double du montant de 2024. Ce chiffre mesure une valeur contractuelle potentielle, pas une somme intégralement versée. La distinction est essentielle pour apprécier le poids financier réel de cette progression.

Les licences de médicaments chinois déplacent le pouvoir de négociation

Un accord de licence sépare la propriété initiale d’un candidat-médicament des droits nécessaires pour poursuivre son développement et le vendre sur certains marchés. Son périmètre dépend du contrat : territoires couverts, indications thérapeutiques, exclusivité, partage des responsabilités et rémunération du détenteur de l’actif.

Les montants annoncés peuvent additionner un paiement initial et des versements ultérieurs, conditionnés à des résultats cliniques, à une autorisation réglementaire ou à des objectifs commerciaux. Une biotech peut ainsi signer un accord de grande taille sans recevoir immédiatement les ressources correspondantes. Une partie du risque reste liée à la réussite du traitement.

La comparaison annuelle publiée par PharmCube signale néanmoins une accélération. Locust Walk estime également que les vendeurs chinois ont capté près de la moitié de la valeur des accords de licence pharmaceutiques en 2025. Ces évaluations décrivent le marché des transactions ; elles ne mesurent ni les recettes déjà encaissées ni la part des médicaments chinois effectivement prescrits.

Pour les acheteurs, les licences de médicaments chinois offrent une manière d’élargir leur portefeuille sans réaliser eux-mêmes toutes les étapes de la recherche initiale. Pour les vendeurs, elles permettent de monétiser un actif avant sa commercialisation. Le rapport de force dépend alors de la qualité des résultats disponibles, de la concurrence entre acquéreurs et du nombre d’alternatives thérapeutiques.

La vitesse de recherche devient un avantage industriel

L’attractivité des biotechs chinoises tient notamment à leur capacité à produire rapidement des candidats-médicaments et à conduire les premières étapes de leur développement. Des coûts plus faibles et la possibilité de mobiliser rapidement des équipes renforcent cet avantage. La concurrence porte donc autant sur l’exécution que sur la découverte scientifique.

La Fédération européenne des industries et associations pharmaceutiques, EFPIA, recense 104 nouvelles substances actives commercialisées pour la première fois dans le monde en 2025. Parmi elles, 46 provenaient d’entreprises chinoises, contre 28 d’entreprises américaines et 16 d’entreprises européennes. Cet indicateur porte sur l’origine des entreprises et les premiers lancements mondiaux. Il ne signifie pas que tous ces produits ont reçu une autorisation aux États-Unis ou dans l’Union européenne.

La montée en puissance concerne notamment les anticorps conjugués, qui associent un anticorps à une substance active, et les thérapies CAR-T, fondées sur la modification de cellules immunitaires. La capacité à développer ces traitements constitue un avantage technologique. Elle ne dispense toutefois pas de démontrer leur efficacité, leur sécurité et leur intérêt par rapport aux traitements existants.

Les laboratoires occidentaux conservent des compétences décisives dans le développement clinique avancé, les démarches réglementaires, les négociations avec les organismes payeurs et la commercialisation internationale. L’achat d’une licence n’est donc pas un transfert de toute la chaîne de valeur. Il installe une complémentarité dont l’équilibre peut évoluer si les actifs les plus recherchés se concentrent dans un même écosystème.

Les données cliniques deviennent un point de contrôle

Cette organisation repose sur la circulation de droits, de capitaux et de données. Un laboratoire qui acquiert un candidat-médicament doit pouvoir utiliser les résultats déjà produits, compléter les essais et présenter un dossier aux autorités compétentes. Une restriction sur ces flux peut modifier le coût ou la faisabilité du développement.

Aux États-Unis, la commission des crédits de la Chambre des représentants a approuvé un rapport non contraignant proposant de restreindre la prise en compte, par la FDA, de données cliniques obtenues notamment en Chine pour certaines demandes relatives à des essais. À ce stade, cette recommandation ne doit pas être confondue avec une interdiction applicable.

Le mécanisme envisagé touche directement la valeur des actifs : si des données ne peuvent plus être utilisées dans une procédure, l’acquéreur peut devoir produire des résultats supplémentaires. Le prix d’une licence dépend alors aussi de la possibilité d’exploiter le travail déjà réalisé, et pas seulement des perspectives médicales du produit.

Pour l’Europe, préserver une capacité de choix

La dépendance qui se dessine diffère de celle portant sur les médicaments courants ou les principes actifs déjà industrialisés. Elle concerne l’accès aux futurs traitements. Une entreprise peut conserver ses usines, ses équipes commerciales et ses relations avec les autorités tout en devenant plus tributaire d’actifs conçus ailleurs.

Pour l’Europe, l’enjeu n’est pas de renoncer aux partenariats, mais de conserver des solutions concurrentes. Cela suppose une capacité à transformer la recherche en candidats-médicaments, puis à financer leur développement jusqu’aux étapes qui leur donnent une valeur contractuelle. Une base scientifique importante ne suffit pas, à elle seule, à assurer cette continuité.

Les licences de médicaments chinois peuvent accélérer l’arrivée de nouveaux traitements et partager les risques entre partenaires. Leur multiplication pose aussi une question industrielle durable : les laboratoires européens resteront-ils en mesure de choisir entre plusieurs sources d’innovation, ou leur renouvellement dépendra-t-il d’un nombre croissant d’actifs développés dans un écosystème soumis aux décisions de l’État chinois ? L’évolution des contrats, des droits sur les données et des capacités de recherche permettra de mesurer cette dépendance, au-delà des montants annoncés.

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