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Veille Réseaux civils, pression militaire

La Russie vise les infrastructures énergétiques ukrainiennes avant l’hiver

La campagne russe frappe les points de passage de l’électricité autant que sa production. À l’approche du froid, cette pression transforme la continuité des services urbains en enjeu de résistance économique.

La Russie vise les infrastructures énergétiques ukrainiennes avant l’hiver (image générée par IA)
Illustration générée par IA

Le rapport de force se joue aussi dans les sous-stations électriques, les dépôts de carburant et les installations gazières. En frappant les infrastructures énergétiques ukrainiennes, la Russie peut perturber simultanément l’activité industrielle et les services indispensables à la population. L’effet recherché ne dépend pas seulement de la puissance d’une frappe, mais de la place de l’installation touchée dans le réseau.

Un décompte établi à partir des données de l’Armed Conflict Location & Event Data Project (ACLED) recense 160 attaques ayant touché des installations énergétiques en septembre 2026, contre 129 en septembre 2025 et 21 en septembre 2022. Ces chiffres portent sur un ensemble large : centrales, lignes électriques, sous-stations, stations-service et dépôts de carburant. Ils mesurent une fréquence d’événements, pas une quantité d’énergie perdue ni une durée de coupure.

La campagne, devenue systématique à l’automne 2022, prend une importance particulière avant l’hiver. Une interruption électrique peut affecter le chauffage, le pompage de l’eau et les communications. Les attaques contre la production et le stockage de gaz ajoutent une pression sur un autre maillon de l’approvisionnement des ménages.

Les infrastructures énergétiques ukrainiennes, un réseau plutôt qu’une liste de cibles

Une centrale produit de l’électricité. Une sous-station permet notamment d’en adapter la tension et de l’acheminer. La destruction d’un équipement de transit peut donc empêcher une capacité de production encore disponible d’alimenter les consommateurs. Le nombre de sites endommagés ne suffit pas à décrire la gravité d’une attaque : leur fonction et les possibilités de réacheminement comptent tout autant.

Cette interdépendance explique la portée économique des frappes. L’électricité alimente des équipements qui assurent d’autres services. Une défaillance peut se transmettre au chauffage collectif, à l’approvisionnement en eau ou à l’assainissement. Le réseau énergétique devient ainsi un point d’entrée pour désorganiser plusieurs fonctions urbaines sans frapper chacune d’elles séparément.

Pour les autorités ukrainiennes, la difficulté consiste à maintenir le service tout en réparant des installations susceptibles d’être touchées à nouveau. Remettre un équipement en état ne supprime pas sa vulnérabilité. La continuité dépend aussi des itinéraires alternatifs disponibles, des moyens de secours et de la protection des sites essentiels.

Les drones élargissent la profondeur des frappes

L’évolution des moyens d’attaque modifie cette équation. Les missiles de croisière restent une menace, mais les drones offrent à l’armée russe un moyen supplémentaire de multiplier les frappes loin de la ligne de front. Leur emploi impose aux défenseurs de surveiller et de protéger un territoire étendu, où les installations énergétiques sont dispersées.

Le renseignement militaire ukrainien attribue au Geran-5, un drone à réaction, une portée pouvant atteindre 1 000 kilomètres. Il s’agit d’une estimation ukrainienne de ses capacités, non d’une garantie de performance dans chaque opération. Elle indique néanmoins que la distance au front ne suffit pas à mettre une infrastructure à l’abri.

La protection des infrastructures énergétiques ukrainiennes oblige dès lors à arbitrer entre plusieurs besoins. Les moyens antiaériens doivent couvrir les forces, les villes et les équipements critiques. La multiplication des vecteurs d’attaque accroît cette contrainte. Le résultat dépend toutefois des interceptions, de la précision des armes et de la résistance des installations : davantage d’attaques ne signifie pas mécaniquement davantage de destructions.

Une logique de désorganisation économique documentée

Cette campagne s’inscrit dans une réflexion militaire plus ancienne. Dans son étude Russia’s Evolution Toward a Unified Strategic Operation, publiée en février 2023, RAND analyse des écrits de stratèges russes consacrés aux opérations contre le potentiel militaire et économique adverse. Les centrales électriques et les infrastructures vitales des villes y occupent une place importante.

Le mécanisme décrit repose sur les conséquences indirectes des destructions. Une installation touchée entraîne une baisse de service ; celle-ci perturbe l’économie et dégrade les conditions de vie. La pression militaire se prolonge alors dans le fonctionnement quotidien du pays. Cette lecture éclaire la sélection des cibles, sans démontrer que chaque frappe répond à un plan unique ni que ses effets politiques sont acquis.

Un document daté d’août 2026, présenté comme un plan russe intercepté par Kiev, désigne l’électricité, l’eau, l’assainissement et le chauffage comme des priorités. Son authenticité et ses estimations d’efficacité ne peuvent être tenues pour établies sur la seule base des éléments disponibles. Il faut distinguer le contenu attribué à ce document des dommages effectivement observés.

Oleksandr Khartchenko, directeur du Centre de recherche sur l’énergie, estime que des documents comparables circulent depuis au moins 2023. Selon lui, ils peuvent servir à justifier des volumes de production d’armement avant de préparer la répartition des frappes. Cette interprétation relie la planification des attaques aux capacités industrielles nécessaires pour les poursuivre.

La continuité des services devient une capacité stratégique

Pour les soutiens européens de l’Ukraine, préserver les infrastructures énergétiques ukrainiennes ne se réduit donc pas à remplacer des équipements détruits. L’enjeu est de maintenir une chaîne complète : production, transport, distribution et services dépendants. Une réparation isolée peut rester sans effet si un autre maillon demeure indisponible.

À l’approche de l’hiver, l’indicateur décisif sera moins le seul nombre de frappes que la capacité à éviter les interruptions prolongées. La durée des coupures, le rétablissement du chauffage et la disponibilité de l’eau permettront de mesurer les conséquences de la campagne. C’est dans cette continuité matérielle que se joue une part de la résistance économique ukrainienne.

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