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Veille La sécurité sous contrat étranger

En Amérique latine, les sociétés militaires privées étendent leur rôle sécuritaire

Du soutien antidrogue en Colombie aux démarches de Vectus Global en Équateur, le recours aux prestataires étrangers pose une même question : qui contrôle les capacités que les États achètent ?

En Amérique latine, les sociétés militaires privées étendent leur rôle sécuritaire (image générée par IA)
Illustration générée par IA

Former les forces locales, protéger des installations, fournir du renseignement : en Amérique latine, les sociétés militaires privées occupent depuis plusieurs décennies des fonctions situées au contact des prérogatives de l’État. Leur marché repose sur un décalage durable entre les moyens des autorités et les capacités des organisations criminelles. Acheter une prestation peut combler un manque. Cela peut aussi installer une dépendance envers celui qui fournit les compétences, les équipements ou l’information.

Les démarches engagées en 2025 par Erik Prince, fondateur de Blackwater et désormais à la tête de Vectus Global, s’inscrivent dans cette continuité. En Équateur, elles concernent le soutien à la lutte contre la criminalité organisée. Mais les informations disponibles ne permettent pas de reconstituer précisément les contrats, leur financement ni la répartition des responsabilités opérationnelles.

L’enjeu n’est donc pas seulement l’arrivée d’un nouveau fournisseur de sécurité. Il porte sur la place accordée à un acteur commercial étranger dans la construction et l’emploi des capacités nationales. Le périmètre exact de la prestation détermine ce que l’État conserve sous son contrôle direct.

Les sociétés militaires privées, un marché construit par l’antidrogue

La Colombie constitue un précédent important. Présente dans le pays dès la fin des années 1990, l’entreprise américaine DynCorp a participé au volet antidrogue du Plan Colombie, soutenu par Washington. Ses missions ont notamment compris un appui aux campagnes d’épandage aérien d’herbicides contre les cultures de coca, ainsi que des prestations de protection et de soutien opérationnel.

Ce dispositif montre comment une politique interétatique peut s’appuyer sur une chaîne de prestataires commerciaux. Le gouvernement définit un objectif de sécurité ; des entreprises apportent les personnels et les savoir-faire nécessaires à certaines opérations. La décision demeure publique, mais une partie de son exécution dépend d’organisations soumises à leurs propres contrats et contraintes de gestion.

La protection des infrastructures a constitué un autre débouché. Dans un pays marqué par les attaques de groupes armés, sécuriser une installation pétrolière ou les personnels d’une entreprise ne relève pas d’un simple service de gardiennage. La prestation contribue à maintenir une activité économique sur un territoire disputé. Elle place son fournisseur à l’intersection des intérêts de l’investisseur, des autorités nationales et des populations riveraines.

Le conseil et la formation prolongent cette implantation. Leur effet se mesure moins à la présence visible de personnels étrangers qu’aux méthodes, aux procédures et aux équipements retenus par les forces locales. Une formation peut transmettre une compétence durable. Elle peut également rendre nécessaires de nouvelles prestations si le client ne dispose pas des moyens de maintenir seul les capacités acquises.

Vectus Global : une offre dont le périmètre reste à établir

En Équateur, les activités évoquées autour d’Erik Prince en 2025 portent sur le conseil et la formation des forces engagées contre le narcotrafic, le crime organisé et l’exploitation minière illégale. Ces domaines peuvent mobiliser des compétences communes : observation, analyse des réseaux, préparation des interventions et sécurisation des personnels. Ils ne correspondent toutefois pas tous au même degré d’implication dans l’usage de la force.

Il faut donc distinguer une rencontre politique, une proposition commerciale et une mission effectivement contractualisée. Les contacts de Prince avec le président salvadorien Nayib Bukele, comme les offres de services évoquées au Pérou, ne suffisent pas à établir l’existence de dispositifs opérationnels comparables. Les regrouper sous l’idée d’un déploiement régional uniforme masquerait des situations différentes.

Pour les sociétés militaires privées, l’accès aux responsables politiques peut faciliter l’ouverture d’un marché. Mais il ne renseigne ni sur la durée des engagements ni sur leurs résultats. Sans documentation contractuelle détaillée, il serait prématuré de chiffrer l’expansion de Vectus Global ou d’affirmer qu’elle remplace les institutions nationales dans leurs missions.

Le contrat détermine la dépendance

Le premier point de contrôle est budgétaire : prix initial, durée, possibilités de renouvellement et prestations supplémentaires. Une mission présentée comme temporaire peut entraîner des dépenses récurrentes si la maintenance, les outils ou l’assistance restent liés au fournisseur. En l’absence de montants documentés pour les activités évoquées en Équateur, aucun bilan financier sérieux ne peut être établi.

Le deuxième point concerne l’information. Lorsque le prestataire participe à l’observation ou à l’analyse opérationnelle, le contrat doit préciser qui accède aux données, qui les conserve et dans quelles conditions elles sont restituées. Fournir des capacités de renseignement ne transfère pas seulement un service : cela peut donner une place durable dans le fonctionnement quotidien des forces clientes.

Le troisième point est juridique. Le Groupe de travail des Nations unies sur l’utilisation de mercenaires examine notamment les enjeux liés aux entreprises militaires et de sécurité privées et aux droits humains. Ces entreprises ne se confondent pas automatiquement avec la catégorie juridique de mercenaire. Leur statut commercial ne dispense cependant pas d’identifier les responsabilités, les mécanismes de supervision et les voies de recours applicables.

La portée du recours aux sociétés militaires privées se jugera ainsi à des éléments concrets : compétences effectivement transférées, autonomie conservée par les autorités, contrôle des informations et capacité à mettre fin au contrat. Pour les États latino-américains, la souveraineté ne dépend pas seulement de l’origine du fournisseur. Elle tient aussi à la possibilité de continuer à agir lorsque celui-ci se retire.

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