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Veille Le courtage face au réarmement

Willis se positionne sur les risques industriels du réarmement

La hausse des commandes militaires ne supprime pas les vulnérabilités industrielles. En regroupant ses expertises, Willis cherche une place dans la gestion des risques qui accompagnent le réarmement.

Assurance de la défense — willis se positionne sur les risques industriels du réarmement (image générée par IA)
Illustration générée par IA

La montée des commandes militaires ouvre un marché aux industriels de l’armement, mais aussi aux intermédiaires qui organisent leur protection contre les risques. Willis, activité de courtage du groupe WTW, annonce une initiative mondiale dédiée à la défense et à la sécurité. Le groupe cherche ainsi à renforcer sa position auprès d’entreprises dont les capacités de production dépendent de fournisseurs, de technologies et d’autorisations publiques étroitement imbriqués.

Cette organisation sera placée sous la responsabilité de Jennifer Caldarella. Elle doit mobiliser les compétences internationales du groupe en assurance, conseil, cybersécurité, résilience opérationnelle et gestion des risques. L’annonce décrit donc un rapprochement d’expertises, plutôt qu’un nouveau contrat d’assurance dont les garanties et les tarifs seraient déjà détaillés.

Le positionnement commercial est clair : l’assurance de la défense devient un point d’entrée pour accompagner les transformations d’une industrie en expansion. Les informations disponibles ne permettent toutefois de connaître ni les moyens financiers affectés à cette initiative, ni ses objectifs de revenus, ni les capacités de couverture qu’elle permettra de mobiliser.

Un marché porté par les commandes militaires

Selon les données du SIPRI sur les entreprises d’armement, les ventes d’armes et de services militaires des cent premiers groupes mondiaux ont atteint 679 milliards de dollars en 2024. Cet agrégat mesure l’activité des principaux fournisseurs, pas les dépenses militaires mondiales. Il ne représente pas davantage un volume de primes accessible aux courtiers.

La distinction est importante. Une augmentation du chiffre d’affaires industriel ne se traduit pas mécaniquement par une progression équivalente du marché de l’assurance. Celui-ci dépend des actifs couverts, des franchises, des exclusions, des plafonds de garantie et de la part des risques conservée par les entreprises.

En revanche, produire davantage peut accroître les conséquences financières d’une interruption. Une ligne immobilisée, un composant indisponible ou un système informatique inaccessible peuvent retarder plusieurs livraisons. Le courtier intervient entre l’entreprise et les assureurs pour présenter ces expositions et rechercher des couvertures. Il ne porte pas lui-même le risque comme le ferait un assureur.

Les limites de l’assurance de la défense

Le regroupement annoncé par Willis répond à une difficulté concrète : les risques industriels ne restent pas dans des compartiments séparés. Une attaque informatique peut interrompre une usine. La défaillance d’un sous-traitant peut bloquer un équipement dont l’assemblage final se déroule ailleurs. Une restriction d’exportation peut modifier les conditions d’exécution d’un contrat.

Ces situations appellent des réponses différentes. Certaines pertes peuvent relever d’une garantie, sous réserve des conditions du contrat. D’autres exigent un fournisseur alternatif, des stocks, une modification de l’organisation ou une autorisation administrative. Une police d’assurance ne remplace ni une capacité industrielle disponible ni une décision souveraine.

Dans l’assurance de la défense, la valeur du conseil dépend donc aussi de sa capacité à distinguer ce qui peut être transféré à un assureur de ce qui doit être réduit ou assumé par l’entreprise. L’étendue géographique d’un réseau de courtage peut faciliter cette analyse. Elle ne garantit pas, à elle seule, la disponibilité d’une couverture adaptée.

En Europe, la continuité industrielle est une exigence publique

Pour les industriels européens, ces questions rejoignent les obligations liées à la commande publique. La directive 2009/81/CE sur les marchés de défense et de sécurité prévoit notamment des exigences relatives à la sécurité des informations et à la sécurité d’approvisionnement. Le risque fournisseur n’est donc pas seulement une affaire de bilan : il touche à l’exécution des engagements pris envers les États.

Cette articulation donne une portée particulière aux services proposés par les intermédiaires privés. Identifier une dépendance critique ou documenter un dispositif de continuité peut aider un industriel à préparer ses échanges avec ses assureurs et ses clients publics. Cela ne transfère toutefois au courtier aucune compétence en matière d’habilitation, de contrôle des exportations ou d’attribution des marchés.

Le développement de l’assurance de la défense se mesurera ainsi moins au nombre d’expertises réunies sous une même bannière qu’aux résultats obtenus : risques effectivement couverts, exclusions clairement établies et interruptions mieux anticipées. Pour Willis, l’enjeu est de convertir une spécialisation affichée en contrats. Pour les industriels et leurs donneurs d’ordre publics, il reste de vérifier que cette intermédiation renforce la continuité de production sans la confondre avec une simple indemnisation après sinistre.

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