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Veille Balkans, la bataille de l’ancrage occidental

Le Monténégro et l’Albanie demandent à l’OTAN un appui contre les ingérences

Podgorica et Tirana veulent renforcer leur défense informationnelle avec l’aide de l’Alliance. Une demande qui touche aussi aux conditions d’attribution des ingérences et à la légitimité des oppositions.

Ingérences dans les Balkans — le Monténégro et l’Albanie demandent à l’OTAN un appui contre les ingérences (image générée par IA)
Illustration générée par IA

Au Monténégro et en Albanie, le rapport de force avec Moscou se joue aussi sur la capacité des institutions à identifier les campagnes en ligne et à leur répondre. Les deux gouvernements souhaitent obtenir davantage d’expertise de l’OTAN. Leur demande porte sur un outil existant : les équipes d’appui contre les menaces hybrides, mobilisables pour aider un allié confronté à des actions de déstabilisation.

Les ministres de la Défense, Dragan Krapović au Monténégro et Ermal Nufi en Albanie, attribuent à des acteurs russes une intensification des opérations informationnelles visant leurs pays. Ces accusations interviennent alors que Podgorica vise une adhésion à l’Union européenne en 2028 et Tirana à la fin de la décennie. Ces dates sont des objectifs politiques, non des échéances acquises.

Les ingérences dans les Balkans mettent ainsi à l’épreuve deux capacités différentes : celle des États à protéger leurs institutions et celle de leurs gouvernements à distinguer une intervention extérieure d’une opposition intérieure. Le cas albanais montre combien cette seconde exigence conditionne la crédibilité de la première.

Un dispositif allié pour traiter les ingérences dans les Balkans

Les alliés ont décidé en 2018 de créer des équipes de soutien contre les menaces hybrides. L’OTAN présente ce dispositif comme un moyen d’apporter une assistance ciblée à un pays qui la sollicite. Il ne s’agit pas d’un transfert général de responsabilité : les autorités nationales restent en première ligne face aux menaces.

L’intérêt de ces missions est de réunir des compétences qu’un État ne possède pas nécessairement en nombre suffisant. Elles peuvent contribuer à l’évaluation des risques, à la coordination de la réponse et à l’organisation de la communication institutionnelle. Leur présence constitue également un signal de soutien politique de l’Alliance.

Le Monténégro a déjà bénéficié d’une telle équipe en 2019. L’Albanie a reçu un appui allié en 2022 après une cyberattaque attribuée à l’Iran, qui avait perturbé des services numériques publics. Ce précédent ne rend pas les situations équivalentes : une attaque contre des systèmes informatiques et une campagne d’influence exigent des méthodes d’identification et des réponses différentes.

Aucun nouveau déploiement n’est annoncé à ce stade. L’Alliance indique pouvoir fournir une aide supplémentaire sur demande. L’envoi d’une équipe suppose toutefois un accord politique entre alliés. Les déclarations des deux ministres ouvrent donc une discussion sur le contenu de l’assistance ; elles ne constituent pas une décision opérationnelle.

Au Monténégro, une demande de capacités et de présence politique

Dragan Krapović décrit des insuffisances en matière d’équipements, de ressources humaines, de moyens administratifs et de communication stratégique. Sa demande porte donc moins sur la création d’un nouvel instrument que sur l’accès effectif aux compétences disponibles chez les partenaires.

Le calendrier électoral renforce cette préoccupation. Des élections législatives sont attendues à l’été 2027. Le ministre estime que cette séquence exposera davantage le pays aux opérations informationnelles. Il souhaite aussi des visites plus fréquentes de hauts responsables de l’OTAN, afin de rendre visible l’engagement de l’Alliance auprès du Monténégro.

Cette dimension politique compte autant que l’assistance technique. Pour Podgorica, traiter les ingérences dans les Balkans implique de maintenir un soutien occidental perceptible dans le débat national. Une mission d’experts peut améliorer la réponse administrative ; elle ne peut, à elle seule, produire l’adhésion de la population aux choix diplomatiques du pays.

En Albanie, l’attribution devient un enjeu intérieur

Ermal Nufi demande une coopération accrue pour repérer les acteurs malveillants en ligne et définir des procédures communes entre membres de l’OTAN. Il évoque des organisations indirectement liées à la Russie et des campagnes alimentant l’hostilité sur les réseaux sociaux. Ces affirmations doivent être distinguées d’une démonstration publique établissant les responsabilités dans chaque opération.

La distinction est particulièrement importante dans le contexte des manifestations anticorruption qui traversent l’Albanie depuis mai. Le premier ministre Edi Rama a accusé la Russie et l’Iran de contribuer à leur agitation. Les deux États ont nié toute implication.

Blerjana Bino, spécialiste de la communication et cofondatrice du centre de recherche SCiDEV à Tirana, conteste l’existence de preuves étayant cette accusation précise. Elle distingue les campagnes liées à la Russie observées sur d’autres sujets de l’hypothèse d’une intervention dans les manifestations. Elle met en garde contre une utilisation de cette dernière pour délégitimer les griefs des citoyens.

La présence de récits hostiles à l’OTAN ou à l’adhésion européenne ne suffit donc pas à établir qu’un mouvement social est piloté depuis l’étranger. Identifier un contenu, retracer sa diffusion et prouver une coordination extérieure sont trois opérations distinctes. Les confondre risquerait d’affaiblir la confiance dans les institutions chargées de combattre les manipulations.

Deux ancrages occidentaux, des responsabilités distinctes

Les deux pays sont déjà membres de l’OTAN, mais restent candidats à l’Union européenne. L’Alliance peut apporter une expertise de sécurité. Elle ne remplace ni les institutions nationales dans la conduite des affaires publiques, ni les institutions européennes dans l’évaluation des conditions d’adhésion.

La réponse aux ingérences dans les Balkans dépendra donc du mandat donné aux experts, des éléments permettant d’attribuer les opérations et de l’usage public de leurs conclusions. L’assistance alliée peut renforcer les capacités des États. Sa crédibilité exige qu’elle protège le fonctionnement démocratique sans devenir un instrument de qualification des opposants.

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