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Veille La mesure nucléaire à l’épreuve du terrain

À La Hague, les riverains pèsent sur le choix des aliments contrôlés

La surveillance d’un site nucléaire dépend aussi d’un choix discret : où prélever, et quoi mesurer ? Dans le Cotentin, les habitants ont contribué à définir ce que les contrôles alimentaires doivent regarder.

Surveillance de la radioactivité — à La Hague, les riverains pèsent sur le choix des aliments contrôlés (image générée par IA)
Illustration générée par IA

Autour d’une installation nucléaire, mesurer la radioactivité ne suffit pas : encore faut-il prélever au bon endroit. À La Hague, dans la Manche, une campagne consacrée aux aliments produits ou collectés localement a associé des habitants et des producteurs au choix des échantillons. Leur rôle n’était pas de remplacer les laboratoires, mais d’éclairer une décision préalable à toute analyse : quelles denrées représentent effectivement les pratiques du territoire ?

La surveillance de la radioactivité relève d’abord des exploitants, sous le contrôle de l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR), qui réalise aussi ses propres mesures. Les prélèvements dans l’air, l’eau ou les sols renseignent sur la présence de radionucléides. Pour estimer une exposition liée à l’alimentation, il faut également connaître ce qui est cultivé, élevé, chassé ou ramassé à proximité.

Ce choix détermine la portée du contrôle. Une campagne très précise sur quelques produits ne peut répondre à toutes les questions si elle laisse de côté des aliments consommés localement. À l’inverse, multiplier les prélèvements sans tenir compte des usages risque de disperser les moyens d’analyse. À La Hague, l’enjeu est donc aussi un partage de la connaissance : l’institution maîtrise la mesure, tandis que les acteurs locaux connaissent des circuits alimentaires qu’un protocole général peut mal saisir.

La surveillance de la radioactivité commence par le choix des échantillons

Le site de La Hague occupe une place particulière dans le cycle nucléaire français. Orano y traite du combustible usé ; le Centre de stockage de la Manche, exploité par l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra), se trouve à proximité. Les activités du site donnent lieu à des rejets autorisés et encadrés. L’ASNR présente notamment les sources de radioactivité artificielle dans l’environnement, cadre nécessaire pour distinguer la présence d’un radionucléide de l’évaluation d’une exposition.

Entre 2018 et 2024, l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) a mené plusieurs campagnes autour de La Hague. Depuis sa réunion avec l’Autorité de sûreté nucléaire au sein de l’ASNR, les missions de contrôle et d’expertise sont regroupées dans cette nouvelle autorité. Les travaux engagés dans le Cotentin montrent toutefois une difficulté qui précède toute réorganisation institutionnelle : les données ne sont pas aussi détaillées pour tous les milieux et toutes les denrées.

Les informations disponibles sur l’alimentation concernaient surtout les poissons et les mollusques. Les mesures récentes étaient moins nombreuses pour des produits terrestres, notamment la viande, les légumes ou le fromage. Cette différence ne permet pas, à elle seule, de conclure à une exposition particulière. Elle désigne une limite des connaissances auxquelles les contrôles devaient répondre.

Des habitants associés au protocole, pas à la conclusion

Un groupe de travail a réuni l’autorité de radioprotection, des membres des commissions locales d’information et des représentants d’Orano et du Centre de stockage de la Manche. Les échanges ont porté sur les lieux de prélèvement et les modalités de collecte. Des producteurs, dont des maraîchers et des éleveurs, ont été identifiés pour aider à choisir et à recueillir des échantillons. La campagne a intégré des productions végétales et animales, ainsi que du gibier.

Cette méthode donne à la surveillance de la radioactivité une prise plus directe sur les habitudes locales. Un potager, un élevage et une zone de chasse ne décrivent pas les mêmes voies possibles de transfert dans l’environnement. Leur prise en compte ne préjuge ni des résultats de laboratoire ni du niveau d’exposition des habitants. Elle permet de poser des questions mieux ciblées aux analyses.

La distinction des responsabilités reste essentielle. Les exploitants surveillent les effets de leurs activités ; l’ASNR dispose de ses propres capacités de mesure et de contrôle ; les commissions locales d’information organisent l’accès du public aux questions relatives aux installations. Associer ces acteurs à la préparation d’une campagne ne rend pas leurs missions interchangeables. Le choix des échantillons gagne à être discuté, tandis que les résultats, leurs incertitudes et leur interprétation doivent demeurer vérifiables.

À La Hague, ce travail participatif ne démontre donc pas que les contrôles antérieurs étaient insuffisants, pas plus qu’il ne garantit qu’un protocole couvrira tous les usages. Il répond à une question plus précise : comment éviter qu’une pratique alimentaire présente sur un territoire reste hors du champ d’une campagne faute d’avoir été identifiée ?

Pour la filière nucléaire française, l’intérêt dépasse le seul Cotentin. La capacité à documenter les effets d’une installation dépend de mesures fiables, mais aussi de la pertinence des objets mesurés. En faisant entrer les savoirs locaux dans la définition des prélèvements, la surveillance de la radioactivité peut mieux relier les contrôles aux conditions de vie autour des sites, sans déplacer la responsabilité de l’expertise vers les riverains.

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