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Veille Entre activité portuaire et santé publique

À Saint-Malo, le cadmium met à l’épreuve la surveillance du port

Des sols résidentiels aux quais de déchargement des phosphates, les analyses interrogent la réponse sanitaire. L’enjeu est de déterminer qui doit être dépisté, et comment mesurer les expositions.

Cadmium à Saint-Malo — à Saint-Malo, le cadmium met à l’épreuve la surveillance du port (image générée par IA)
Illustration générée par IA

À Saint-Malo, la proximité entre les quais industriels et les habitations place les autorités sanitaires devant une décision concrète : quels résultats de contamination des sols justifient d’informer les riverains, de rechercher une exposition individuelle et de mesurer les poussières dans l’air ? Des prélèvements réalisés en 2026 par l’Institut de physique du globe de Paris (IPGP), à l’initiative de médecins locaux, ont relevé du cadmium dans plusieurs secteurs résidentiels.

Le dossier du cadmium à Saint-Malo dépasse ainsi la seule présence d’un métal toxique dans la terre. Il concerne la surveillance d’une interface entre activité industrielle et espace habité : déchargement des phosphates, transport vers les installations de transformation, dépôts éventuels de poussières et usages des jardins voisins. La contamination d’un sol ne suffit toutefois pas à établir son origine ni l’exposition réelle de ses habitants.

Présentés le 10 juin à des représentants de l’Agence régionale de santé (ARS) Bretagne, à Air Breizh et à des élus de la ville et de l’agglomération, les premiers résultats n’ont pas donné lieu à une information publique des riverains, d’après les éléments rapportés sur ces échanges. L’ARS considère les résultats comme globalement rassurants, en soulignant le nombre limité de points présentant des dépassements. Les médecins à l’origine de la démarche demandent une réponse plus opérationnelle.

Le cadmium à Saint-Malo, entre mesure du sol et dépistage

Les prélèvements ont commencé en mars et mai 2026, puis se sont poursuivis durant l’été. Près d’une centaine d’échantillons ont été analysés. Parmi les résultats attribués à ces travaux figurent une concentration de 7,35 milligrammes par kilogramme de sol en surface, près du site portuaire de Timac Agro, et une valeur de 1,44 mg/kg à l’angle des rues Hochelaga et du Groenland. Un autre prélèvement, entre le lycée Maupertuis et l’hôpital, atteint 0,514 mg/kg.

Ces trois valeurs décrivent des situations différentes. La première concerne la proximité immédiate d’une installation industrielle ; les deux autres intéressent des espaces résidentiels ou proches d’équipements publics. Elles ne constituent ni une moyenne pour la ville ni une cartographie exhaustive de la contamination. Leur interprétation suppose de connaître les conditions de prélèvement, les caractéristiques des sols et les usages des lieux concernés.

La Haute Autorité de santé a publié des recommandations sur le dépistage, la prise en charge et le suivi des personnes potentiellement surexposées au cadmium du fait de leur résidence. La valeur de 0,5 mg/kg est mobilisée dans ce cadre pour certains scénarios d’exposition. Il ne s’agit pas d’un seuil universel permettant, à lui seul, de conclure à un danger identique pour tous les riverains.

L’ARS insiste précisément sur cette distinction : les recommandations prennent notamment en compte la consommation de végétaux cultivés sur place et la présence de populations vulnérables. Pour les médecins locaux, les jardins et les bacs de culture de certaines habitations justifient d’examiner ces situations individuellement. Un dosage urinaire peut contribuer à évaluer l’imprégnation ; une analyse de terre ne le remplace pas.

Les phosphates, un flux industriel à examiner

La recherche de cadmium à Saint-Malo s’inscrit dans un contexte industriel ancien. Timac Agro, filiale du groupe Roullier, est implantée sur le port depuis 1959. Des phosphates susceptibles de contenir du cadmium y sont déchargés pour les activités de fertilisants. Les médecins citent cet historique, la proximité des logements et la contamination connue des sédiments portuaires parmi les motifs ayant conduit aux prélèvements.

Cette convergence justifie des investigations, mais ne démontre pas que l’entreprise est à l’origine de chacune des concentrations mesurées. L’attribution nécessite de distinguer les dépôts anciens des émissions actuelles et d’examiner les autres contributions possibles. Une mesure ponctuelle dans un sol ne permet pas davantage de reconstituer la quantité de poussières respirée au cours du temps.

Le contrôle des opérations de manutention devient donc central. Captation au déchargement, équipements de dépoussiérage et bâchage des véhicules agissent sur la dispersion des matières entre les quais et les installations industrielles. Timac Agro affirme que tous les camions sont bâchés et que les professionnels chargés des manutentions utilisent les dispositifs de captation et de dépoussiérage disponibles sur le port.

Ces déclarations décrivent les moyens annoncés par l’entreprise. Elles ne renseignent pas, à elles seules, sur les concentrations effectivement présentes dans l’air autour des quais ou des logements. C’est l’un des points sur lesquels les médecins demandent de compléter les analyses de sols.

Une réponse sanitaire encore à préciser

La Communauté professionnelle territoriale de santé de Saint-Malo a identifié plusieurs groupes à examiner : les habitants proches des points présentant des teneurs élevées, mais aussi les travailleurs portuaires, notamment les dockers, grutiers et agents de nettoyage. Les voies d’exposition et les interlocuteurs diffèrent. La situation des salariés appelle une articulation avec la médecine du travail ; celle des riverains suppose une évaluation de leurs usages et de leur environnement.

Le désaccord porte donc moins sur l’existence des mesures que sur leurs conséquences pratiques. Un petit nombre de points élevés peut limiter la portée d’un constat à l’échelle municipale sans supprimer la nécessité d’une réponse ciblée. À l’inverse, la seule présence de cadmium ne permet pas d’annoncer une surexposition généralisée.

Pour le cadmium à Saint-Malo, la prochaine étape décisive serait de rendre lisibles les résultats et leur interprétation : localisation des prélèvements, critères de sélection des personnes à dépister, modalités d’évaluation de l’air et répartition des responsabilités. Sans cette clarification, industriels, professionnels de santé et habitants restent face à des données dont les implications sanitaires ne sont pas tranchées.

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