Édition · dimanche 20 septembre 2026 · N°277
De Santa Cruz aux tribunaux de Virginie

L’affaire Marset expose l’extension judiciaire américaine sur le narcotrafic régional

La capture de Sebastián Marset ne clôt pas un dossier criminel : elle déplace vers la Virginie un contentieux où cargaisons de cocaïne, banques et actifs numériques déterminent l’étendue de la compétence américaine.

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Justice américaine face au narcotrafic — l’affaire Marset expose l’extension judiciaire américaine sur le narcotrafic régional

La capture de Sebastián Marset à Santa Cruz, en Bolivie, a mis fin à plusieurs années de cavale, sans refermer le réseau financier et logistique qui lui est imputé. Transféré aux États-Unis, le ressortissant uruguayen est désormais détenu en Virginie dans l’attente d’un procès prévu en janvier 2027. La procédure ne porte pas seulement sur un trafiquant recherché : elle fait entrer, devant une juridiction fédérale américaine, les circuits sud-américains de la cocaïne, leurs relais bancaires internationaux et leurs avoirs numériques.

Les actes de procédure attribuent à Marset une place centrale dans des opérations de trafic et de blanchiment à grande échelle. Ils décrivent aussi une stratégie d’évitement assumée vis-à-vis des autorités régionales. Lors de contacts avec des agents fédéraux, au printemps 2025, il aurait refusé toute reddition. Ces éléments demeurent des allégations de l’accusation, que la défense conteste dans le cadre contradictoire de la procédure.

Le dossier donne ainsi une matérialité particulière à la justice américaine face au narcotrafic : la puissance judiciaire ne se limite pas à l’arrestation d’un homme sur le continent sud-américain, mais se déploie à partir des transactions en dollars, des filiales bancaires et des liens allégués avec le territoire des États-Unis.

La justice américaine face au narcotrafic et à la question des preuves

Les procureurs fédéraux reprochent notamment à Sebastián Marset d’avoir organisé le blanchiment de dizaines de millions de dollars au moyen de banques européennes et de leurs entités américaines. Federico Santoro, courtier uruguayen présenté comme un opérateur financier du réseau, a été condamné à quinze ans de prison aux États-Unis en 2025, selon les pièces citées dans la procédure.

La saisie de trois téléphones lors de l’arrestation constitue un autre volet du dossier. D’après l’accusation, les appareils donnaient accès à environ 4 millions de dollars en cryptomonnaies. Marset aurait également déclaré détenir des intérêts dans dix tonnes de cocaïne alors en circulation. Ces données, si elles sont admises et corroborées au procès, éclaireraient l’évolution des méthodes de conservation et de transfert de valeur des organisations criminelles : les espèces restent nécessaires sur le terrain, mais les cryptoactifs peuvent compliquer la localisation immédiate des fonds et la saisie des avoirs.

La défense concentre toutefois ses attaques sur la solidité de l’édifice probatoire. Elle demande l’abandon de certains chefs d’accusation, voire l’annulation de l’acte d’accusation. Son argument principal concerne une cargaison de 1,6 tonne de cocaïne : selon les avocats, elle aurait été interceptée par les autorités colombiennes dans les eaux nationales, puis détruite. Pour la défense, cette séquence poserait à la fois un problème de compétence territoriale américaine et de conservation de la preuve.

Ce point est décisif. Dans les enquêtes transnationales, la justice américaine face au narcotrafic dépend souvent d’éléments recueillis par des policiers, des douanes ou des magistrats étrangers. La chaîne de garde, le lieu exact de l’interception, la documentation de la destruction éventuelle de la marchandise et la possibilité pour la défense d’en discuter les conditions deviennent alors des questions de fond, et non de simples formalités.

Une compétence bâtie sur les flux plutôt que sur les frontières

Le contentieux illustre une pratique ancienne des autorités américaines : poursuivre des réseaux étrangers lorsque leurs fonds passent par le système financier américain, que des opérations utilisent le dollar ou que des faits présentent un rattachement matériel aux États-Unis. Le bureau du procureur fédéral du district est de Virginie, compétent pour ces poursuites, s’inscrit dans un appareil où enquête pénale, coopération internationale et confiscation des produits du crime sont étroitement associés.

Cette extension ne signifie pas que Washington se substitue aux juridictions d’Amérique du Sud. Elle modifie plutôt le rapport de force entre elles. Pour les autorités de Bolivie, du Paraguay, de Colombie et d’Uruguay, une arrestation suivie d’un transfert vers les États-Unis peut offrir un débouché judiciaire lorsque les organisations disposent de capacités de corruption, de violence ou de fuite transfrontalière. Mais elle peut aussi déplacer hors de la région une partie de la production judiciaire et financière liée aux réseaux qui y opèrent.

Les avocats de Marset contestent également l’usage, par l’accusation, de liens avec le Clan del Golfo colombien et le Primeiro Comando da Capital brésilien. Ils font valoir que les qualifications américaines de ces groupes comme organisations terroristes sont postérieures aux faits poursuivis. Là encore, le débat ne porte pas uniquement sur la réputation d’un prévenu : il touche à la possibilité d’utiliser des désignations administratives récentes pour caractériser des activités antérieures.

La justice américaine face au narcotrafic devra donc démontrer un enchaînement précis entre les cargaisons, les fonds et les personnes poursuivies, sans transformer les soupçons régionaux en preuve automatique. Le procès de 2027 servira de test à cette architecture : celle d’une action pénale qui suit les flux financiers et numériques bien au-delà du lieu où la drogue est produite, transportée ou saisie.

Pour les États sud-américains, l’enjeu dépasse le sort de Sebastián Marset. La justice américaine face au narcotrafic devient un instrument de pression sur des réseaux dont la puissance provient autant de leur maîtrise des routes de la cocaïne que de leur aptitude à convertir, disperser et protéger leurs revenus.

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