Édition · dimanche 20 septembre 2026 · N°274
Strasbourg durcit le ton face à Pékin

Le déficit commercial UE-Chine devient le levier d’une réponse industrielle

Le déséquilibre des échanges avec la Chine n’est plus seulement un indicateur macroéconomique pour la Commission. Il devient l’argument d’une politique de défense industrielle, dont les modalités restent à préciser.

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Le déficit commercial UE-Chine devient le levier d’une réponse industrielle

Le déficit commercial UE-Chine est désormais présenté par Bruxelles comme un problème de capacité productive autant que comme un déséquilibre comptable. Dans les éléments préparés pour son discours sur l’état de l’Union à Strasbourg, Ursula von der Leyen chiffre ce déficit à environ un milliard d’euros par jour et décrit une situation arrivée à un « point de bascule ».

Le message vise moins à annoncer une mesure immédiate qu’à fixer le cadre politique des négociations en cours avec Pékin. La Commission européenne entend obtenir des engagements avant une échéance d’octobre réunissant les dirigeants de l’Union. À défaut, elle laisse ouverte l’option d’un recours accru aux outils de protection du marché européen contre les importations qu’elle considère comme indûment avantagées.

Ce déplacement du vocabulaire compte. L’Union européenne a longtemps traité son exposition industrielle à la concurrence chinoise à travers le prisme général de l’ouverture commerciale. La présidente de la Commission relie désormais explicitement la faiblesse de la demande intérieure chinoise, l’orientation des excédents vers les marchés extérieurs et le risque de pertes de capacités dans les régions industrielles européennes.

Le déficit commercial UE-Chine, indicateur d’une dépendance industrielle

Rapporté sur une année, le montant avancé par Ursula von der Leyen équivaut à environ 365 milliards d’euros. Ce chiffrage donne un ordre de grandeur politique : il ne décrit pas, à lui seul, la valeur réelle des interdépendances entre les deux économies. Les échanges de biens, les services, les investissements, les chaînes de valeur et les revenus tirés des filiales européennes implantées en Chine ne se recouvrent pas entièrement.

Mais le déficit commercial UE-Chine éclaire un déséquilibre plus tangible : l’Union importe massivement des produits manufacturés chinois dans des secteurs où elle cherche simultanément à préserver ou à reconstituer ses propres capacités. Équipements pour la transition énergétique, véhicules électriques, composants électroniques, machines et biens de consommation ne produisent pas les mêmes effets sur l’emploi ni sur la maîtrise technologique.

La difficulté européenne réside dans la coexistence de deux objectifs. D’un côté, les entreprises et les consommateurs bénéficient de prix plus bas et d’une offre abondante. De l’autre, plusieurs États membres veulent éviter que les filières appelées à soutenir la décarbonation et la numérisation du continent ne se retrouvent durablement dépendantes de producteurs extérieurs. Le sujet n’est donc pas l’existence du commerce avec la Chine, mais les conditions dans lesquelles celui-ci organise la spécialisation industrielle européenne.

Des outils disponibles, un arbitrage encore ouvert

La Commission dispose d’un arsenal juridique qui va bien au-delà d’une simple déclaration politique. Les instruments de défense commerciale de l’Union européenne permettent notamment d’ouvrir des enquêtes antidumping ou antisubventions et, si les conditions sont réunies, d’imposer des droits compensateurs. D’autres mécanismes européens portent sur les subventions étrangères susceptibles de fausser la concurrence ou sur l’accès réciproque aux marchés publics.

Ces procédures ne constituent toutefois pas des sanctions automatiques. Elles supposent d’établir l’existence d’un préjudice pour l’industrie européenne et d’évaluer l’intérêt économique de l’Union. Elles exposent aussi les exportateurs européens au risque de mesures de rétorsion sur le marché chinois. C’est pourquoi l’exécutif européen privilégie, à ce stade, la négociation tout en soulignant que celle-ci doit produire des résultats vérifiables.

Le déficit commercial UE-Chine sert ici de levier dans un rapport de force plus large. Bruxelles fait valoir que Pékin a besoin de débouchés européens alors que sa demande interne est moins dynamique. La Chine, de son côté, dispose d’une base industrielle compétitive, de capacités de production importantes et d’un poids déterminant dans plusieurs maillons des chaînes d’approvisionnement mondiales. L’accès au marché européen demeure donc l’un des rares points de négociation dont l’Union peut faire usage à grande échelle.

L’échéance d’octobre comme test politique

Les échanges entre responsables commerciaux européens et chinois se sont intensifiés, avec de nouvelles discussions attendues à Pékin. L’objectif est de présenter aux chefs d’État et de gouvernement une ligne crédible lors de leur rendez-vous d’octobre : soit des avancées négociées sur les distorsions de concurrence, soit une justification plus solide de l’activation de mesures de défense.

Pour les capitales européennes, l’enjeu est également interne. Les intérêts divergent selon l’exposition des entreprises au marché chinois, la place de l’automobile dans l’économie nationale ou la dépendance aux équipements importés. Une stratégie de fermeté sans solution de rechange pour les approvisionnements renchérirait les coûts de la transition industrielle. À l’inverse, l’absence de réponse prolongerait l’incertitude pour les producteurs européens confrontés à des concurrents bénéficiant d’échelles de production et, selon Bruxelles, de soutiens publics difficiles à égaler.

Le déficit commercial UE-Chine ne se résorbera pas par une seule décision tarifaire. Il pose à l’Union une question plus structurelle : quelle part de ses technologies bas carbone, de ses composants et de sa production manufacturière veut-elle conserver sur son territoire, et quels moyens budgétaires, réglementaires et commerciaux est-elle prête à y consacrer ? La réponse dépendra moins de la fermeté des formules prononcées à Strasbourg que de la cohérence entre politique commerciale, aides à l’investissement et stratégie industrielle.

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