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Veille Le crédit face au risque climatique

En Zambie, la dette de ZESCO réduit les marges face à la crise électrique

Financer des infrastructures ne suffit pas à sécuriser leur fonctionnement. En Zambie, les engagements envers les créanciers chinois se superposent à une dépendance hydroélectrique devenue critique.

En Zambie, la dette de ZESCO réduit les marges face à la crise électrique (image générée par IA)
Illustration générée par IA

Le pouvoir d’un créancier se mesure aussi aux ressources qui restent disponibles après son remboursement. En Zambie, la dette de ZESCO, l’entreprise publique d’électricité, illustre cette contrainte : des financements destinés à développer les infrastructures ont créé des obligations durables, tandis que la production restait fortement exposée au manque d’eau.

La sécheresse de 2024 a révélé cette double vulnérabilité. La baisse des réserves hydrauliques a imposé des coupures programmées, avec des conséquences sur l’irrigation, la conservation des aliments et l’activité des petites entreprises. Les difficultés financières de l’opérateur ont réduit sa capacité à absorber le choc. Elles ne sont pas la cause de la sécheresse, mais elles en ont aggravé les effets économiques.

Au centre du dossier figure un prêt de près de 285 millions de dollars signé en 2011 avec Industrial and Commercial Bank of China, ou ICBC. D’autres emprunts auprès de cette banque et de prêteurs chinois ont suivi. Le mécanisme associe trois acteurs aux intérêts distincts : un État demandeur d’équipements, des entreprises candidates aux contrats et des banques qui attendent le remboursement de leurs avances.

La dette de ZESCO, entre équipement et contrainte financière

Le prêt de 2011 intervient dans une période de réouverture du financement extérieur. Après les allégements de dette obtenus avec l’appui de la Banque mondiale, du FMI et d’autres créanciers, la Zambie dispose de nouvelles capacités d’emprunt. Le gouvernement veut développer les réseaux électriques, les routes et les infrastructures aéroportuaires.

Les banques chinoises ne sont pas seules à financer cette expansion. Entre 2012 et 2015, la Zambie émet également trois obligations internationales totalisant 3 milliards de dollars. Cette somme dépasse largement le seul prêt d’ICBC identifié chez ZESCO. La comparaison rappelle que la crise résulte d’un endettement auprès de plusieurs catégories de créanciers, et non d’une relation financière exclusive avec Pékin.

Pour l’opérateur électrique, le montant initial ne permet toutefois pas de mesurer toute la charge. Il faut connaître la durée, les intérêts, le calendrier d’amortissement et les éventuelles garanties. Les éléments disponibles ne permettent pas de reconstituer ces paramètres ni de chiffrer précisément leur poids annuel dans les comptes. Ils font en revanche apparaître une accumulation d’engagements financiers sur plusieurs années.

Un crédit finance un équipement à une date donnée ; son remboursement engage les recettes futures. Si la production baisse ou si les besoins d’investissement augmentent, ces échéances entrent en concurrence avec les dépenses nécessaires au fonctionnement du réseau. C’est ce décalage entre financement initial et capacité durable de paiement qui importe ici.

Des contrats chinois, mais une responsabilité partagée

Le développement des prêts accompagne celui des entreprises chinoises à l’étranger. Les nouvelles routes de la soie, annoncées en 2013, donnent une dimension politique à cette expansion. Le crédit consenti en 2011 précède cependant cette initiative : il ne peut pas être présenté comme une conséquence d’un programme lancé deux ans plus tard.

En Zambie, les financements ont contribué à combler un déficit réel d’infrastructures. Mais l’association entre prêteurs et constructeurs peut favoriser la multiplication des projets : les entreprises obtiennent des commandes, les banques placent des crédits et les autorités disposent d’équipements visibles. La soutenabilité des engagements doit, elle, être évaluée sur une période beaucoup plus longue.

Les documents décrits dans le dossier font état de démarches d’entreprises chinoises encourageant les entités publiques zambiennes à emprunter pour financer leurs projets. Ils présentent aussi ICBC comme un créancier ferme lorsque les échéances deviennent difficiles à honorer. L’ambassade de Chine en Zambie conteste les accusations relatives aux pratiques de prêt qui auraient alourdi la charge des pays africains concernés.

Ces éléments ne suffisent pas à démontrer une stratégie délibérée de mise en défaut. Ils montrent plutôt un déséquilibre entre les incitations à conclure de nouveaux contrats et la capacité de l’emprunteur à supporter leurs conséquences. Le gouvernement zambien conserve sa propre responsabilité dans le choix des projets et l’acceptation des financements.

Quand le manque d’eau devient une contrainte productive

La dette de ZESCO prend une portée particulière dans un système largement dépendant de l’hydroélectricité. En période de sécheresse, le manque d’eau réduit la production au moment même où ménages et entreprises ont besoin d’un approvisionnement stable. Les remboursements, eux, ne diminuent pas automatiquement avec le niveau des réservoirs.

À proximité de Lusaka, l’exploitation agricole de Kanangwa Newlove illustre cette transmission du choc. Les pompes de forage nécessitent de l’électricité ; les récoltes ont aussi besoin de réfrigération. Avec parfois seulement quatre heures de courant par jour et des horaires de coupure changeants, l’activité a dû être réduite. Le rationnement électrique devient ainsi une restriction de production, de débouchés et d’emploi.

À l’échelle nationale, cette fragilité rejoint celle des finances publiques. La Zambie a fait défaut sur sa dette souveraine en 2020. Le FMI suit le programme économique du pays et sa situation d’endettement. Les engagements d’une grande entreprise publique ne se confondent pas tous avec la dette directe de l’État, mais ses difficultés peuvent accroître la pression sur les ressources publiques.

La dette de ZESCO pose donc une question de souveraineté opérationnelle : de quelle latitude dispose l’opérateur pour entretenir son réseau, diversifier sa production et assurer la continuité du service ? L’évaluation des futurs financements devra porter autant sur ces capacités que sur le nombre d’équipements construits. Une infrastructure n’accroît durablement l’autonomie du pays que si son fonctionnement reste finançable lorsque les conditions se dégradent.

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