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Veille Washington, l'épreuve du rapport de force

Face à Trump, Macron et Carney cherchent à réduire leur vulnérabilité commerciale

La riposte verbale de Paris et d'Ottawa rompt avec la prudence conseillée par Washington. Sa portée dépendra moins des formules échangées que des leviers commerciaux et diplomatiques mobilisables derrière elles.

Droits de douane américains — face à Trump, Macron et Carney cherchent à réduire leur vulnérabilité commerciale (image générée par IA)
Illustration générée par IA

Face à Donald Trump, Emmanuel Macron et Mark Carney ont choisi de répondre publiquement plutôt que de laisser passer chaque provocation. Le changement de ton est visible. Son effet sur le rapport de force reste à établir : les deux dirigeants ne disposent ni des mêmes pouvoirs commerciaux, ni des mêmes marges de manœuvre face aux États-Unis.

Au Forum économique mondial de Davos, le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, avait conseillé aux alliés de Washington de ne pas riposter aux attaques du président américain. Ce conseil visait notamment les différends tarifaires. Macron et Carney s’en écartent désormais dans leurs prises de parole, alors que persistent des tensions commerciales et des désaccords sur la Russie.

La distinction importe pour juger leur stratégie. Une réponse publique peut signaler qu’une concession ne sera pas obtenue par la seule pression politique. Elle peut aussi encourager d’autres gouvernements à tenir une position commune. Mais elle ne constitue pas, à elle seule, une réponse aux droits de douane américains : pour peser sur une négociation, elle doit s’appuyer sur des décisions, des partenaires et des coûts que Washington puisse prendre en compte.

Droits de douane américains : deux expositions différentes

Pour Ottawa, le commerce avec les États-Unis est une relation bilatérale décisive. Il s’inscrit notamment dans l’accord États-Unis–Mexique–Canada, présenté par le bureau du représentant américain au commerce. Les règles communes encadrent les échanges ; elles ne font pas disparaître le risque qu’un différend tarifaire perturbe les entreprises dont les débouchés ou les fournisseurs se trouvent de l’autre côté de la frontière.

Le coût potentiel d’une escalade n’est donc pas abstrait pour Mark Carney. Steve Bannon, ancien conseiller de Trump, met précisément en avant la dépendance commerciale canadienne pour contester l’utilité d’une confrontation publique. Sa mise en garde défend une position politique ; elle désigne aussi la contrainte matérielle à laquelle Ottawa doit répondre. Si les droits de douane américains deviennent l’instrument du différend, une formule prononcée devant les caméras ne protège ni un contrat ni une chaîne de production.

Emmanuel Macron se trouve dans une configuration institutionnelle différente. Le président français peut défendre une ligne politique et chercher des alliés. En matière commerciale, toutefois, la négociation avec Washington relève de l’Union européenne. La Commission européenne conduit la politique commerciale commune, dans le cadre fixé par les institutions et les États membres. Une réponse française aux droits de douane américains n’acquiert donc de portée commerciale qu’à travers cet échelon collectif.

Cette différence limite les comparaisons entre Paris et Ottawa. Carney parle pour un État directement engagé dans sa relation commerciale avec les États-Unis. Macron peut contribuer à construire une position européenne, mais il ne décide pas seul d’une mesure tarifaire au nom de l’Union. Leur point commun est ailleurs : chacun tente d’éviter que la crainte d’une réaction de Trump ne dicte, avant même la négociation, les limites de sa propre parole.

Une parole utile si elle organise une coalition

Le débat dépasse le commerce. Les désaccords autour du Groenland ont rappelé que la sécurité des alliés et leur relation économique avec Washington peuvent être discutées simultanément. Dans ce contexte, une riposte publique peut servir à fixer une limite politique. Elle ne dit pourtant pas quelles concessions seront refusées, ni quels moyens seront engagés pour soutenir ce refus.

Ivo Daalder, ancien ambassadeur des États-Unis auprès de l’OTAN, défend l’idée que les alliés obtiennent davantage lorsqu’ils maintiennent leur position face aux exigences américaines. Cette lecture met l’accent sur la coordination plutôt que sur la seule répartie. Un gouvernement isolé supporte plus difficilement le coût d’un différend ; plusieurs partenaires capables de défendre la même règle disposent d’un autre poids dans la discussion.

La prise de parole de Macron et de Carney peut ainsi s’adresser à plusieurs publics. Elle montre à leurs opinions nationales qu’ils ne souhaitent pas céder sous la pression. Elle indique surtout aux autres dirigeants qu’une réponse commune est possible. Mais cette fonction de ralliement ne produit un résultat que si elle débouche sur une position négociée : des engagements précis, des règles défendues ensemble ou, dans le cas commercial européen, une décision prise au bon niveau institutionnel.

Pour l’heure, la fermeté verbale ne permet pas de conclure à un gain sur les tarifs ou sur les dossiers de sécurité. Elle marque un refus de laisser Washington fixer seul les termes de l’échange. La suite se mesurera moins à l’intensité des répliques qu’à la capacité de Paris, d’Ottawa et de leurs partenaires à transformer ce refus en positions qu’ils peuvent effectivement tenir.

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