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Veille Arctique, le contrôle des passages

La route maritime du Nord renforce le corridor entre Russie et Chine

L’allongement de la saison navigable donne davantage de poids au corridor arctique russe. Mais la hausse des traversées ne suffit pas à en faire une solution régulière pour le commerce entre l’Asie et l’Europe.

La route maritime du Nord renforce le corridor entre Russie et Chine (image générée par IA)
Illustration générée par IA

La route maritime du Nord gagne en fréquentation, et avec elle le corridor longeant les côtes arctiques russes. Le Centre for High North Logistics (CHNL) y recense 104 transits commerciaux entre le 1er janvier et le 30 septembre 2026. C’est déjà une traversée de plus que les 103 comptabilisées sur l’ensemble de 2025.

Ce dépassement donne une indication sur l’utilisation du passage, pas encore sur sa transformation économique. Les marchandises transportées circulent surtout entre la Russie et la Chine. La progression conforte donc d’abord une liaison entre ces deux pays, plutôt qu’elle ne signale un basculement du commerce mondial vers l’Arctique.

Pour Moscou, l’enjeu dépasse le nombre de navires : il porte sur l’usage d’un axe situé le long de ses côtes, où les autorités russes disposent de leviers réglementaires sur la navigation. Pour Pékin, ce passage représente une possibilité de diversification face aux goulets d’étranglement des itinéraires reliant l’Asie à l’Europe. Ces intérêts convergent sans effacer les contraintes physiques du corridor.

La route maritime du Nord progresse, sans changer d’échelle mondiale

Le point de comparaison historique est net : dix ans auparavant, seuls 19 transits avaient été recensés. Après un recul en 2022, le nombre de traversées augmente chaque année depuis 2023. Deux évolutions accompagnent cette hausse : la réorientation des exportations russes vers les marchés asiatiques et des conditions de glace qui facilitent davantage la circulation.

La comparaison entre 2026 et 2025 doit néanmoins rester précise. Elle oppose neuf mois d’activité à une année complète. Elle établit qu’un seuil annuel a été franchi plus tôt, mais ne permet pas encore de calculer la progression sur l’ensemble de 2026. La fin de saison déterminera l’écart définitif.

Surtout, un transit n’est pas une mesure de la quantité de marchandises transportée. Le décompte du CHNL ne suffit pas, à lui seul, à établir l’évolution des tonnages, de la valeur des cargaisons ou de la rentabilité des voyages. Une hausse du nombre de passages peut renforcer l’importance opérationnelle d’un corridor sans démontrer sa compétitivité pour toutes les catégories de fret.

Un axe russe, une option chinoise

Utilisé par la navigation commerciale depuis les années 1930, cet itinéraire n’est pas une infrastructure nouvelle. Ce qui évolue est la possibilité de l’emprunter plus fréquemment. La route maritime du Nord s’inscrit ainsi dans une stratégie arctique russe où l’accès au passage et les règles de circulation constituent des instruments de contrôle.

Cette dimension distingue le corridor d’une simple distance à parcourir. Pour un armateur, choisir une route revient aussi à choisir un environnement réglementaire et opérationnel. Le développement du passage accroît donc l’importance des autorités qui en encadrent l’utilisation. Il ne signifie pas pour autant que tous les espaces traversés relèvent d’un régime juridique uniforme.

La Chine peut y trouver une option supplémentaire pour ses échanges avec l’Europe, alors que les crises géopolitiques ont perturbé plusieurs passages stratégiques ces dernières années. Mais diversifier les itinéraires ne supprime pas les dépendances : cela peut déplacer une partie de l’exposition vers les conditions de navigation arctiques et le cadre russe.

La banquise reste le calendrier du transport

Le précédent du Venta Maersk illustre la différence entre faisabilité technique et service commercial régulier. À l’été 2018, ce navire avait effectué le premier transit d’un porte-conteneurs sur cet axe. Maersk présentait alors le voyage comme une opération de collecte de données, et non comme le remplacement de ses itinéraires habituels, largement organisés autour du canal de Suez.

La fréquentation actuelle ne suffit pas à invalider cette distinction. Les risques pour les navires et les équipages demeurent. En 2024 et en 2025, la formation des glaces avait écourté la saison de navigation. En 2026, leur formation plus tardive pourrait permettre des traversées supplémentaires. L’accès reste donc soumis à des variations annuelles, même lorsque la tendance climatique favorise une ouverture plus longue.

Selon la NASA, les vingt étés de 2007 à 2026 correspondent aux vingt plus faibles minima annuels d’étendue de la banquise arctique observés par satellite. Le record de septembre 2012, à 3,41 millions de kilomètres carrés, représentait environ la moitié de la moyenne de 1979-2000, établie à 6,70 millions.

Cette évolution ouvre des possibilités de circulation sans garantir la prévisibilité nécessaire aux chaînes logistiques. Pour les chargeurs européens, la question décisive reste celle d’un service fiable, pas seulement d’un passage possible. La route maritime du Nord renforce aujourd’hui un corridor principalement russo-chinois ; son éventuelle transformation en alternative régulière pour les échanges entre l’Asie et l’Europe reste à démontrer.

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