Veille Moscou, le coût du réarmement
Le budget militaire russe de 2027 accroît la pression sur la dette
Le projet de budget russe pour 2027 porte l’effort militaire à un nouveau niveau. Derrière le montant annoncé se dessine une contrainte moins visible : trouver des prêteurs sans étouffer le reste de l’économie.
La question n’est plus seulement de savoir combien la Russie peut consacrer à la guerre. Elle est aussi de savoir comment l’État finance cet effort sans réduire davantage les ressources disponibles pour les autres secteurs. Les documents préparatoires du budget fédéral pour 2027 prévoient 17 100 milliards de roubles pour la défense, soit environ 32 % de plus que l’enveloppe estimée pour 2026. À ce stade, il s’agit d’un projet, non d’une dépense exécutée.
La hausse des dépenses militaires russes intervient dans un cadre budgétaire moins favorable. Les prévisions de déficit pour 2026 ont été relevées de 1,6 % à 3,2 % du produit intérieur brut dans les éléments accompagnant la préparation du budget. Le gouvernement doit transmettre son projet à la Douma d’État avant le 1er octobre. Dominée par Russie unie, la chambre dispose d’une majorité favorable à Vladimir Poutine ; le principal arbitrage se joue donc en amont, entre les priorités de dépense et les moyens de les couvrir.
Le montant de 17 100 milliards de roubles donne la mesure de la priorité accordée à la défense, mais ne décrit pas, à lui seul, le coût total de la guerre. D’autres postes publics peuvent concourir à l’effort militaire. Inversement, les crédits inscrits dans un projet de budget ne disent pas encore à quel rythme les fonds seront décaissés. La donnée décisive est la trajectoire : Moscou envisage une nouvelle augmentation alors même qu’il a revu à la hausse son besoin de financement pour l’année précédente.
Financer les dépenses militaires russes sur le marché intérieur
Lorsque les recettes courantes ne couvrent pas les dépenses, le Trésor doit lever des fonds ou trouver de nouveaux prélèvements. Pour la Russie, les sanctions et les restrictions financières limitent l’accès aux investisseurs étrangers. L’État se tourne donc largement vers les acheteurs nationaux de dette, au premier rang desquels figurent les banques. Ce circuit permet de financer le budget, mais il met en concurrence les besoins du gouvernement et ceux des entreprises qui cherchent elles aussi à emprunter.
Cette concurrence devient plus coûteuse quand les taux restent élevés. Dans sa décision de politique monétaire du 11 septembre 2026, la Banque de Russie a maintenu son taux directeur à 14 %. Elle a également signalé qu’un déficit supérieur aux prévisions pourrait nécessiter une politique monétaire plus restrictive. Le mécanisme est direct : davantage d’emprunts publics peuvent accroître la pression sur les taux, tandis qu’un crédit cher freine l’investissement privé.
La capacité des banques à absorber de nouveaux titres publics n’est pas illimitée. Taras Skvortsov, responsable financier de Sberbank, a fait état en juillet des contraintes de liquidité pesant sur le secteur bancaire. Sa déclaration ne permet pas de chiffrer le volume de dette que les établissements pourront acheter en 2027. Elle souligne toutefois une limite pratique : les mêmes bilans bancaires ne peuvent pas être mobilisés sans conséquence pour financer à la fois l’État et leurs clients.
Les dépenses militaires russes produisent ainsi deux effets budgétaires distincts. Elles augmentent d’abord les crédits affectés à la défense. Si elles sont financées par l’emprunt, elles alourdissent ensuite le service de la dette pour les exercices futurs. Une partie croissante des recettes risque alors d’être affectée au paiement des intérêts plutôt qu’à de nouvelles dépenses publiques. L’ampleur de cet effet dépendra des taux auxquels le gouvernement empruntera et de l’évolution effective du déficit.
La défense prioritaire, les autres secteurs sous contrainte
Le gouvernement dispose d’autres leviers que la dette. De nouveaux prélèvements sur les entreprises métallurgiques et minières sont envisagés, avec un rendement attendu de 200 milliards de roubles par an. Rapportée aux 17 100 milliards de roubles prévus pour la défense en 2027, cette somme représente un peu plus de 1 %. Elle peut contribuer au financement du budget, mais ne suffit pas à elle seule à couvrir l’augmentation annoncée des crédits militaires.
Taxer ces secteurs déplace aussi la charge vers des entreprises qui doivent entretenir leurs installations et financer leurs investissements. Emprunter la déplace vers les budgets futurs ; comprimer d’autres dépenses la reporte sur les administrations et leurs bénéficiaires. Ces choix ne sont pas équivalents, mais ils répondent à la même contrainte : préserver la priorité militaire lorsque les ressources publiques ne progressent pas au même rythme.
Pour les États européens, l’enjeu dépasse le seul montant affiché par Moscou. Un budget militaire plus élevé peut soutenir la production et la durée de l’effort de guerre russe. Sa solidité dépend cependant de variables moins visibles que les crédits de défense : recettes fiscales, coût de l’emprunt et capacité des banques à financer simultanément l’État et l’activité civile. Le projet pour 2027 indique une priorité politique ; son exécution montrera jusqu’où l’économie peut la porter.



