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Veille Une vitrine agricole à l’épreuve des rejets

Le méthaniseur de Derval rattrapé par ses rejets malgré son rôle de vitrine

Conçu pour fournir des références aux agriculteurs, le site de Derval doit désormais répondre à une mise en demeure. Derrière les dômes du méthaniseur se joue la crédibilité d’un modèle associant déchets agricoles, énergie et chaleur locale.

Le méthaniseur de Derval rattrapé par ses rejets malgré son rôle de vitrine (image générée par IA)
Illustration générée par IA

À Derval, en Loire-Atlantique, le projet devait servir de référence aux exploitants agricoles intéressés par la méthanisation. La chambre d’agriculture participe à cette installation mise en service en 2018 sur le site d’une ferme expérimentale. Huit ans plus tard, c’est une mise en demeure préfectorale qui fournit la pièce la plus précise pour juger son fonctionnement.

Daté du 3 juin 2026, l’arrêté impose à la société Derval Agri’méthane de corriger plusieurs non-conformités. Le contrôle de la direction départementale de la protection des populations de Loire-Atlantique, réalisé au printemps, fait état de rejets d’effluents chargés vers le milieu naturel, d’un dysfonctionnement d’un séparateur d’hydrocarbures sur le circuit des eaux pluviales et de la présence de digestat et de fumier hors des zones de stockage. Ces trois points avaient déjà été relevés en juillet 2025.

Le méthaniseur de Derval se trouve ainsi face à une double exigence : produire de l’énergie et empêcher que les matières qu’il traite, ou leurs résidus, ne quittent les espaces prévus pour les contenir. La difficulté n’annule pas l’intérêt de la filière. Elle rappelle que sa performance dépend aussi des ouvrages de stockage, du drainage et de la discipline d’exploitation.

Le méthaniseur de Derval confronté au contrôle des rejets

L’installation transforme des effluents d’élevage et des déchets organiques en biogaz. Son dispositif de cogénération produit de l’électricité vendue à EDF et de la chaleur utilisée notamment par une piscine intercommunale et le lycée agricole Saint-Clair. Le digestat issu du procédé peut être épandu sur les terres agricoles. Ce circuit court réunit donc, sur un même territoire, apporteurs de matières, production énergétique et utilisateurs de chaleur.

La société exploitante associe des agriculteurs, la chambre d’agriculture de Loire-Atlantique, le lycée agricole Saint-Clair, Loire-Atlantique Développement et Suez RV Ouest. Cette composition donne au projet une portée qui dépasse celle d’un équipement privé : des acteurs agricoles, territoriaux et industriels ont engagé leur crédibilité dans une installation destinée à produire des enseignements pour d’autres exploitations.

La mise en demeure déplace le regard de la seule production de biogaz vers la maîtrise des flux à la périphérie du site. Le séparateur d’hydrocarbures se situe entre le bassin de régulation des eaux pluviales et la sortie vers le milieu naturel. Le défaut signalé par l’inspection concerne donc un point de passage des eaux, tandis que la présence de digestat et de fumier aux abords des stockages renvoie au confinement des matières. L’arrêté constate des non-conformités ; il ne permet pas, à lui seul, de quantifier une pollution d’un cours d’eau.

La répétition des constats est déterminante. Les trois problèmes identifiés dans le contrôle de 2026 étaient déjà présents dans celui de juillet 2025. Un rapport d’inspection de 2025 mentionnait par ailleurs d’autres non-conformités observées dès 2021, sans que cela signifie que tous les défauts constatés aujourd’hui remontent à cette date. La question pour l’exploitant n’est donc pas seulement de réaliser des travaux, mais de maintenir les équipements conformes entre deux inspections.

Une dépendance aux apports agricoles

Le fonctionnement du méthaniseur de Derval repose également sur la disponibilité de ses intrants. Bruno Couilleau, responsable de l’unité depuis janvier 2026, fait état d’une baisse des apports agricoles : une partie des cultures a été dirigée vers l’alimentation des élevages, tandis que le pâturage a réduit les volumes de fumier récupérés. Ces arbitrages rappellent que la matière destinée à produire de l’énergie peut être requise ailleurs dans l’exploitation agricole.

Les déchets agro-industriels apportés notamment par Suez RV Ouest diversifient les ressources de l’installation. Ils ne suppriment pas la question de l’équilibre entre les volumes entrants, l’électricité et la chaleur produites, puis les quantités de digestat à gérer. Les éléments disponibles ne permettent pas de chiffrer l’effet de la baisse des apports sur les comptes de la société. Ils établissent néanmoins une contrainte concrète pour un site conçu comme démonstrateur.

Bruno Couilleau indique qu’un délai a été accordé jusqu’en novembre pour achever les mesures de mise en conformité, échéance confirmée par la préfecture de Loire-Atlantique. Il conteste l’idée de rejets dans les ruisseaux. Cette affirmation ne retire rien aux constats administratifs sur les effluents et les matières relevés dans le milieu naturel ; elle invite à distinguer ces constats d’une atteinte précisément documentée à un cours d’eau.

Pour le méthaniseur de Derval, la prochaine mesure de l’exemplarité ne sera donc pas sa seule production énergétique. Elle tiendra à la correction vérifiable des non-conformités et à la capacité de l’exploitant à sécuriser durablement ses approvisionnements comme ses rejets. C’est à ces conditions qu’une expérience locale peut produire des références utiles à d’autres territoires.

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