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Les droits de douane américains creusent l’écart entre exportateurs

Washington renchérit l'entrée sur son marché sans placer tous ses fournisseurs à égalité. Derrière les taux moyens se joue la répartition des débouchés industriels entre économies riches et pays en développement.

Les droits de douane américains creusent l'écart entre exportateurs (image générée par IA)
Illustration générée par IA

L’accès au marché américain devient plus coûteux, mais pas au même prix pour tous. Le changement engagé par l’administration de Donald Trump retire aux industriels des pays développés une situation proche de la franchise douanière. Il ne donne pas pour autant aux économies en développement un avantage pour les remplacer. Celles-ci restent confrontées, en moyenne, à une protection plus élevée.

Les droits de douane américains modifient ainsi deux rapports de force distincts : celui qui oppose les producteurs étrangers à leurs concurrents installés aux États-Unis, et celui qui organise la concurrence entre fournisseurs étrangers. Une entreprise européenne peut perdre en compétitivité sur le marché américain tout en conservant une meilleure position tarifaire qu’un exportateur d’un pays en développement.

La publication du CEPII consacrée à la politique tarifaire américaine, mobilisant notamment les travaux de Houssein Guimbard et la base IFE-CEPII, permet de distinguer ces effets. Ses estimations comparent les droits moyens de janvier 2025 à ceux du 29 septembre 2026. Elles décrivent une structure de protection, et non une mesure des pertes de ventes déjà subies par chaque secteur.

Les droits de douane américains ferment une parenthèse industrielle

Pour les produits non agricoles des pays développés, le droit moyen estimé passe de 1,6 % à 12,3 %. La hausse atteint 10,7 points de pourcentage. Le niveau initial était suffisamment bas pour rendre la frontière tarifaire presque secondaire dans de nombreux échanges industriels. À deux chiffres, le prélèvement devient un élément important du calcul commercial.

L’exposition est substantielle : selon les données commerciales utilisées dans l’étude, les États-Unis absorbaient en 2024 environ 19,4 % des exportations des pays développés, hors échanges entre membres de l’Union européenne. Il ne s’agit donc pas d’un débouché périphérique. La nouvelle protection concerne un marché qui reçoit près d’un cinquième de leurs ventes extérieures ainsi définies.

La décomposition de l’étude attribue l’essentiel du relèvement industriel aux mesures sectorielles relevant de la Section 232, complétées par des prélèvements relevant de la Section 301. Ces instruments ne répondent pas à la même logique : le premier mobilise la sécurité nationale, le second permet d’agir contre des pratiques commerciales jugées déloyales. Leur combinaison impose de lire les conditions d’accès produit par produit, et pas seulement pays par pays.

Dans l’agriculture, le taux moyen rencontré par les pays développés atteint 11,6 %, contre 6,2 % au début de 2025. À cette échelle agrégée, la protection agricole et la protection industrielle se rapprochent. Cela ne signifie pas que chaque marchandise supporte le même taux : les exemptions et les mesures sectorielles restent déterminantes.

Les économies en développement restent davantage taxées

Le recul de l’accès préférentiel des pays riches ne constitue pas automatiquement une ouverture pour leurs concurrents. Pour les produits non agricoles des pays en développement, hors pays les moins avancés, le droit moyen estimé passe de 11,5 % à 24,9 %. La hausse est de 13,4 points, supérieure à celle supportée par le groupe des pays développés.

Le handicap tarifaire industriel entre les deux groupes s’élargit donc. Il passe de 9,9 à 12,6 points de pourcentage. La protection américaine augmente pour les deux ensembles, mais elle ne les rapproche pas. Elle laisse les exportateurs des économies en développement face à un prélèvement moyen environ deux fois plus élevé.

Cette comparaison doit toutefois être interprétée avec précaution. Le groupe des pays en développement comprend la Chine, déjà visée par les mesures de la Section 301 adoptées en 2018 et 2019. Sa composition sectorielle diffère également de celle des pays développés. Un taux moyen par groupe n’est pas le tarif applicable à une entreprise précise, ni la preuve d’un désavantage identique pour tous ses membres.

Le marché américain demeure néanmoins un débouché central : il représente, dans les données de 2024 utilisées par l’étude, 17,7 % des exportations non agricoles de ces économies. Les droits de douane américains touchent donc simultanément un volume important de ventes et des activités susceptibles de soutenir leur montée en gamme industrielle.

Le déficit bilatéral pénalise aussi les petits fournisseurs

La logique dite réciproque ne se confond pas avec une politique de développement. Lors des annonces du 2 avril 2025, la formule américaine reposait sur le déficit commercial bilatéral rapporté aux importations. Un pays spécialisé dans quelques produits vendus aux États-Unis, mais disposant de faibles moyens pour acheter des marchandises américaines, pouvait ainsi se retrouver fortement exposé.

Ce mécanisme distingue la taille économique d’un fournisseur de son déséquilibre commercial avec Washington. Une faible contribution aux importations américaines ne garantit pas un traitement favorable. Les pays les moins avancés ne représentaient qu’environ 1 % des achats américains de marchandises en 2024, selon les données présentées dans l’étude. Leur poids limité ne suffit donc pas, à lui seul, à les protéger.

Les préférences commerciales, dont l’AGOA pour certains pays d’Afrique subsaharienne, obéissent à une autre logique : faciliter l’accès au marché pour soutenir certaines productions. Leur existence ne permet pas de déduire le traitement final d’une marchandise sans examiner les règles d’éligibilité, les exemptions et les éventuels droits additionnels. L’enjeu est particulièrement sensible pour des économies dont les exportations sont concentrées sur peu de filières.

Le coût se répartit tout au long du contrat

Un droit est acquitté à la frontière par l’importateur. Sa charge économique peut ensuite être répartie entre plusieurs acteurs : le fournisseur étranger accepte une baisse de prix, l’importateur réduit sa marge, ou le client américain paie davantage. Le partage dépend du contrat, des solutions de remplacement et du pouvoir de négociation de chacun.

Les droits de douane américains ne permettent donc pas, à eux seuls, de prévoir un déplacement d’usines ou une réorientation des commandes. Pour les industriels européens, la question immédiate est celle de la marge disponible pour conserver leurs clients. Pour les exportateurs moins diversifiés, elle porte aussi sur la possibilité de trouver un autre débouché sans abandonner la production concernée.

La prochaine mesure du rapport de force se trouve dans les prix facturés, les volumes commandés et les décisions d’investissement. Les estimations tarifaires établissent déjà un point : la fermeture partielle du marché américain aux pays riches ne signifie ni égalisation des conditions de concurrence, ni transfert automatique d’activité vers les pays plus pauvres.

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