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Mélenchon mise sur la croissance pour financer sa rupture budgétaire

Le projet budgétaire de Jean-Luc Mélenchon repose sur une promesse : dépenser davantage pour redresser les comptes. Entre rendement fiscal, comparaison espagnole et dette, sa réalisation dépend de plusieurs conditions.

Relance par la dépense — mélenchon mise sur la croissance pour financer sa rupture budgétaire (image générée par IA)
Illustration générée par IA

Le programme budgétaire de Jean-Luc Mélenchon déplacerait le financement de l’État vers les grands patrimoines, tout en augmentant les revenus distribués aux ménages. Son équilibre repose sur deux leviers distincts : de nouvelles recettes fiscales et une croissance stimulée par la dépense publique. Le candidat défend également une annulation de dette qui engagerait un rapport de force avec les institutions monétaires européennes.

Pour soutenir cette relance par la dépense, il prend pour référence l’Espagne dirigée par Pedro Sánchez. Son raisonnement associe soutien aux revenus, investissements dans la transition écologique et amélioration des comptes publics. Mais le rapprochement entre les deux pays ne suffit pas à établir qu’un même ensemble de mesures produirait les mêmes résultats en France.

Le point décisif se trouve dans le chiffrage présenté par Éric Coquerel, président de la commission des finances de l’Assemblée nationale : 106,4 milliards d’euros de recettes supplémentaires pour 81,7 milliards de dépenses nouvelles. La différence, soit 24,7 milliards, serait affectée à la réduction du déficit. Il s’agit d’un équilibre prévisionnel défendu par les promoteurs du programme, non de recettes déjà acquises.

La relance par la dépense et son pari fiscal

Les mesures annoncées visent d’abord le pouvoir d’achat. Jean-Luc Mélenchon propose une hausse du salaire minimum, une augmentation de 10 % de la rémunération des agents publics, des négociations salariales à l’échelle nationale et une revalorisation des prestations sociales. Une allocation mensuelle de 1 337 euros pour chaque étudiant figure également dans cet ensemble, présenté comme un programme d’urgence d’environ 82 milliards d’euros.

Ces interventions n’ont pas toutes le même circuit de financement. Une hausse des traitements publics constitue une dépense directe des administrations. Une augmentation des salaires privés modifie d’abord les coûts des entreprises et les revenus des salariés. Les allocations mobilisent, elles, des crédits publics. Leur regroupement politique ne dispense donc pas de distinguer leurs effets sur le budget de l’État, les comptes sociaux et l’activité.

Éric Coquerel défend un mécanisme de retour fiscal : des revenus plus élevés soutiendraient la consommation, puis l’activité et les recettes publiques. Cette logique est possible, mais son ampleur dépend de plusieurs paramètres. Une partie du revenu supplémentaire peut être épargnée ou consacrée à des produits importés. Les entreprises peuvent répondre par davantage de production, par des hausses de prix ou par une combinaison des deux.

Le rendement de la relance ne se confond donc pas avec son montant. Pour apprécier l’équilibre annoncé, il faudrait connaître le calendrier des dépenses, celui des prélèvements et les hypothèses retenues sur la consommation, l’investissement et l’emploi. La présentation disponible ne précise pas davantage si tous les montants correspondent à une même année pleine ou à une montée en charge progressive.

Le financement fiscal comprend notamment une imposition de 2 % des patrimoines dépassant 100 millions d’euros, proposition associée à l’économiste Gabriel Zucman. Le projet prévoit aussi un durcissement de la fiscalité sur les grandes successions, avec un plafond annoncé de 12 millions d’euros. Le rendement de ces dispositifs dépendrait de leur assiette exacte, des exemptions, des règles de valorisation et des moyens de contrôle. Un taux annoncé ne constitue pas, à lui seul, une prévision de recettes.

L’Espagne, une référence plutôt qu’une preuve

L’exemple espagnol sert à contester l’idée selon laquelle une consolidation budgétaire impose nécessairement de réduire les dépenses. Sous Pedro Sánchez, le gouvernement a relevé le salaire minimum et soutenu des investissements, notamment dans les énergies vertes. Jean-Luc Mélenchon présente cette orientation comme compatible avec une croissance soutenue et une baisse du poids de la dette.

La comparaison exige toutefois de séparer les mécanismes. Le ratio de dette rapporte un stock d’emprunts au produit intérieur brut. Il peut diminuer lorsque le PIB nominal progresse, même si le montant de la dette continue d’augmenter. Une baisse de ce ratio ne signifie donc pas automatiquement que l’État rembourse sa dette ou que chaque dépense supplémentaire se finance elle-même.

La structure de l’économie compte également. La réponse à une stimulation de la demande dépend des capacités de production disponibles, du contenu importé de la consommation et de la situation du marché du travail. Pour démontrer la transposabilité de la relance par la dépense, il faudrait isoler ces facteurs plutôt que déduire une causalité de la seule évolution des indicateurs espagnols.

La dette détenue par la banque centrale, un autre conflit

La proposition d’annuler une partie des titres français détenus par la banque centrale européenne relève d’un mécanisme différent. Elle ne cherche pas à accroître les recettes fiscales, mais à modifier les créances inscrites au bilan de l’institution monétaire. Elle déplacerait ainsi la discussion du Parlement français vers le cadre juridique de l’Union européenne.

La présidente de la BCE, Christine Lagarde, s’est opposée à cette proposition, en invoquant notamment les risques liés au financement monétaire des États. L’article 123 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne interdit les crédits de la BCE et des banques centrales nationales aux administrations publiques, ainsi que l’acquisition directe de leurs instruments de dette.

Ce texte ne formule pas expressément une règle générale sur toute annulation de titres acquis sur le marché secondaire. Il fixe néanmoins la frontière juridique autour de laquelle se noue la controverse : une opération qui reviendrait à financer durablement un État par la banque centrale se heurterait au principe d’interdiction du financement monétaire. Une décision française ne pourrait donc pas, à elle seule, imposer l’effacement annoncé.

Jean-Luc Mélenchon entend également utiliser la contribution française au budget européen comme levier pour obtenir une révision des traités, notamment de la référence de 3 % du PIB pour le déficit public. Éric Coquerel précise toutefois qu’une éventuelle réduction de cette contribution n’entre pas dans son chiffrage. Cette distinction évite de présenter une concession européenne hypothétique comme une recette disponible.

La relance par la dépense repose ainsi sur deux niveaux de décision qu’il faut garder séparés. Les dépenses et les impôts relèveraient de textes budgétaires soumis aux institutions françaises. La modification des règles européennes et le traitement des créances de la banque centrale supposeraient un accord ou un affrontement à une autre échelle. La solidité du programme se mesurerait d’abord à sa capacité à équilibrer le premier volet sans tenir pour acquis le résultat du second.

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