Saxe-Anhalt : l’AfD peut conquérir seule le pouvoir régional
En Saxe-Anhalt, l’AfD ne dépendrait pas nécessairement d’une coalition pour gouverner. Le rôle du BSW se jouerait moins dans le nombre de sièges que dans son attitude au moment décisif du vote exécutif.
Le scrutin régional du 6 septembre en Saxe-Anhalt ne se résume plus à une progression de l’AfD dans les sondages. Il met en jeu une mécanique institutionnelle précise : la possibilité qu’un parti d’extrême droite obtienne seul la majorité au Landtag, ou qu’il accède à la direction du gouvernement avec l’abstention d’une formation concurrente.
Les simulations réalisées à partir des enquêtes publiées ces dernières semaines donnent à l’AfD une probabilité de 54 % d’atteindre la majorité absolue des sièges. Le chiffre ne constitue pas une prévision du résultat, mais mesure l’effet combiné des intentions de vote, de la répartition territoriale des voix et du système électoral du Land.
Cette élection en Saxe-Anhalt est donc un test à deux niveaux. Elle mesure d’abord l’ancrage électoral de l’AfD dans un Land de l’Est allemand. Elle vérifie ensuite si le cordon sanitaire qui exclut officiellement le parti des coalitions peut être contourné par le jeu des abstentions et des votes au Landtag.
Élection en Saxe-Anhalt : une majorité AfD désormais plausible
Les dernières enquêtes disponibles placent l’AfD entre 42 et 43 % des suffrages. La CDU se situerait entre 22 et 23 %, Die Linke entre 11 et 13 %, tandis que le SPD ne dépasserait que 6 à 8 %. Les Verts évoluent autour du seuil électoral de 5 %. Le BSW, formation de Sahra Wagenknecht, se situe pour sa part entre 4 et 5 %.
Ce dernier point est déterminant. En dessous de 5 %, le BSW ne disposerait d’aucun groupe parlementaire issu de la représentation proportionnelle, sauf à remporter directement une circonscription. Sa présence au Landtag reste donc incertaine, alors même que son comportement pourrait être décisif s’il obtient quelques sièges.
La dynamique territoriale renforce l’hypothèse d’une victoire de l’AfD. Dans la moitié des simulations, le parti remporte au moins 40 des 41 circonscriptions uninominales. Ce résultat ne se déduit pas mécaniquement de son score régional : il traduit une avance suffisamment homogène pour transformer une pluralité de voix en une forte concentration de sièges directs.
Le système prévoit en effet des sièges supplémentaires lorsque le nombre de mandats directs obtenus par un parti dépasse ce que lui attribuerait la seule proportionnelle. Cette règle peut modifier la distribution finale des sièges. Elle ne change pas le signal politique : dans l’élection en Saxe-Anhalt, l’AfD apparaît en mesure de convertir son avantage électoral en contrôle parlementaire.
Le BSW, pivot possible sans être faiseur de rois
Le scénario le plus sensible ne suppose pourtant pas nécessairement une majorité absolue de l’AfD. La Constitution du Land prévoit qu’au troisième tour de l’élection du ministre-président, une majorité simple des suffrages exprimés suffit. Cette disposition ouvre un espace à l’abstention : des élus peuvent ne pas soutenir le candidat AfD sans voter explicitement pour lui.
Dans environ 60 % des simulations, l’AfD et le BSW réunissent ensemble la majorité des sièges. Si le BSW choisissait de ne pas prendre part au vote décisif, il pourrait donc laisser passer un candidat issu de l’AfD. Le Landtag de Saxe-Anhalt est l’institution appelée à appliquer cette procédure constitutionnelle.
Le mécanisme ne ferait pas du BSW le partenaire formel d’un gouvernement AfD. Il déplacerait cependant la question de la coalition vers celle de la tolérance parlementaire. Dans les systèmes régionaux allemands, cette nuance compte : un exécutif peut être minoritaire, mais disposer d’un ministre-président si ses adversaires ne parviennent pas à réunir une majorité alternative.
Le BSW affirme vouloir un ministre-président indépendant des partis et met en avant la nécessité de mettre fin au mandat du conservateur Sven Schulze. Mais sa stratégie est prise entre deux contraintes. Une coopération ouverte avec l’AfD risquerait de fragiliser son identité propre. Un refus catégorique pourrait accélérer le transfert de ses électeurs vers une AfD mieux placée dans les sondages.
Une frontière politique sous pression
Le BSW et l’AfD se disputent une partie du même électorat : critique de l’immigration, défiance envers les partis établis et opposition au soutien militaire à l’Ukraine. Leur concurrence est donc autant programmatique qu’organisationnelle. La progression de l’AfD réduit l’espace disponible pour le parti de Sahra Wagenknecht et l’incite à durcir ses signaux politiques.
La probabilité que le BSW puisse effectivement imposer une majorité gouvernementale demeure toutefois limitée. Les simulations l’évaluent à environ 6 %. Dans la plupart des cas, le parti ne franchirait pas le seuil nécessaire pour obtenir des sièges. Son influence potentielle est ainsi inversement proportionnelle à sa solidité électorale : il peut devenir décisif dans un scénario étroit, mais risque de disparaître de l’assemblée.
La CDU constitue l’autre variable du scrutin. Un responsable local de Stendal a récemment versé 10 000 euros à l’AfD, signe individuel qui ne permet pas de conclure à un changement de ligne nationale. D’autres responsables conservateurs, notamment en Saxe voisine, ont toutefois contesté le maintien du cordon sanitaire. La direction fédérale de la CDU continue officiellement de refuser toute coopération avec l’extrême droite.
Le résultat de l’élection en Saxe-Anhalt ne tranchera donc pas seulement la composition du prochain gouvernement régional. Il indiquera si la séparation entre droite conservatrice et AfD reste opérante lorsque cette dernière devient assez forte pour gagner des circonscriptions en série. Il montrera aussi si les règles parlementaires peuvent produire un accès au pouvoir sans accord de coalition explicite.
Pour les autres partis allemands, l’enjeu dépasse ce Land de quelque 2,2 millions d’habitants. Une victoire autonome de l’AfD fournirait un précédent institutionnel dans un territoire où le parti est déjà classé comme mouvement d’extrême droite par l’Office de protection de la constitution. Une investiture rendue possible par l’abstention du BSW produirait un précédent différent, mais tout aussi structurant : celui d’un cordon sanitaire maintenu dans les déclarations et neutralisé dans le vote.
Dans l’élection en Saxe-Anhalt, le pouvoir se jouera ainsi moins dans les promesses de campagne que dans la conversion des voix en sièges, puis dans le comportement des élus au troisième tour. La soirée électorale donnera le résultat. La procédure d’investiture dira, elle, jusqu’où les partis sont prêts à tirer la frontière qu’ils affirment vouloir maintenir.
