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Veille Le capital gelé, levier disputé

Primaire socialiste : les avoirs russes au cœur du soutien à l’Ukraine

Le soutien à Kiev rapproche les candidats socialistes, mais son financement révèle une différence décisive : utiliser les revenus des actifs russes ou transférer le capital lui-même.

Financement du soutien ukrainien — primaire socialiste : les avoirs russes au cœur du soutien à l’Ukraine (image générée par IA)
Illustration générée par IA

Le soutien à l’Ukraine pose une question de contrôle financier : qui peut disposer des avoirs russes immobilisés en Europe, et pour financer quoi ? À l’approche du processus de désignation du pôle socialiste, annoncé pour les 9 et 10 octobre, les positions d’Olivier Faure, de Raphaël Glucksmann et de Jérôme Guedj font apparaître deux voies distinctes. La première mobilise les revenus de ces actifs. La seconde entend saisir le capital.

Cette différence ne relève pas du vocabulaire. Elle détermine la ressource disponible, le mécanisme juridique à mettre en place et la répartition des risques entre États européens. Le financement du soutien ukrainien devient ainsi un révélateur des choix que les candidats pourraient défendre à l’échelon européen, au-delà de leurs engagements diplomatiques.

Le socle politique est largement commun dans les réponses disponibles : maintenir l’aide à Kiev et refuser qu’un accord de paix récompense la conquête territoriale russe. Emmanuel Maurel défend lui aussi la poursuite du soutien à l’Ukraine. Mais cette convergence ne constitue pas encore un programme partagé sur les instruments financiers, les capacités militaires à fournir ou le financement de la défense européenne.

Deux voies pour le financement du soutien ukrainien

Olivier Faure propose d’utiliser les revenus tirés des avoirs russes immobilisés. Il associe cette ressource à plusieurs leviers matériels : renforcer la défense aérienne ukrainienne, produire des munitions en Europe avec l’industrie ukrainienne et accentuer la pression sur les navires qui permettent à la Russie de maintenir ses recettes pétrolières.

Raphaël Glucksmann et Jérôme Guedj défendent une intervention sur le capital lui-même. Tous deux proposent la saisie des avoirs russes gelés afin de financer la résistance ukrainienne. Leur position vise donc une ressource différente de celle mentionnée par Olivier Faure : non plus les revenus générés pendant l’immobilisation, mais le stock d’actifs concerné.

Pour comprendre l’écart, il faut distinguer trois opérations. Immobiliser un actif empêche son détenteur d’en disposer. Affecter les revenus associés permet d’utiliser un flux financier sans transférer nécessairement la propriété du capital. Saisir ce capital implique une autre étape juridique. Un actif bloqué n’est donc pas, par ce seul fait, une recette budgétaire disponible.

Le Conseil de l’Union européenne présente le cadre des sanctions adoptées contre la Russie, dont les restrictions concernant les actifs de sa banque centrale. L’Union a également organisé l’utilisation de revenus exceptionnels liés à leur immobilisation pour soutenir l’Ukraine. Cette architecture donne un contexte concret aux propositions des candidats, sans rendre interchangeables mobilisation des revenus et saisie du principal.

La comparaison des programmes doit donc porter sur le périmètre exact des actifs visés, l’autorité compétente pour décider de leur affectation et la destination des fonds. Dans les réponses disponibles, les propositions de saisie ne sont pas accompagnées d’un dispositif juridique détaillé ni d’un calendrier de mise en œuvre. Elles indiquent une orientation politique, pas encore une ressource acquise.

Des ressources financières aux capacités militaires

Le financement du soutien ukrainien ne peut être séparé de ce qu’il permet effectivement de livrer. Olivier Faure insiste sur la défense aérienne et les munitions. Raphaël Glucksmann souhaite renforcer la protection du ciel ukrainien. Jérôme Guedj défend la poursuite des livraisons d’armes, notamment de missiles SCALP capables de frapper des objectifs logistiques en profondeur.

Ces priorités répondent à des besoins différents. Les moyens antiaériens servent à intercepter drones et missiles. Les munitions soutiennent la durée des opérations. Les capacités de frappe à longue portée visent à réduire les moyens logistiques de l’adversaire. Leur regroupement sous une même promesse d’aide masque des arbitrages sur les équipements, les stocks et les délais de production.

Une enveloppe financière ne devient pas automatiquement une capacité militaire. Elle doit se traduire en commandes, puis en production et en livraisons. La proposition de coopération avec l’industrie ukrainienne formulée par Olivier Faure pose, à cet égard, une question industrielle précise : quels équipements produire conjointement et selon quelle organisation ? Les réponses disponibles ne détaillent pas ces modalités.

La protection du ciel appelle également une distinction. Jérôme Guedj sépare explicitement le renforcement de la défense antiaérienne d’une zone d’exclusion aérienne. Fournir des systèmes d’interception et faire appliquer une interdiction de vol par des forces extérieures ne correspondent ni au même engagement opérationnel ni au même risque d’affrontement direct.

Le budget européen derrière la convergence diplomatique

Les positions exprimées relient la sécurité ukrainienne à celle des Européens. Raphaël Glucksmann présente la résistance de Kiev comme une protection directe pour l’Europe. Olivier Faure en tire la nécessité de construire une défense européenne plus autonome. Jérôme Guedj défend, lui aussi, une augmentation du soutien militaire, financier et humanitaire.

Cette convergence déplace le débat vers la répartition de l’effort. Olivier Faure refuse que le réarmement soit financé au détriment des hôpitaux et des écoles et demande une contribution accrue des plus favorisés. Il énonce ainsi un principe de financement national. Les réponses disponibles ne précisent toutefois ni l’assiette de cette contribution ni son rendement attendu.

La question reste distincte de celle des actifs russes. Affecter une ressource exceptionnelle à l’Ukraine ne règle pas, à elle seule, le financement durable des forces européennes, de leurs stocks ou de leur industrie. Les deux sujets peuvent se renforcer, mais ils ne se confondent pas.

Le financement du soutien ukrainien offre donc un critère concret pour apprécier les propositions de la primaire : quelle ressource est mobilisable, par quelle décision et pour quelle capacité ? La prochaine étape du débat sera moins de réaffirmer le soutien à Kiev que de préciser la chaîne reliant une décision européenne à des équipements livrés, tout en identifiant les dépenses qui continueront de relever des budgets nationaux.

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