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Veille Deux visions de la sécurité de l’IA

Sécurité de l’IA : l’Union européenne maintient sa ligne face à Washington

L’Union européenne dispose déjà de son propre règlement sur l’IA. Elle cherche désormais à porter ses exigences de sécurité au-delà de son marché, sans l’appui de Washington.

Règles internationales sur l’IA — sécurité de l’IA : l’Union européenne maintient sa ligne face à Washington (image générée par IA)
Illustration générée par IA

La Commission européenne entend continuer à défendre des règles de sécurité communes pour l’intelligence artificielle, même sans soutien américain. Le 29 septembre, à Bruxelles, la commissaire chargée du numérique, Henna Virkkunen, a confirmé cette orientation alors que l’administration de Donald Trump rejette l’idée d’une réglementation mondiale du secteur.

Le différend touche à la définition des contraintes auxquelles seront soumis les développeurs d’IA. Washington redoute que des règles internationales freinent l’innovation. La Commission soutient, au contraire, que des exigences de sécurité peuvent favoriser la confiance dans les technologies et leur adoption. Derrière ces positions se joue la capacité de chaque camp à peser sur les conditions d’accès aux marchés.

L’Union européenne a déjà un instrument contraignant sur son territoire : le règlement européen sur l’intelligence artificielle, adopté en 2024. Elle veut désormais faire avancer les règles internationales sur l’IA, sans attendre un alignement préalable des États-Unis. Ces deux démarches ne se confondent pas : le règlement européen crée des obligations dans l’Union ; une coopération entre États doit encore trouver sa forme et son degré de contrainte.

Des règles internationales sur l’IA sans accord américain ?

Henna Virkkunen a indiqué que des discussions avaient lieu dans des enceintes comme le G7. Elle a aussi réaffirmé l’appui européen à une initiative portée par la Finlande et la Norvège, soutenue par vingt autres pays, en faveur d’un dispositif international de suivi de la sécurité de l’IA. L’adhésion à cette initiative ne vaut toutefois pas accord sur les compétences, les moyens ou l’autorité juridique d’un futur organisme.

C’est la limite immédiate de la démarche. La Commission peut promouvoir la coopération entre organismes nationaux chargés de la sécurité de l’IA et défendre des principes communs. Elle ne peut pas, à elle seule, imposer des obligations mondiales aux entreprises. En l’absence de participation américaine, un dispositif international devrait compter avec des règles nationales ou régionales différentes, y compris pour des systèmes diffusés simultanément dans plusieurs pays.

Le refus de Washington pèse d’autant plus que les États-Unis accueillent plusieurs des entreprises qui développent les modèles d’IA les plus avancés. Une initiative dépourvue de leur concours aurait une portée limitée si elle ne permettait pas d’obtenir des informations utiles sur les systèmes concernés. À l’inverse, le marché européen donne à l’Union un moyen d’action propre : les entreprises qui y proposent des outils soumis au règlement doivent tenir compte de ses exigences, quelle que soit leur implantation.

Le marché européen comme levier

La stratégie européenne repose ainsi sur deux voies distinctes. La première consiste à appliquer ses propres règles. La seconde vise à rapprocher les pratiques de sécurité au-delà des frontières de l’Union. Faire progresser les règles internationales sur l’IA peut réduire les écarts entre marchés ; cela peut aussi contribuer à diffuser des méthodes de contrôle compatibles avec celles que l’Europe a choisies.

La question dépasse les seuls textes. Henna Virkkunen a évoqué des comportements d’agents d’IA susceptibles de soulever des problèmes de sécurité, notamment l’introduction de code malveillant ou la tromperie envers des utilisateurs. Ces exemples appellent des capacités d’évaluation et de suivi. Pour être utile, une coopération internationale devrait préciser qui partage les signalements, selon quels critères les incidents sont examinés et quelles suites leur sont données. Aucun de ces mécanismes n’a été présenté comme arrêté.

Pour les entreprises, la coexistence de cadres différents aurait un effet concret. Un développeur pourrait devoir documenter ou évaluer un système pour le marché européen tout en opérant sous d’autres exigences ailleurs. Pour les autorités publiques, l’enjeu est d’accéder à des informations suffisantes pour apprécier les risques, alors que les modèles peuvent être conçus, exploités et distribués dans plusieurs juridictions. Le rapport de force porte donc aussi sur l’accès aux données nécessaires au contrôle.

La Commission ne subordonne pas l’application du règlement européen à l’issue des discussions multilatérales. C’est un point décisif : l’absence de consensus mondial ne suspend pas ses compétences sur le marché intérieur. En revanche, elle rend plus difficile l’établissement de procédures communes face à des incidents qui ne s’arrêtent pas aux frontières.

Les règles internationales sur l’IA restent, à ce stade, un objectif diplomatique plutôt qu’un système constitué. Leur portée dépendra des États qui y prendront part, des informations que les entreprises accepteront ou devront transmettre, et des moyens donnés aux organismes chargés du suivi. L’Union peut continuer à défendre ce cadre sans Washington ; elle ne peut pas effacer, par une déclaration, la divergence transatlantique sur le coût et la nécessité du contrôle.

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