Veille Majorité italienne, concurrence à droite
En Calabre, la droite italienne conserve un siège mais voit surgir un rival
Le siège laissé vacant par Forza Italia semble rester dans le camp gouvernemental. Mais la première candidature du parti de Roberto Vannacci montre comment une dissidence locale peut peser sur les équilibres de la droite italienne.
La majorité de Giorgia Meloni paraît en mesure de conserver le siège de Reggio de Calabre. Après le dépouillement de 263 bureaux sur 487, Fabio Roscioli, candidat de Forza Italia, est crédité de 54 % des voix. Francesco Benedetto, pour le centre gauche, suivrait avec 36 %. Domenico Giannetta, candidat de Futuro Nazionale, obtiendrait 9 %. Ces résultats sont provisoires : plus de deux bureaux sur cinq restaient à dépouiller à ce stade.
Le rapport de force ne se limite pas à l’écart entre le premier et le deuxième candidat. Cette législative partielle en Calabre est la première épreuve électorale de Futuro Nazionale, fondé par Roberto Vannacci après son départ de la Ligue, le 3 février. Le nouveau parti ne paraît pas en position de gagner le siège. Il mesure en revanche sa capacité à attirer des élus et des électeurs à la droite de la coalition gouvernementale.
La participation impose une seconde précaution. Elle s’établit à 22,34 %, contre 49,4 % lors de l’élection de 2022. La comparaison porte sur deux scrutins de nature différente, une élection générale et une partielle. Dans un électorat aussi restreint, un score local peut signaler une capacité de mobilisation sans annoncer, à lui seul, un résultat national.
Une législative partielle en Calabre qui révèle une rupture locale
Le scrutin vise à remplacer Francesco Cannizzaro, député de Forza Italia devenu maire. Le choix de son successeur a ouvert une brèche au sein même du parti. Domenico Giannetta présidait jusque-là le groupe de Forza Italia au conseil régional de Calabre. Lorsque la formation a investi Fabio Roscioli, il a rejoint Futuro Nazionale et s’est présenté sous ses couleurs.
Ce parcours donne au score de Giannetta une portée particulière. Futuro Nazionale n’a pas seulement présenté un candidat extérieur à la coalition : il a recruté un responsable déjà implanté dans l’appareil local de Forza Italia. La compétition porte donc aussi sur les réseaux politiques, les candidatures et la capacité des partis de la majorité à garder leurs cadres.
Pour Giorgia Meloni, le résultat provisoire comporte deux lectures. La première est favorable : le candidat d’un parti de sa coalition arrive nettement en tête. La seconde est moins confortable : une formation située sur sa droite obtient une première mesure de son audience sans avoir besoin de disputer directement la première place. Si elle se confirmait ailleurs, une telle concurrence pourrait modifier les négociations entre partenaires de la majorité, même sans déboucher immédiatement sur des victoires électorales.
Cette législative partielle en Calabre ne permet toutefois pas de déterminer quels partis perdent effectivement des voix au profit de Futuro Nazionale. Les pourcentages provisoires ne décrivent pas les transferts individuels d’électeurs. La baisse de la participation complique encore toute comparaison avec 2022.
La concurrence électorale porte aussi sur les règles européennes
Le projet de Roberto Vannacci donne à cette percée possible une dimension qui dépasse les investitures locales. Futuro Nazionale défend notamment l’idée d’une monnaie parallèle et souhaite réviser la Constitution italienne pour affirmer la prééminence de ses principes sur les traités européens. Ce sont, à ce stade, des propositions partisanes, non des décisions du gouvernement ou du Parlement italien.
Leur portée tient au terrain qu’elles désignent. Une monnaie parallèle poserait la question de son statut, de son émetteur et de son articulation avec l’euro. Une révision destinée à faire primer des dispositions constitutionnelles nationales sur les engagements européens entrerait en tension avec la déclaration relative à la primauté du droit de l’Union, annexée aux traités européens. Entre une proposition de campagne et une modification effective de ces règles, il faudrait néanmoins franchir plusieurs étapes politiques et juridiques.
Ces orientations expliquent pourquoi la législative partielle en Calabre intéresse au-delà de la circonscription. Le siège semble rester à Forza Italia, mais un concurrent cherche à déplacer le débat de la majorité vers des positions de rupture avec le cadre européen. Son premier score ne lui donne aucun pouvoir pour appliquer ce programme. Il lui offre une référence électorale pour tenter de peser sur les prochains choix de la droite italienne.
La suite dépendra moins du pourcentage affiché dans cette seule circonscription que de la capacité de Futuro Nazionale à reproduire l’opération : recruter des candidats connus, mobiliser des électeurs et obliger les partis au pouvoir à tenir compte de sa présence. Le résultat définitif dira qui occupe le siège. Il ne suffira pas, à lui seul, à trancher l’avenir de cette concurrence.


