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Veille Internet, la maîtrise des routes

Pourquoi Meta et Google veulent maîtriser leurs routes sous-marines

Les câbles ne sont plus seulement des capacités que les plateformes achètent aux opérateurs. En choisissant leurs propres tracés, Meta et Google déplacent une partie du pouvoir sur les routes mondiales des données.

Câbles sous-marins des plateformes — pourquoi Meta et Google veulent maîtriser leurs routes sous-marines (image générée par IA)
Illustration générée par IA

Un câble posé au fond de l’océan engage bien davantage que sa capacité de transmission. Son propriétaire participe au choix du tracé, des points d’atterrissement et des raccordements terrestres. Il réduit ainsi sa dépendance envers les opérateurs qui lui vendraient autrement l’accès à ces liaisons. C’est sous cet angle que se lisent les investissements de Meta et de Google dans les câbles sous-marins des plateformes.

Le projet Waterworth, présenté par Meta en 2025, illustre l’échelle de ce choix : environ 50 000 kilomètres de câble annoncés pour relier plusieurs continents. Le tracé envisagé passe notamment par le Brésil, l’Afrique du Sud, l’Inde et l’Australie avant de traverser le Pacifique. Ce n’est pas seulement une capacité supplémentaire. C’est une manière de dessiner une route adaptée aux besoins de l’entreprise.

Pour un État, la distinction compte. Les câbles sous-marins assurent des échanges internationaux dont dépendent entreprises, administrations et particuliers. L’Union internationale des télécommunications traite ces infrastructures comme un élément essentiel de la connectivité mondiale. Leur sécurité ne se joue pas uniquement en mer : les stations d’atterrissement et les réseaux auxquels elles sont reliées font aussi partie de la chaîne.

Les câbles sous-marins des plateformes répondent à un besoin précis

La taille d’une entreprise numérique ne suffit pas à expliquer pourquoi elle investirait dans un câble. Elle peut acheter de la capacité à un opérateur, réserver des liaisons pour une longue durée ou participer à un consortium. Construire une route à laquelle elle contribue directement mobilise du capital et ajoute une activité complexe à son organisation. Ce choix devient plus intéressant lorsque la performance recherchée dépend étroitement de l’architecture du réseau.

Meta et Google distribuent des services dont les contenus et les publicités sont ajustés en permanence aux utilisateurs. Le délai de réponse, appelé latence, n’est donc pas une simple donnée technique : une dégradation durable peut affecter l’expérience du service et les revenus qui lui sont associés. Disposer de liaisons conçues pour leurs propres flux leur permet de mieux coordonner transport des données, centres de données et capacités de secours.

Cela ne signifie ni que chaque câble leur appartient exclusivement, ni que leurs services cessent de dépendre des réseaux d’autrui. Les montages varient selon les projets. L’enjeu est plutôt de maîtriser une part plus grande des liaisons jugées stratégiques, au lieu de dépendre entièrement des routes et des capacités proposées par des tiers.

Cette logique ne s’applique pas de façon identique à tous les grands groupes technologiques. Des vidéos peuvent, par exemple, être stockées à proximité des utilisateurs afin de limiter les échanges à longue distance lors de leur consultation. D’autres services s’appuient sur une combinaison de centres de données régionaux et de capacités de transport louées. Il serait donc trompeur de réduire les câbles sous-marins des plateformes à une conséquence automatique de leur consommation de bande passante.

Le tracé devient un instrument de résilience

Une grande partie des routes internationales emprunte des passages étroits où se concentrent aussi les flux maritimes : la mer Rouge, le détroit de Malacca ou les abords de Taïwan. Ces zones peuvent exposer les câbles à des risques de dommages, d’interruption et de réparation difficile. La réponse consiste à disposer de chemins distincts : une liaison de secours n’apporte pas la même protection si elle traverse le même passage vulnérable que la liaison principale.

Le parcours annoncé pour Waterworth suggère cette recherche de diversification. Ses segments ne constituent pas une preuve que Meta pourrait se passer des routes existantes, mais ils montrent l’intérêt d’une autre géographie des connexions. Pour l’entreprise, multiplier les itinéraires peut limiter les conséquences d’une coupure. Pour les États traversés, chaque nouveau point d’atterrissement crée aussi des exigences de protection et de raccordement.

La propriété d’une infrastructure ne dispense cependant pas de coopérer. Poser un câble suppose des autorisations et des accords avec les territoires concernés. Le raccorder suppose des équipements, des opérateurs et des réseaux terrestres. Une rupture exige des moyens de réparation disponibles et un accès à la zone touchée. La maîtrise d’une route reste donc partielle, même pour une entreprise capable de financer un projet mondial.

Les câbles sous-marins des plateformes déplacent ainsi la question de souveraineté. Il ne s’agit pas simplement de savoir qui paie la pose du câble, mais qui choisit les trajets, contrôle les raccordements et organise la continuité du service. À mesure que les grandes plateformes deviennent des acteurs de l’infrastructure, les autorités publiques doivent apprécier ces trois niveaux ensemble : le câble en mer, son arrivée à terre et la dépendance des usages à la route qu’il emprunte.

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