Alerte La bataille des débouchés
Recyclage du plastique : l’opinion française plaide pour une filière souveraine
Les recycleurs européens ferment des usines sous la pression des importations. Un sondage Norstat montre une opinion française qui attend de l'État des débouchés pour la matière recyclée et des usines sur le territoire.
Les usines de recyclage du plastique ferment en Europe, et l’opinion française demande à l’État d’en soutenir de nouvelles. Selon un sondage Norstat réalisé en ligne les 2 et 3 septembre 2026 auprès de 1 002 personnes, représentatives de la population âgée de 18 ans et plus, 96 % des Français attendent une action de l’État aux côtés des entreprises pour développer le recyclage du plastique. Le consensus est rare : il traverse l’ensemble des catégories de la population.
Les résultats ont été dévoilés le 30 septembre, à l’occasion de Produrable et des Assises nationales de l’économie circulaire. Ils dessinent une demande de politique industrielle autant que d’écologie : des débouchés pour la matière recyclée, des usines sur le territoire, des technologies protégées.
Une filière européenne prise en étau
Le contexte est celui d’un recul de la filière européenne du recyclage du plastique. Selon Plastics Recyclers Europe, qui représente les recycleurs du continent, près d’un million de tonnes de capacités de recyclage ont disparu en Europe depuis 2023. Les Pays-Bas, l’Allemagne et le Royaume-Uni sont les plus touchés. En France, Polyvia, le syndicat national des industriels de la plasturgie et des composites, fait état d’au moins six usines de régénération fermées en 2025.
La Commission européenne a posé le diagnostic en décembre 2025. Dans son train de mesures pour renforcer le recyclage des plastiques, elle décrit un secteur soumis à des pressions croissantes : fragmentation des marchés des matériaux recyclés, coûts élevés de l’énergie, volatilité des prix du plastique vierge et « concurrence déloyale des pays tiers ». Elle y annonce des codes douaniers distincts pour les plastiques vierges et recyclés, afin de faciliter le contrôle des matières importées. Un suivi des marchés doit par ailleurs servir de base à d’éventuelles mesures commerciales.
Les industriels français chiffrent l’écart de compétitivité. Selon Polyvia, les charges d’exploitation d’une usine de recyclage peuvent être trois fois plus élevées en Europe qu’en Chine, et jusqu’à cinq fois plus élevées qu’au Vietnam. Dans certains cas, le PET recyclé importé peut être proposé à des prix environ 30 % inférieurs à ceux du recyclé européen.
Le recyclage du plastique se joue sur les débouchés
C’est sur ce terrain que le sondage est le plus net. Parmi les actions publiques proposées, la plus citée (55 %) consiste à encourager les marques à s’engager à acheter de la matière recyclée produite en France ou en Europe. Viennent ensuite le soutien à la recherche-développement (43 %), la facilitation de l’implantation des usines en France (41 %) et l’aide au financement des usines utilisant de nouvelles technologies (40 %).
Le mécanisme est simple : une usine de recyclage ne tient que si sa production trouve preneur. « Les matières que nous recyclons doivent trouver des acheteurs », résume Xavier Chastel, directeur général de Polyvia, qui y voit « une condition essentielle » pour la filière.
Le droit européen fabrique déjà une partie de cette demande. Le règlement (UE) 2025/40 relatif aux emballages, applicable depuis le 12 août 2026, impose à partir de 2030 des taux minimaux de plastique recyclé : 30 % dans les bouteilles de boisson en plastique à usage unique, 35 % dans une grande partie des autres emballages plastiques. La question est de savoir qui fournira cette matière.
Pour les bouteilles, la Commission européenne a commencé à y répondre. Une décision d’exécution du 30 juin 2026 ne comptabilise, dans une première phase, que le plastique recyclé dans l’Union européenne et dans l’Espace économique européen pour calculer la teneur en recyclé des bouteilles pour boissons. Cette logique rejoint la mesure la plus citée par les sondés.
Des usines en France, des technologies protégées
La seconde ligne de force est territoriale. Une majorité de Français (59 %) veut que la France développe ses propres capacités pour transformer les déchets plastiques en nouvelles matières premières. Ils sont 53 % à souhaiter que les usines et les emplois du recyclage soient d’abord implantés sur le territoire national. Un déploiement à l’échelle européenne est cité par 49 % des répondants, et seuls 12 % laisseraient les entreprises libres de choisir où investir. La protection des technologies et savoir-faire français jugés stratégiques est citée par 49 % des sondés.
Cette préférence pour l’ancrage national traverse les sexes, les territoires et les niveaux de revenus. Seuls les 18-25 ans se montrent un peu plus enclins à privilégier l’échelon européen, sans écarter la nécessité d’un ancrage national.
Les préoccupations environnementales restent en tête : 70 % des sondés citent la pollution des océans et de la nature, 60 % la présence de microplastiques dans l’environnement et l’alimentation. Mais la dépendance aux matières premières (23 %) et l’exportation d’une partie des déchets plastiques (19 %) apparaissent aussi. Sur ce dernier point, le calendrier européen tranche : à partir du 21 novembre 2026, l’exportation des déchets plastiques non dangereux vers les pays hors OCDE est strictement interdite, au moins jusqu’au 21 mai 2029.
L’innovation, terrain d’affrontement
Les Français placent l’industrie en première ligne. Les entreprises qui développent de nouvelles technologies de recyclage arrivent en tête des acteurs au rôle jugé le plus important (66 %). Suivent les marques qui utilisent du plastique dans leurs produits ou leurs emballages (60 %), les consommateurs (52 %), puis l’État et les pouvoirs publics (51 %). Pour 69 % des sondés, de nouvelles technologies ou une innovation industrielle sont indispensables pour mieux recycler le plastique.
Les critères retenus sont d’abord techniques : 57 % veulent des solutions qui génèrent moins de résidus, 48 % qu’elles traitent en priorité les déchets aujourd’hui difficiles à recycler. Au total, 90 % citent au moins un critère de performance technique, contre 62 % un critère économique.
Le financement reste le point dur, comme le montre le cas de Carbios. Son projet d’usine de recyclage enzymatique du PET à Longlaville, en Meurthe-et-Moselle, s’appuie sur 42,5 millions d’euros de financements publics confirmés, selon l’entreprise. Mais Carbios a annoncé le 3 août 2026 que l’objectif de bouclage financier au 30 septembre ne serait pas tenu, ce qui repousse le démarrage de la production, jusque-là attendu au premier semestre 2028. Le 24 septembre, l’entreprise faisait état de l’accord des comités de crédit de la majorité des prêteurs et de préventes en progression. Les vérifications des agences de crédit à l’export et des investisseurs en capital se poursuivaient alors.
Les angles morts du consensus
Le sondage mesure une attente envers le recyclage du plastique, pas un arbitrage. Les résultats publiés ne disent rien de la réduction à la source, alors que la loi anti-gaspillage pour une économie circulaire de 2020 vise la fin des emballages en plastique à usage unique d’ici 2040. À propos du recyclage chimique, Zero Waste France a mis en garde contre un « mirage technologique » qui détournerait l’attention de cette réduction.
L’autre angle mort est le coût. Tant que l’écart de prix persiste, privilégier une matière recyclée française ou européenne peut revenir à la payer plus cher qu’un plastique vierge ou qu’un recyclé importé. Les sondés disent placer la performance avant le coût. Reste à déterminer qui, des marques, des consommateurs ou de l’État, prendra en charge la différence.
Les prochaines échéances
Le 7 octobre, l’étude sera présentée en détail à la Questure de l’Assemblée nationale, lors d’un colloque intitulé « Économie circulaire : comment transformer l’innovation verte en filière industrielle stratégique ? ». Doivent notamment y participer Mathieu Lefèvre, ministre délégué chargé de la Transition écologique, Sylvain Waserman, président de l’ADEME, et Benoît Grenot, directeur général de Carbios, aux côtés de représentants de l’Union des Industries Textiles, de la Ville de Paris et de Polyvia.
Le 21 novembre, l’interdiction d’exporter les déchets plastiques hors OCDE entrera en application. La Commission européenne prépare enfin un « Circular Economy Act », inscrit à son programme de travail pour 2026, qui doit notamment favoriser un marché unique des matières premières secondaires. Pour l’avenir du recyclage du plastique en Europe, la bataille se joue désormais sur les débouchés autant que sur les technologies.
- Recyclage des plastiques : l'Europe et la France face au risque de décrochage industriel, 19 mars 2026 Polyvia
- Wave of surging plastic recycling plant closures hits Europe Plastics Recyclers Europe
- Nouveau train de mesures visant à stimuler l'économie circulaire et à renforcer le recyclage des plastiques en Europe, 23 décembre 2025 Commission européenne
- Règlement (UE) 2025/40 relatif aux emballages et aux déchets d'emballages EUR-Lex
- Décision d'exécution (UE) 2026/1425 de la Commission du 30 juin 2026 EUR-Lex
- Quelles sont les nouvelles règles applicables aux déchets plastiques ? Direction générale des douanes et droits indirects
- Supported by significant progress in the financing of its industrial project in France, Carbios confirms its objective to build the Longlaville plant, 30 mars 2026 Carbios
- Carbios provides an update on the financing of its Longlaville plant project, 3 août 2026 Carbios
- Carbios présente ses résultats semestriels 2026, 24 septembre 2026 Carbios
- Circular Economy Act, Legislative Train Schedule Parlement européen



