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Les communications militaires en Ukraine, une vulnérabilité maîtrisable

Multiplier les capteurs ne suffit pas à rendre une armée entièrement visible. Le conflit ukrainien montre que l'avantage informationnel dépend aussi des infrastructures télécoms et de la discipline des unités.

Les communications militaires en Ukraine, une vulnérabilité maîtrisable (image générée par IA)
Illustration générée par IA

Un téléphone personnel peut ouvrir à l’adversaire un accès qu’un système militaire cherche précisément à fermer. En Ukraine, l’emploi de réseaux mobiles et d’applications civiles fait des communications un enjeu de protection des forces. L’avantage ne revient pas seulement à celui qui possède le plus de capteurs : il dépend aussi de celui qui contrôle les infrastructures, accède aux données et sait les exploiter.

Les communications militaires en Ukraine illustrent ainsi les limites de l’idée d’un champ de bataille devenu entièrement transparent. La multiplication des drones, des satellites et des moyens d’écoute augmente les possibilités d’observation. Elle ne garantit ni une couverture permanente, ni une interprétation exacte des informations recueillies.

Fin 2023, le général Valeri Zaloujny, alors commandant en chef des forces armées ukrainiennes, avait mis en avant cette visibilité réciproque pour décrire les difficultés des opérations. Mais la détection d’une émission, l’identification d’une unité et la compréhension de son intention restent trois résultats différents. Entre eux se trouvent des opérations de recoupement, des délais et des incertitudes.

Les communications militaires en Ukraine dépendent aussi des réseaux civils

Le premier rapport de force porte sur l’infrastructure. Un réseau mobile doit identifier les abonnements et les terminaux qui s’y raccordent, puis gérer leurs déplacements entre les zones couvertes par ses antennes. Son fonctionnement produit donc des données techniques utiles à la fourniture du service, mais potentiellement exploitables à des fins de renseignement.

Lorsque des militaires utilisent un tel réseau, leurs communications ne se limitent pas au contenu d’un appel ou d’un message. La présence d’un terminal, la fréquence de ses connexions et ses déplacements peuvent fournir des indices. Des observations répétées, croisées avec d’autres sources, peuvent aider à repérer une concentration de personnel ou à suivre une activité.

En Ukraine, le maintien d’infrastructures administrées par des opérateurs locaux constitue donc un élément du rapport de force. Il faut toutefois distinguer le contrôle d’un réseau, l’accès effectif à ses données et la capacité à en tirer un renseignement opérationnel. Aucun de ces trois niveaux ne découle automatiquement du précédent.

La précision de localisation varie également selon les moyens employés. Les informations issues du réseau mobile ne sont pas équivalentes à une position GPS transmise par une application. De même, l’itinérance ne donne pas, à elle seule, accès aux comptes personnels, aux photographies ou aux mots de passe d’un utilisateur. Ces données supposent d’autres accès ou une compromission distincte.

Le terminal personnel élargit la surface d’exposition

L’usage d’un smartphone personnel sur une zone de combat rapproche deux environnements qui devraient rester séparés : la vie privée du soldat et son activité opérationnelle. Une messagerie, un service de navigation ou une application partageant la localisation peut créer une fuite sans qu’un équipement militaire spécialisé ait été pénétré.

Cette exposition ne signifie pas que chaque connexion révèle immédiatement une position exploitable pour une frappe. Elle offre plutôt des possibilités de rapprochement. Un compte identifiable, une localisation publiée et une activité observée à plusieurs reprises peuvent former un ensemble plus instructif que chacune de ces données prise isolément.

Pour les communications militaires en Ukraine, le chiffrement du contenu ne résout donc qu’une partie du problème. Il peut protéger un échange contre certaines interceptions, sans supprimer les émissions radio, toutes les métadonnées ou les risques liés au terminal. Un appareil compromis peut aussi exposer des informations avant leur chiffrement ou après leur déchiffrement.

Le renseignement d’origine électromagnétique et l’exploitation informatique peuvent alors se compléter. Le premier repère une activité ou contribue à identifier une cible ; la seconde peut permettre d’accéder à des données supplémentaires. Cette complémentarité ne doit pas être confondue avec une capacité universelle à lire toutes les communications.

Les outils civils déplacent le risque vers les usages

Une application cartographique telle qu’AlpineQuest répond à un besoin concret : disposer de cartes et préparer des déplacements sur un terminal accessible. Son emploi dans un contexte tactique impose néanmoins d’examiner les fonctions utilisées, le stockage des fichiers, les modalités de partage et la sécurité de l’appareil.

Le risque ne tient pas au seul caractère civil du logiciel. Il dépend de sa configuration et de son insertion dans une chaîne de travail. Une carte annotée peut contenir des informations sensibles ; une copie de cette carte peut devenir accessible sur un autre appareil ; un terminal perdu peut exposer les documents qu’il conserve. Il serait donc excessif de considérer toute application de randonnée comme un dispositif de suivi permanent.

Cette distinction est essentielle pour les armées françaises. Remplacer un outil ne suffit pas si les utilisateurs continuent à transférer des documents vers des comptes personnels ou à conserver des données opérationnelles sur des appareils non maîtrisés. La sécurité concerne autant les procédures et les autorisations que le matériel.

Dans un cadre général de cybersécurité, le Guide d’hygiène informatique de l’ANSSI insiste notamment sur la maîtrise des accès, la sécurisation des équipements et la sensibilisation des utilisateurs. Ce document n’est pas une doctrine de combat. Il rappelle toutefois un principe applicable à cette chaîne numérique : la protection d’un système dépend aussi de ses usages quotidiens.

Protéger la chaîne plutôt que promettre l’invisibilité

La réponse opérationnelle consiste à réduire les occasions de collecte et à limiter les conséquences d’une fuite. Cela suppose de contrôler les terminaux autorisés, de séparer les usages personnels des usages militaires, de maîtriser les échanges de fichiers et d’adapter les émissions au besoin de la mission.

Ces mesures ont un coût fonctionnel. Moins communiquer peut ralentir la coordination ; restreindre les applications peut compliquer la navigation ; centraliser les accès peut réduire la souplesse des unités. Le commandement doit arbitrer entre circulation de l’information et exposition au renseignement adverse.

Les communications militaires en Ukraine montrent finalement que la visibilité d’une force est une condition variable, non un état technologique définitif. L’enjeu pour les armées est de conserver une capacité de coordination sans livrer, par leurs propres usages, les indices qui permettront à l’adversaire de reconstituer leur dispositif.

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