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Veille Le recrutement, levier d'influence

À HEC, la transition climatique bute sur le choix des entreprises partenaires

Former aux limites planétaires ne règle pas la question des débouchés. À HEC, la contestation écologique déplace le débat vers les entreprises auxquelles l'école ouvre ses portes.

Partenariats d'entreprises à HEC — à HEC, la transition climatique bute sur le choix des entreprises partenaires (image générée par IA)
Illustration générée par IA

À HEC, les entreprises ne viennent pas seulement chercher des stagiaires. Leur présence dans les forums de recrutement et les rencontres professionnelles leur donne accès à de futurs cadres, mais aussi à un espace où se construisent les représentations de l’entreprise. C’est ce double avantage que contestent des anciens élèves engagés sur les questions climatiques.

Les partenariats d’entreprises à HEC deviennent ainsi un objet de désaccord distinct du contenu des cours. L’introduction d’enseignements environnementaux répond à une demande de formation. Elle ne tranche pas une autre question : quels employeurs l’école met-elle en relation avec ses étudiants, et quelle place leur accorde-t-elle dans les discussions sur la transition ?

Les témoignages disponibles décrivent une mobilisation minoritaire, portée notamment par des membres ou anciens membres de l’association écologiste Esp’r. Ils ne permettent pas de mesurer l’opinion de l’ensemble des promotions. Ils éclairent néanmoins une tension précise dans le modèle de HEC Paris : articuler une formation aux contraintes environnementales avec des relations professionnelles incluant de grands groupes dont les activités sont contestées par ces étudiants.

Les partenariats d’entreprises à HEC, au-delà des cours

La mobilisation ne commence pas avec les dernières opérations de recrutement. En décembre 2020, lors du changement de direction générale, des étudiants et diplômés ont demandé que la transition écologique figure parmi les priorités du futur responsable de l’établissement. La revendication visait donc déjà la stratégie de l’école, et pas seulement l’ajout d’un enseignement spécialisé.

Depuis 2021, un cours intitulé « Limites planétaires » est dispensé aux étudiants de troisième année de licence. Des anciens élèves critiques reconnaissent l’intérêt de cet enseignement. Leur objection porte sur son articulation avec le reste du cursus et avec les trajectoires professionnelles proposées. À leurs yeux, sensibiliser au dérèglement climatique ne suffit pas si les critères habituels de réussite et de recrutement restent inchangés.

Cette critique ne démontre pas, à elle seule, une incompatibilité entre finance et transition écologique. Elle pose une question pédagogique concrète : les contraintes environnementales constituent-elles un sujet supplémentaire, ou modifient-elles les méthodes utilisées pour apprécier un investissement, une stratégie industrielle ou une chaîne d’approvisionnement ? Un cours dédié et une transformation transversale du cursus ne produisent pas les mêmes effets.

L’accès aux étudiants est une ressource

Le forum de recrutement « Carrefours » matérialise le différend. Parmi les entreprises présentes dans les relations professionnelles décrites figurent BNP Paribas, TotalEnergies et Capgemini. Certains étudiants contestataires refusent de participer à ces rencontres ou remettent en cause la place accordée à certains employeurs.

Le mécanisme d’influence est ici direct, sans qu’il soit nécessaire de supposer une intervention sur les programmes. Un stand, une présentation ou un échange avec un recruteur rendent une entreprise visible et accessible. Pour les étudiants, ces rencontres réduisent le coût de la recherche d’un stage ou d’un premier poste. Pour les employeurs, elles facilitent l’identification de candidats dans un établissement sélectif.

La sélection des entreprises présentes organise donc une partie des débouchés visibles. Elle ne détermine pas chaque carrière, mais elle donne davantage d’occasions à certains acteurs de présenter leurs métiers et leurs perspectives. C’est en ce sens que les partenariats d’entreprises à HEC relèvent d’un rapport de force : les contestataires cherchent à modifier les conditions d’accès à une population de futurs décideurs.

Qui peut parler au nom de la transition ?

En mai 2023, cette opposition s’est manifestée lors du « Climate Day » organisé à HEC. Des militants ont interrompu une table ronde accueillant des représentants de Shell et de TotalEnergies. Leur action contestait la présence de groupes pétroliers dans un événement consacré à la transition énergétique.

Le désaccord porte ici sur la légitimité à définir le changement. Inviter une entreprise permet de confronter ses choix à la discussion. Mais les opposants considèrent que le cadre institutionnel peut aussi lui apporter un bénéfice de réputation. Ces deux effets ne sont pas équivalents : leur équilibre dépend du format du débat, des contradicteurs présents et des questions effectivement posées.

La seule participation à une conférence ne suffit donc pas à établir une opération d’écoblanchiment. Inversement, afficher un thème climatique ne garantit pas un examen critique des stratégies industrielles. Pour apprécier la portée d’un tel événement, il faut regarder son organisation plutôt que reprendre les qualifications avancées par ses organisateurs ou ses détracteurs.

Des critères de partenariat à rendre lisibles

Les éléments disponibles ne permettent pas de chiffrer les financements liés aux entreprises citées, ni d’établir les droits éventuellement attachés à chaque relation. Une présence dans un forum, une invitation à une table ronde et une contribution financière sont des faits différents. Les confondre conduirait à prêter aux partenaires un pouvoir qui n’est pas documenté.

Pour examiner les partenariats d’entreprises à HEC, les pièces déterminantes seraient les critères de sélection des employeurs, les conventions applicables et les garanties d’indépendance pédagogique. Leur examen permettrait de distinguer l’accès au recrutement, le soutien financier et une éventuelle participation à la définition des enseignements.

La contestation écologique déplace ainsi le débat vers la gouvernance des relations professionnelles. L’enjeu n’est plus seulement ce que l’école enseigne sur le climat, mais la manière dont elle choisit les acteurs auxquels elle offre de la visibilité et un accès à ses diplômés. C’est sur ces règles que peut se mesurer la portée institutionnelle de sa transition.

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