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Veille Entrepôts frappés, circuits à revoir

À Kiev, les frappes sur les entrepôts fragilisent la distribution alimentaire

La concentration des stocks permet aux grandes enseignes de desservir Kiev à grande échelle. Elle fait aussi de leurs entrepôts des points de vulnérabilité, que les frappes obligent à repenser.

Logistique alimentaire ukrainienne — à Kiev, les frappes sur les entrepôts fragilisent la distribution alimentaire (image générée par IA)
Illustration générée par IA

Un entrepôt détruit ne retire pas seulement des marchandises du circuit. Il interrompt les livraisons prévues, oblige à déplacer les stocks disponibles et impose de trouver d’autres itinéraires. Autour de Kiev, les frappes contre des installations logistiques civiles exposent ainsi une faiblesse de la grande distribution : sa dépendance à un nombre limité de plateformes.

Les effets se voient dans les magasins sans prendre nécessairement la forme d’une pénurie générale. Certains produits ou certaines marques disparaissent temporairement des rayons, puis reviennent au gré des réapprovisionnements. La logistique alimentaire ukrainienne devient, dans la région de la capitale, un enjeu de continuité du commerce quotidien.

Le cas du groupe Fozzy, propriétaire de l’enseigne Silpo, illustre cette contrainte. Après avoir été touché, le distributeur a annoncé au début du mois d’août une réorganisation de ses opérations logistiques. Près de Boryspil, un entrepôt utilisé par ECO Market a également été détruit. Ces bâtiments concentrent des stocks destinés à alimenter de nombreux points de vente : leur perte pèse au-delà du site frappé.

La logistique alimentaire ukrainienne face aux entrepôts centralisés

Le modèle des grandes surfaces repose sur la centralisation. Un entrepôt regroupe les marchandises de plusieurs fournisseurs, organise leur stockage et prépare les livraisons vers un réseau de magasins. Cette organisation réduit les coûts et facilite la gestion des stocks en temps normal. En période de frappes, elle concentre aussi le risque : un seul site endommagé peut désorganiser plusieurs chaînes de livraison.

Taras Vysotsky, responsable ukrainien chargé des questions alimentaires, a appelé les enseignes à répartir davantage leurs stocks, à utiliser de plus petits entrepôts et à raccourcir leurs circuits d’approvisionnement. Des installations situées dans les pays voisins font également partie des solutions évoquées. Le principe est de réduire la dépendance à chaque plateforme ; sa mise en œuvre suppose toutefois davantage de coordination entre fournisseurs, transporteurs et magasins.

Pour un distributeur, la dispersion des stocks change le calcul économique. Elle peut limiter les conséquences d’une frappe sur un site donné, mais elle demande de multiplier les lieux de stockage et les trajets. Les grandes enseignes doivent arbitrer entre les économies permises par la concentration et la capacité à continuer de livrer lorsqu’un maillon est détruit.

La nature des produits complique cet arbitrage. Une marque absente des rayons peut parfois être remplacée par une autre. Les denrées de base exigent, elles, des volumes réguliers et des délais maîtrisés. La solidité de la logistique alimentaire ukrainienne se mesure donc moins à la présence continue de chaque référence qu’à la possibilité de maintenir ces flux essentiels.

Des circuits locaux moins dépendants des plateformes

Les marchés et les épiceries de quartier fonctionnent autrement. Leurs achats peuvent passer plus directement par des producteurs nationaux, sans emprunter les mêmes entrepôts que les grandes chaînes. À Kiev et dans ses environs, ces commerces offrent une solution de repli lorsque les livraisons des supermarchés sont perturbées.

Cette différence ne rend pas les marchés invulnérables : vendeurs, clients et transports restent exposés aux attaques. Elle montre néanmoins que la diversité des circuits d’achat constitue une forme de résilience. Une rupture dans le réseau d’une enseigne n’empêche pas nécessairement d’autres commerçants de s’approvisionner.

Cette question dépasse les préférences des consommateurs. Selon l’économiste Oleg Pendzyne, les marchés et les commerces de proximité occupent une place importante dans les achats alimentaires des familles ukrainiennes. Les ménages qui fréquentent les grandes surfaces ne disposent pas tous des mêmes possibilités de report, selon leur quartier, leurs revenus ou leur accès aux producteurs. La logistique alimentaire ukrainienne repose ainsi sur plusieurs réseaux qui ne desservent pas la population de manière identique.

Le prix de la dispersion des stocks

La réorganisation a un coût. Taras Vysotsky a évoqué une hausse possible des prix alimentaires pouvant atteindre 2,5 % du fait des changements logistiques. Il s’agit d’une estimation, non d’une hausse déjà constatée. Elle signale toutefois le risque que les frais de stockage et de transport supplémentaires soient répercutés sur les consommateurs.

La Banque nationale d’Ukraine indiquait une inflation de 8,1 % sur un an en août. Ce chiffre concerne l’ensemble des prix à la consommation : il ne mesure pas l’effet propre des frappes sur les entrepôts. Pour les ménages, les coûts de la guerre et les difficultés de distribution s’ajoutent néanmoins à une hausse des prix déjà présente.

La réponse des distributeurs ne dépendra donc pas uniquement du nombre d’entrepôts reconstruits. Elle tiendra à leur capacité à répartir les stocks sans rendre les produits moins accessibles. Dans la région de Kiev, les frappes ont déplacé cette question au cœur du ravitaillement civil : assurer la continuité des livraisons tout en limitant le surcoût de leur protection. C’est sur ce point que se jouera durablement l’adaptation de la logistique alimentaire ukrainienne.

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